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Clearstream
Lahoud se pose en serviteur des services

Mercredi face aux juges, l'informaticien entend prendre ses distances avec  
Gergorin.

par Renaud LECADRE
QUOTIDIEN : samedi 03 juin 2006

Attendu mercredi par les juges, Imad Lahoud s'attend à son tour à une mise  
en examen, désormais inéluctable. Même il s'avoue soulagé que Jean-Louis  
Gergorin ait préalablement échappé à la détention provisoire. Sa ligne de  
défense est toute prête : il n'a jamais piraté le système informatique de  
Clearstream, le reste de ses missions étant couvert par la DGSE et le  
général Rondot.

Tout juste sorti de prison à propos d'une affaire boursière, ce  
mathématicien (titulaire d'un DEA à Paris-VI) reconverti trader financier,  
avait été embauché le 1er mars 2003 par EADS, comme consultant au  
département fusion et acquisitions. Derrière cet intitulé très général, il  
était chargé par Jean-Louis Gergorin de détecter les flux suspects autour  
de l'action Lagardère, le vice-président d'EADS redoutant un raid boursier  
initié par des oligarques russes. Il n'en sera rien.

Ben Laden. Lahoud est alors sous contrat «à titre non exclusif».  
Comprendre : il a toute latitude pour travailler en parallèle pour les  
services spéciaux. Ce n'est pas la première fois qu'EADS se dévoue pour  
rémunérer d'honorables correspondants.

Pour le compte de la DGSE, Imad Lahoud assure avoir rédigé des notes sur  
la nébuleuse Ben Laden. Lorsqu'il travaillait à Londres pour la banque  
Merril Lynch, il aurait été en charge d'un fonds de pension regroupant 52  
héritiers de la famille saoudienne, baptisé Globe Investment Ltd et pesant  
500 millions de dollars, dont Oussama Ben Laden sera plus tard évincé  
après avoir perçu sa part d'héritage. Aux ténors de la DGSE, Alain Juillet  
et Dominique Champtiaux, à qui il est présenté le 17 janvier 2003 lors  
d'un dîner au restaurant, en compagnie du général Rondot, il fait miroiter  
la possibilité de traquer le financement du terrorisme. Imad Lahoud est  
alors pris en charge «traité», dans le jargon des services par un agent de  
la DGSE, pseudonyme Laurent, aujourd'hui en poste en Turquie. Arrive très  
vite ce qu'il qualifie de «fameux raté» : une tentative infructueuse de  
mettre la main sur des documents compromettants au Liban. «La récupération  
n'était pas de tout repos. Rondot est un kamikaze, mais la DGSE ne voulait  
prendre aucun risque», se défend Lahoud. La DGSE y voit plutôt la  
démonstration qu'il n'y a rien à tirer de cet apprenti espion.

«Bien vu de la CIA». Du printemps 2003 à l'été 2004, Lahoud est géré  
directement par Rondot, en marge des services. Outre la galaxie Ben Laden,  
il dit avoir planché sur des chefs de guerre serbes (Mladic et Karadzic)  
et sur une banque libanaise, Al-Madina, soupçonnée d'avoir permis  
l'évasion d'avoirs irakiens avant l'invasion américaine. «A sa grande  
surprise, fait dire Lahoud, le général Rondot ne transmettra pas ses  
informations à la DGSE mais à la CIA.» Spéculation «complotiste» ? Sans  
trancher la question, un ex-ministre de la Défense confirme que Rondot  
«était bien vu de la CIA» pour ses connaissances du monde arabe.

Missives. Quel rapport avec Clearstream ? Tout à sa volonté de démontrer  
qu'il n'a jamais piraté ou bidouillé de fichier, quel qu'il soit, Lahoud  
laisse entendre qu'il n'a que très peu fréquenté Jean-Louis Gergorin  
jusqu'à l'envoi des missives du corbeau, en mai et juin 2004. Ce n'est  
qu'après, une fois nommé directeur scientifique en charge de la recherche  
informatique chez EADS, qu'ils se seraient véritablement liés. Une façon  
d'élargir le spectre des pirates possibles.

Lahoud admet un mauvais tour : avoir monté un «scénario» ou du moins avoir  
obéi au scénario imaginé par les services français pour soutirer des  
informations à Denis Robert, ex-journaliste à Libération et auteur de deux  
livres dénonçant l'opacité de Clearstream. Lequel comprendra sur le tard  
avoir eu affaire à un espion en herbe et lui dira sa façon de penser dans  
une récente lettre : «Si tu persistes dans ton attitude de déni et de  
fuite, tu vas rencontrer un mur. Le mur, c'est moi.»

Dans ses notes et rapports, le général Rondot semble avoir quelques  
difficultés à mesurer la crédibilité et la fiabilité d'Imad Lahoud. Un  
jour, il souligne ses «résultats intéressants dans le cadre de la lutte  
antiterroriste». Un autre, il doute de la «véracité de ses  
renseignements». Ayant officiellement coupé les ponts avec Lahoud, après  
l'explosion médiatique de l'affaire du corbeau, le militaire serait  
pourtant revenu vers lui, fin 2004, à propos des otages français, Chesnot  
et Malbrunot, détenus en Irak. Pour un simple coup de pouce en matière de  
traduction.

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