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L'objectif du général Rondot : "Protéger D de V"
LE MONDE | 22.05.06 | 11h06 • Mis à jour le 22.05.06 | 11h14
L'expression parle d'elle-même : "Une épée de Damoclès sur D de V."
Tracée, le 7 octobre 2005, par le général Philippe Rondot sur l'une de ses
fiches quadrillées – jusqu'ici inédite –, au sortir d'une entrevue avec le
général Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major particulier de Jacques
Chirac, elle témoigne de l'anxiété que l'affaire Clearstream suscitait
déjà, alors, au sommet du pouvoir. L'enquête sur le"corbeau" et ses
fausses révélations n'avançait guère, mais l'Elysée s'en tenait informé au
plus près. Suivaient ces annotations : "Rôle de JLG ; audition d'Imad
Lahoud : qu'a-t-il dit ? Le général G se dégage , c'est du politique."
Ainsi, huit mois avant son identification par les juges d'Huy et Pons, la
responsabilité de M. Gergorin, alors vice-président du groupe EADS, et la
part prise, à ses côtés, par M. Lahoud dans la propagation des listings
falsifiés de Clearstream relevaient du secret de Polichinelle jusqu'à la
présidence de la République. Mais le danger que pouvait représenter la
mise en cause des deux hommes pour le premier ministre – voire pour
l'Elysée – en avait fait un secret d'Etat.
Les notes du général le montrent, qui évoquent à maintes reprises cette
préoccupation : "Protéger D de V." Son attitude, depuis qu'il tient une
place centrale dans l'instruction des juges d'Huy et Pons, le confirme :
il n'a pas ménagé ses efforts pour exonérer M. de Villepin – devant les
magistrats, le 28 mars, puis dans Le Figaro du 2 mai et dans le Journal du
dimanche du 14 mai ; surtout, il s'est abstenu, durant sa longue
déposition, de désigner M. Gergorin comme l'auteur des courriers anonymes
– alors qu'il savait la vérité depuis l'origine.
L'interrogatoire s'ouvrait pourtant sur cette question : "Quelle est votre
connaissance de l'affaire dite 'du corbeau' et connaissez-vous Imad Lahoud
et Jean-Louis Gergorin, dont les noms ont été cités dans cette affaire?"
M. Rondot y répondait par de longs développements chronologiques, se
bornant à indiquer qu'"au milieu de l'été 2004", il avait "espacé ses
rencontres" avec M. Gergorin, "car c'est à ce moment-là que son nom
[était] apparu comme étant le possible corbeau".
Pourquoi avoir dissimulé l'évidence ? L'explication se trouve, elle aussi,
dans les notes manuscrites de l'ancien agent : elles expriment, au fil des
mois, le conflit intérieur du général, tiraillé entre la méfiance que lui
inspirait le tandem Gergorin-Lahoud, sa loyauté à l'égard du pouvoir et sa
fidélité amicale envers M.de Villepin, puis son inquiétude de voir la
piste des falsificateurs remonter un jour – à tort ou à raison – jusqu'au
plus haut niveau.
Et pour cause : c'est bien en vertu d'"instructions" du chef de l'Etat que
le ministre des affaires étrangères de l'époque l'avait chargé, le 9
janvier 2004, de vérifier l'authenticité des listings – quoique Matignon
et l'Elysée aient affirmé le contraire depuis lors. Une lettre adressée à
M. de Villepin par M. Rondot, le 12 janvier 2004, l'atteste : assurant le
ministre – qu'il tutoie – de son "très fidèle dévouement", il cite "les
propos du président, tels que [M. de Villepin] les a rapportés", mais émet
aussi cet avertissement : "Pour suivre avec beaucoup d'attention ce
dossier, il faut être certain de ce qui y est avancé, ce qui suppose, à la
fois, la validation des informations obtenues et la rigueur dans leur
interprétation." Durant les semaines suivantes, les vérifications
infructueuses s'accumulant, le général multipliera les mises en garde, au
ministère de la défense et auprès de M. de Villepin.
