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Alerte aux espions dans les labos français
LE MONDE | 25.10.06 | 14h16 · Mis à jour le 25.10.06 | 19h43

Le préfet Rémy Pautrat est en colère. "Dans ce pays, on se
préoccupe de sécurité publique dans les banlieues ; mais pas de
sécurité économique", s'alarme-t-il. Les pôles de compétitivité,
lancés par le gouvernement pour stimuler l'innovation et la recherche
françaises, seraient ouverts à tous les vents, au regard et à
l'ouïe de concurrents à l'affût.

"C'est dramatique, hallucinant", s'insurge-t-il. Ces pôles comptent
tout ce que la France a de meilleur en matière technologique. Et pour
cause. Ils ont été sélectionnés sur ce critère d'excellence.

"Il faut se méfier des prédateurs. Or, certains dossiers de
labélisation (entreprises et laboratoires y décrivent leurs projets
pour être sélectionnés) se sont retrouvés sur Internet. Quand ils
ne sont pas restés entassés dans les couloirs des ministères",
ajoute l'ancien directeur de la surveillance du territoire (DST) et
ex-secrétaire général adjoint de la défense nationale (SGDN).
"C'était un encouragement au pillage", constate-t-il.

M. Pautrat est aujourd'hui délégué général de France Intelligence
Innovation (FI2), une société de conseil en intelligence économique
mi-publique, mi-privée. Ses actionnaires sont l'Agence pour la
diffusion de l'information technologique (ADIT) et la Compagnie
européenne d'intelligence stratégique (CEIS), créée par un ancien
député, Olivier Darrason.

Pourtant, l'intelligence économique figurait bien dans l'un des
premiers communiqués sur les pôles de compétitivité, publié en
septembre 2004. Un budget de 2 millions d'euros était prévu à cet
effet. Mais il semble que les sommes aient été dépensées à
d'autres fins.

Daniel Darmon, conseiller auprès du délégué ministériel à
l'aménagement et à la compétitivité du territoire (Diact),
relativise le problème. "La sécurité globale a été mal prise en
compte, reconnaît-il. Mais pas la sécurité des dossiers. Les experts
chargés de la sélection avaient signé des clauses de
confidentialité."

La vigilance ne semble néanmoins pas avoir été parfaite sur toute la
chaîne. "Deux personnes appartenant au conseil de gouvernance d'un
pôle se sont révélées avoir été condamnées à des peines de
prison pour intelligence avec une puissance étrangère", affirme M.
Pautrat. Un chercheur qui travaillait sur de nouvelles molécules se
serait fait voler son ordinateur portable, qui contenait des
informations cruciales, dans une salle d'attente d'aéroport...

Lors d'une réunion tenue le 20 janvier au ministère de l'intérieur,
sous la présidence de Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas
Sarkozy, le patron de la DST, Pierre de Bousquet de Florian, a
confirmé qu'il détenait "un catalogue d'horreurs". L'alerte fut donc
donnée. Dans une lettre à son homologue au ministère de l'économie
en date du 1er février, M. Guéant annonce que des procédures de
sécurité vont être testées dans des pôles.

La question est très délicate. Le contrôle des informations n'est-il
pas antinomique avec l'objectif des pôles ? Avec la volonté de faire
travailler ensemble des entreprises petites ou grandes, des
laboratoires publics et privés, pour faire émerger une meilleure
créativité ?

Or ces différentes populations ont des habitudes et des besoins
différents en matière de confidentialité. Les grandes entreprises
connaissent les risques de l'espionnage économique et leurs équipes
sont généralement formées pour y parer ; ce qui n'est guère le cas
des petites et moyennes entreprises, qui, elles, craignent surtout de
voir leur savoir-faire pillé par les grands groupes avec lesquels
elles sont censées travailler. Quant aux chercheurs, baignant dans une
culture scientifique internationale, ils ont au contraire intérêt à
publier pour être reconnus et promus.

Pour faire passer le message de la prudence, un contrat de formation et
de conseil a été confié à FI2, avec un budget de 100 000 euros par
pôle, financé à 80 % par l'Etat et 20 % par les pôles eux-mêmes.
Onze d'entre eux ont été sélectionnés, parmi lesquels Atlantic
Biothérapies (Pays de la Loire) ou Chimie-environnement
(Rhône-Alpes).

Les équipes de FI2 leur apprennent à ouvrir l'oeil : telle
délégation coréenne ou chinoise ne doit parcourir que des chemins
balisés, aucun visiteur ne doit être admis sans montrer patte blanche
(récemment, le représentant d'un fonds d'investissement américain
fut repéré faisant discrètement son marché dans un pôle
francilien).

Mais l'essentiel est sans doute d'établir la confiance au sein de ces
entités entre les différents partenaires en mettant en place des
règles de fonctionnement.

