http://www.assemblee-nationale.fr/12/cr-cdef/06-07/c0607007.asp
Audition du général Bruno Cuche, chef d'état-major de l'armée de terre, sur le projet de loi de finances pour 2007 (...) L'armée de terre, qui se situe déjà à la pointe des armées européennes avec celle du Royaume-Uni, veut aujourd'hui se placer résolument à l'avant-garde de la modernité, laquelle ne repose plus uniquement sur les attributs classiques de la puissance, mais sur la compréhension de l'environnement en temps réel et sur l'adaptation réactive. La réflexion prospective et doctrinale novatrice dans laquelle elle est engagée part d'un constat : la menace conventionnelle symétrique s'est pour l'instant éclipsée. La guerre n'a pas disparu mais a changé de nature. L'asymétrie, c'est à dire la recherche par l'adversaire des déséquilibres dans tous les domaines, militaires mais surtout civils, a remplacé les schémas classiques de la stratégie directe. Des Etats disposant de forces classiques moins modernes que celles de la France pourraient désormais privilégier des modes d'action que l'on peut qualifier d'asymétrie conventionnelle. Cela ne signifie pas que les capacités de destruction françaises soient devenues inutiles, mais qu'elles ne suffisent plus à elles seules à emporter la décision. La même logique s'applique à la technologie : celle-ci est indispensable, mais son efficacité repose avant tout sur la capacité humaine à la convertir en avantage, et c'est particulièrement vrai de l'information, du renseignement. Il a souligné que dans la complexité et face à l'incertitude, le facteur humain est devenu prédominant. Le concept de bataille décisive n'est plus aussi pertinent qu'auparavant. C'est désormais sur la phase de stabilisation de l'espace terrestre que se concentre l'effort principal. C'est la manuvre, à savoir la combinaison des moyens militaires et civils, de l'action politique, diplomatique et militaire, qui permet de neutraliser ou de discréditer les groupes armés et d'offrir des perspectives aux populations. C'est la manuvre aux plus petits échelons tactiques au sol qui contribue à l'atteinte de l'effet stratégique. La maîtrise du champ cognitif est devenue l'élément clé de la supériorité opérationnelle. Observant que seule une organisation adaptée permet de répondre à ce défi, le général Bruno Cuche a fait valoir que l'armée de terre, dans ce domaine, est à l'avant-garde. (...) M. Joël Hart a estimé nécessaire d'établir une feuille de route claire sur les ambitions de notre pays à l'étranger. La politique de la France et les théâtres d'opérations étant déterminés, les modes d'intervention et le matériel suivront. On est actuellement dans une phase très difficile de transition où, aux combats traditionnels, succèdent d'autres formes de guerre. Il a par ailleurs souhaité obtenir des précisions sur le système d'information du commandement dont dispose l'armée de terre. Le général Bruno Cuche a répondu que la maîtrise de l'information était aujourd'hui une priorité. Certains ont en effet pu connaître récemment des désillusions, sur certains théâtres, parce que le renseignement était mal maîtrisé. La difficulté est de trouver un bon équilibre entre l'utilisation d'une technologie de pointe et les centres d'intérêt du renseignement et de l'information. L'armée de terre inscrit son action dans le cadre de la « bulle opérationnelle aéro-terrestre » avec le système de numérisation de l'espace de bataille (NEB). Trop souvent, les militaires restent cantonnés dans le domaine du renseignement militaire, alors que, sur certains théâtres, les méthodes utilisées par d'autres services du renseignement en France - renseignements généraux, DST - pourraient leur être utiles. S'agissant de la mise en uvre des systèmes d'information modernes, le système de numérisation de l'espace de bataille est aujourd'hui en expérimentation dans deux brigades de l'armée de terre - la 2e brigade blindée, projetée partiellement au Liban, et surtout la 6e brigade légère blindée, déployée en Côte-d'Ivoire. Tous les comptes rendus qu'en reçoit l'état-major sont élogieux. Cela étant, ce système d'information présente un réel intérêt à partir du moment où il s'applique du commandement jusqu'au système d'information terminal, en passant par le système d'information régimentaire et il est disponible, sur chaque engin ou, bientôt, sur chaque combattant avec les équipements FELIN. M. Joël Hart a souligné qu'un tel dispositif était coûteux. Le général Bruno Cuche en a convenu, mais a fait valoir que son coût était maîtrisé, et que son utilité était grande. (...) M. Yves Fromion a douté, nonobstant la qualité du travail de la direction du renseignement militaire (DRM) et de la DGSE, que le renseignement puisse être valablement confié à un échelon relativement éloigné de la réalité du terrain. Or, il importe aujourd'hui, compte tenu des nouveaux types d'engagement et du contexte de l'emploi des forces, notamment au Liban, de connaître parfaitement l'environnement. A-t-on véritablement une bonne organisation de renseignement ? Le général Bruno Cuche (...) Ce n'est pas parce que la direction du renseignement militaire (DRM) a son siège à Paris qu'il n'y a pas d'agents sur le terrain. Le renseignement dans l'armée de terre est organisé en trois grandes catégories : le renseignement d'origine humaine ; le renseignement d'origine image ; le renseignement d'origine électro-magnétique. Cette dernière catégorie est le domaine des régiments de guerre électronique, les 44ème et 54ème régiments de transmission. Le renseignement d'origine image fonctionne essentiellement à partir des drones, que l'on cherche à développer à tous les échelons : les drones à courte et très courte portée et également le CL 289 et le système de drones tactiques intermédiaires (SDTI). Le renseignement d'origine humaine est aujourd'hui le plus important et concerne notamment un régiment spécialisé, le 2e régiment de hussards, comme d'autres régiments comme le 13e régiment de dragons parachutistes et le 1er régiment de parachutistes d'infanterie de marine, sans oublier des unités de la 11e brigade parachutiste (commandos de recherche et d'action dans la profondeur) et de la 27e brigade d'infanterie de montagne (unités de recherche humaine). Chaque soldat doit en permanence, dans le cadre des opérations auxquelles il participe, assurer la fonction de rechercher et de rapporter une information. Ce n'est malheureusement pas dans la culture française, et il a été difficile d'expliquer aux équipages, lorsque le char Leclerc a été déployé au Kosovo, qu'ils pouvaient aussi être efficaces à terre et pendant la pause. L'armée de terre doit encore travailler à convaincre ses combattants que la connaissance du milieu, des réseaux, des personnes influentes est primordiale. --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ You received this message because you are subscribed to the Google Groups "guerrelec" group. To post to this group, send email to [email protected] To unsubscribe from this group, send email to [EMAIL PROTECTED] For more options, visit this group at http://groups-beta.google.com/group/guerrelec -~----------~----~----~----~------~----~------~--~---