Le malaise grandit lorsque ce dernier, alerté par M. Gergorin, demande au
général Rondot d'intervenir pour faire libérer Imad Lahoud, placé en garde
à vue le 25 mars 2004 dans une affaire d'escroquerie (Le Monde du 28
avril). Au directeur du cabinet de Michèle Alliot-Marie, Philippe Marland,
M. Rondot écrit alors "[sa] conviction que M. Gergorin a cherché à
[l]'instrumentaliser", sans s'étendre sur l'initiative troublante du futur
premier ministre. Devant les juges, il a précisé, depuis : "Dominique de
Villepin craignait peut-être qu'Imad Lahoud ne parle de cette affaire."
La même crainte est exprimée à plusieurs reprises après que le
vice-président d'EADS a pris ses premiers contacts avec le juge Van
Ruymbeke. Le 22 juin, le général évoque, dans ses notes, l'"envoi
'anonyme' d'un CD-ROM au juge" et se promet de vérifier que "la DST ou la
DGSE ne s'intéresse pas à JLG", comme pour s'assurer que le "corbeau"
n'est pas soupçonné. Puis, après la publication des premiers documents,
dans Le Point du 8 juillet 2004, il souligne "le risque que le PR soit
atteint" et cite M. de Villepin : "Si nous apparaissons, le PR et moi,
nous sautons" (Le Monde du 12 mai). La même fiche recèle d'autres mentions
intrigantes : "Mahdi [M. Lahoud] sait beaucoup de choses de JLG avec
implication de D de V et le juge VR ? Protéger D de V et PR."
L'embarras du général croît encore, à la fin de juillet 2004, quand il
informe M. de Villepin des conclusions négatives de ses recherches – "les
services considèrent que c'est un montage", lui dit-il le 27 juillet –,
mais que le futur premier ministre insiste pour qu'il prolonge ses
vérifications. Le même jour, recensant les victimes de la "tentative
d'instrumentalisation" en cours, il mentionne : "MD" (ministère de la
défense), "CROS" (conseiller pour le renseignement et les opérations
spéciales, c'est-à-dire lui-même), "juge VR" et "presse" – sans inclure M.
de Villepin. Le 2 septembre suivant, après un nouvel entretien avec ce
dernier, il mentionne l'"allusion à une liste de 5000 numéros de comptes
reçus par le juge" et note : "A voir avec JLG". Entre-temps, le 20 août,
le "corbeau" a effectivement envoyé un autre CD-ROM à M. Van Ruymbeke,
mais l'information n'est alors connue que des seuls initiés…
M. Rondot ne conclut définitivement – et par écrit – à la "manipulation"
que le 19 octobre, soit un mois et demi après qu'une information
judiciaire eut été ouverte pour "dénonciation calomnieuse". A lire ses
notes, la crainte s'imposa alors que la mise en cause de MM. Gergorin et
Lahoud n'éclabousse le pouvoir. Le 24 octobre, sortant d'une discussion
avec M.de Villepin sur les "aspects judiciaires" de l'affaire, il écrit :
"D de V me demande de voir JLG pour mise en garde."
Le 26 octobre, après une entrevue avec M. Marland, il relève : "Enjeu JLG
et IL : le risque est que ceux-là essayent de mettre en cause D de V." Le
23 novembre : "Vois D de V : mise au point, le rassurer, langage à tenir :
pas d'objection." Et le 24, après ce rendez-vous : "Les craintes : que
Mahdi dévoile ce qu'il sait de JLG ?" Suivait ce commentaire, attribué à
M. de Villepin : "L'affaire, selon lui, va se dégonfler. Les juges (…)
devraient 'ne pas aller plus loin'." C'est peu dire qu'il se trompait.
M. Rondot conduit devant les juges
Des policiers sont venus chercher le général Philippe Rondot à son
domicile, lundi 22 mai, afin de le conduire devant les juges Jean-Marie
d'Huy et Henri Pons. Le militaire n'a pas opposé de résistance lorsque les
policiers ont sonné à la porte de son immeuble de Meudon (Hauts-de-Seine).
Son avocat, Me Eric Morain, qui n'a pas été autorisé à assister à
l'audition, a précisé que le général refuserait de répondre aux questions
des magistrats. "Ces juges lui refusent [le] droit d'avoir accès au
dossier que toutes les parties ont dans n'importe quelle instruction",
a-t-il expliqué sur Europe 1.
Autre protagoniste du dossier Clearstream, Jean-Louis Gergorin est parti à
Londres, tout en annonçant se tenir à la disposition des juges.
Gérard Davet et Hervé Gattegno
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