Les informations doivent, par exemple, être étiquetées au fur et à
mesure de leur élaboration, selon leur nature : "critiques", si elles
ne doivent être partagées avec personne, "sensibles", quand elles
peuvent être partagées sous condition, et "ouvertes", quand elles
peuvent être diffusées sans contrainte.

Mais certaines informations qualifiées de sensibles au sein du pôle
peuvent devenir "critiques" à l'extérieur. Des logiciels sont en
cours d'élaboration pour automatiser cette indexation, actuellement
effectuée à la main.

Au pôle Atlantic Biothérapies de Nantes et Angers, Christophe Angot,
nouvellement nommé "correspondant en sécurité économique", a
commencé de prêcher la bonne parole : plus question de partir à
l'étranger avec des dossiers contenant des informations critiques non
cryptées. Interdit aussi de trop parler dans le TGV ou de laisser
traîner des cahiers de laboratoire sur les paillasses.

Ces opérations pilotes vont permettre d'élaborer un guide de bonnes
pratiques d'ici à la fin du mois de novembre.
Annie Kahn


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article.

Jeremy+Lafleur
26.10.06 | 16h12
"Curieusement la philosophie des chercheurs Français a toujours été
ouverte sur l'échange d'information et sur la communication" C'est
justement la manière dont est censé fonctionner la recherche !! C'est
renversant quand on n'y pense ! Quand on pense que certainses grandes
conférences aux états-unis réunissent plus de 30 000 chercheurs !
Faudrait trouver un moyen de les faires taires une bonne fois pour
toute ces méchants bavards !


EGUNONGANIXE
26.10.06 | 08h16
Mieux vaut tard que jamais mais bon ça révèle aussi une mentalité
en matière de recherche qui est propre à la France. Curieusement la
philosophie des chercheurs Français a toujours été ouverte sur
l'échange d'information et sur la communication. Philosophiquement
cela est une position plus que louable, économiquement elle est
désastreuse. Reste à savoir dans quel monde nous vivons.

Jeremy+Lafleur
26.10.06 | 02h29
"Et les chercheurs veulent faire "avancer la science" Et oui, c'est
leur métier. Incroyable non ?

Europekipete
25.10.06 | 21h59
Les espions n' ont vraiment pas mieux a faire, on voit mal ce qu'il y'a
a voler dans un pays ou l'innovation a laisse la place aux 35hrs. La
vraie fuite d' intelligence, c'est celle des cerveaux francais qui
comme le mien seront inventeurs sur 7 brevets, dont pas un n'est
francais.

Michel B.
25.10.06 | 20h58
Ces informations laissent pantois : J'ai beaucoup lu de brevets dans ma
carrière de chimiste et surtout lu de brevets bidons : D'abord un chef
de service en mal d'inventions croit lire dans un brevet concurrent une
lacune ou un oubli et il s'engouffre dans un truc qu'il ignore. Ensuite
il existe les brevets dits crottes de chameau : on brevète tout et
n'importe quoi autour d'un axe de recherche non indiqué, juste pour
baliser son terrain. Ca fait beaucoup de papiers et de commissions.

Mehmet
25.10.06 | 17h09
Le problème vient des cabinets de consultants qui se greffent sur les
procedures de labelisation et de subventions. Les dossiers partent on
ne sait où ; les porteurs de projet n'ont aucun contrôle sur
l'information diffusée... Les NDA (Non- disclosure agreement) ne
protègent contre rien du tout. Si la France veut favoriser une culture
de l'innovation, elle doit protéger les projets émanant des
individus, pas seulement ceux issus du big business !

philippe c.
25.10.06 | 16h47
J'ai été encore recemment surpris par l'absence de mesure
elementaires: Absence compléte de cryptage de donnée sur des PC
portables. Bornes wifi non surveillées... Mais cela n'est'il pas le
resultat de l'interdiction de la cryptographie jusqu'a recement en
France ? Nous avons encore un retard dans la connaissance de ces
outils.

Jean R.
25.10.06 | 16h44
Il manque à notre recherche publique la culture de l'innovation. Car
les avancements se font au nombre de publications dans les revues à
référés, la plupart du temps étrangéres. Et les chercheurs veulent
faire "avancer la science" et se faire légitimement de la pub plutôt
que songer aux applications. De ce fait, ils sont trop bavards.
Ajoutons enfin que la crise du recrutement en France les incite à
prendre tout candidat venu de n'importe quel pays.

JEAN LOUIS L.
25.10.06 | 16h18
Si toute la recherche française se retrouve sur Internet,que vont
devenir les étudiants de l'Empire du Milieu venant faire des stages
dans les entreprises françaises? Prévenons les gentiment et ils iront
faire leurs études aux USA.

Laurent V.
25.10.06 | 15h19
99 fois sur 100, un chef de labo choisira de publier (donc empêcher
tout brevet) sans même imaginer breveter. Au vu du nombre de brevets
issus de nos labos les espions doivent sérieusements s'ennuyer.....


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