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L’espace intersidéral, 51ème état américain
Le 23/10/2006 à 7 h 00 - par Constance Jamet

Les Etats-Unis ont rendu public la semaine dernière leur nouvelle politique
spatiale. Cette stratégie sans concession ambitionne de protéger les intérêts
américains dans l’espace et interdit aux adversaires du pays l’accès aux
cieux. Sidérant ! 

La guerre des étoiles aura bien lieu. En catimini, la Maison-Blanche a publié
mercredi dernier, un document signé par le président en août dernier, qui
radicalise la politique spatiale de la première puissance mondiale. Désormais,
les Etats-Unis comptent « préserver tous leurs droits, leurs moyens et leur
liberté d'action dans l'espace », quitte à s’approprier les cieux  puisque le
texte précise que, le cas échéant, « ils empêcheront leurs adversaires d'user
de leurs capacités d'armement hostiles aux intérêts nationaux américains ».

C’est une menace à peine voilée aux ennemis potentiels du pays de l’Oncle Sam,
tels que la Chine (pour ne pas la nommer), qui voudraient entraver la liberté
de circulation des satellites militaires et civils des Etats-Unis. Les
spécialistes craignent surtout que ce document marque le début de l’armement
de l’espace et une course effrénée entre états. Bien que la Maison-Blanche ait
démenti tout développement et déploiement d’armes dans le cosmos, les
Etats-Unis sont au cœur de tous les soupçons depuis qu’ils ont refusé, en
octobre 2005, une résolution onusienne appelant à la proscription des armes
dans l’espace.

Ce nouveau dogme spatial révise celui de l’administration Clinton adopté en
1996, qui, s’il prévoyait de préserver et renforcer la sécurité des
Etats-Unis, entendait aussi améliorer la connaissance de notre planète, du
système solaire et de l'univers à travers l'exploration. Cette réforme est
surtout l’enfant de la doctrine Bush sur la sécurité nationale formulée en
2002, qui insistait les actions militaires préemptives. On retrouve dans les
deux déclarations le même ton unilatéral. Il s’agit pour l’Amérique de
convaincre les autres pays de soutenir sa politique spatiale et d’abandonner
la leur, sous peine d'être jugés antagonistes.

La suprématie de l’espace est capitale pour les Etats-Unis. Dès 2001, un
rapport du Pentagone s’inquiétait que des avancées technologiques permettent à
des adversaires de dévier les satellites américains de leurs orbites.
Washington est devenu de plus en plus dépendant de ces engins. Il y a 10 ans
un satellite hors de contrôle avait provoqué la panne de plus de 45 millions
de pagers. On imagine les conséquences lorsqu'on sait qu’aujourd’hui
téléphones portables, distributeurs de billets et GPS fonctionnent grâce à la
technologie satellitaire. De même, les  Etats- Unis  s’appuient sur cette
technique pour leurs opérations de combat, comme lors des guerres du Golfe,
des Balkans, d'Afghanistan et d'Irak.

La priorité est donc, pour l’administration Bush, de multiplier satellites
commerciaux et espions, dont la surveillance instantanée 24h/24h est
indispensable. Il est aussi prévu de mettre en place un système d’ « alerte
stratégique et tactique, global et permanent » et des « défenses anti-missiles
intégrées ». Le projet bouclier anti-missile américain, « star wars », initié
en 1983 par Ronald Reagan, est donc ressuscité. Des rumeurs  suggèrent même
que l’US Air Force réfléchirait à la conception de lasers, de vaisseaux
spatiaux et de canons tirant de l’espace des charges de tungstène de 100kg.
Le Pentagone n’a-t-il  pas demandé au Congrès, en ce début d’année, des
millions de dollars pour tester des armes de l’espace ?

Il est hors de question, pour les Etats-Unis, de se voir voler leur hégémonie
dans l’espace. Ainsi, l’exploration de l’univers a été remise au goût du jour
par George Bush qui a fixé des objectifs ambitieux à la NASA : retour des vols
habités sur la lune d’ici 2008 et construction de bases lunaires pour lancer
des missions vers Mars. La doctrine Bush comprend aussi un volet dédié à
l’émergence d’une économie spatiale dynamique, via des vols commerciaux. Seul
obstacle à l’avènement du tourisme de masse, l’encombrement de l’orbite
terrestre, polluée par de nombreux débris qui endommageraient les vaisseaux.
Un forum international, sous direction américaine, dédié à ce sujet devrait
voir le jour. Les Etats-Unis, qui n’ont jamais signé le protocole de Kyoto, se
préoccupent donc de l’écologie de l’espace !

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