http://www.acrimed.org/article2474.html

Une journaliste de l’AFP frappée d’ « interdiction professionnelle »  
(Saj-Unsa)
Publié le samedi 28 octobre 2006        

Nous publions ci-dessous un communiqué du Syndicat autonome des  
journalistes (SAJ-UNSA) - (Acrimed)

Notre consœur Raphaëlle Picard, pigiste permanente de l’AFP dans le  
département des Yvelines, est frappée depuis trois semaines d’ «  
interdiction professionnelle » par la police et la justice du département,  
après la diffusion de son reportage sur l’opération de police, le 4  
octobre, dans le quartier des Musiciens aux Mureaux.

Dans cette dépêche, Raphaëlle, jeune journaliste de l’AFP depuis 2004, a  
décrit - en se conformant avec la plus parfaite rigueur et honnêteté aux  
règles déontologiques de la profession - « La colère des "perquisitionnés  
par erreur" dans une cité des Mureaux ».

Ce reportage a valu à l’AFP de très importantes reprises dans la presse  
nationale et régionale, écrite et audiovisuelle.

Ce témoignage rigoureux, parfaitement sourcé et ponctué de nombreuses  
citations incontestables, est évidemment exempt de tout commentaire de  
l’auteure, comme l’exigent les règles rédactionnelles de l’AFP. Il a jeté  
un éclairage nécessaire sur les coulisses des opérations de police à grand  
spectacle, mises en scène par le locataire de la place Beauvau, par  
ailleurs candidat à la présidence de la République.

Mais « l’arroseur arrosé », qui ne tolère, semble-t-il, qu’une presse aux  
ordres et à sa bottine, a violemment réagi par l’intermédiaire de ses  
services départementaux :

Ce fut d’abord le directeur adjoint de la police départementale qui à la  
sortie d’une conférence de presse, a étrillé notre consœur, l’accusant de  
« malhonnêteté intellectuelle ».

Ce fut ensuite le directeur de la sécurité publique, a qui Raphaëlle avait  
demandé un entretien, qui l’a accusée d’avoir « produit des faux  
témoignages qu’elle n’avait pas pris soin de vérifier... auprès de la  
police » (sic). « Notre collaboration va s’arrêter là », lui a-t-il  
signifié.

Ce fut encore (côté Justice), le procureur adjoint du parquet de  
Versailles qui lui a également signifié que sa porte était désormais  
fermée et qu’il « ne voulait plus jamais collaborer » avec elle. « On a  
toute la direction sur le dos... », a-t-il avoué.

Enfin, last but not least, le directeur de la police judiciaire des  
Yvelines est monté d’un cran : « On va porter plainte... ». Menace  
gratuite, fanfaronne et vide de sens, puisque, à ce jour, aucune espèce de  
plainte n’a été déposée devant une quelconque juridiction.

Raphaëlle et par voie de conséquence l’AFP, se trouve désormais coupée de  
toutes les sources « officielles et institutionnelles », indispensables  
pour couvrir de façon rigoureuse, honnête et complète, l’actualité dans ce  
département.

Le but poursuivi par le ministère de l’Intérieur est limpide : interdire à  
Raphaëlle Picard de faire son travail de journaliste et pousser la  
direction de l’AFP, au pire, à mettre fin à sa collaboration, au mieux, à  
procéder à sa mutation.

L’AFP avait obtenu il y a une quinzaine de jours, du procureur adjoint du  
parquet de Versailles, un rendez-vous à déjeuner, prévu le mercredi 25  
octobre. Mais au dernier moment, le mercredi matin, d’une façon pour le  
moins cavalière et méprisante, le magistrat à signifié à l’Agence, par la  
voix de son assistante ou secrétaire, que le rendez-vous était annulé «  
pour raisons d’agenda ».

Cette affaire est très grave et ne doit pas en rester là.

La carrière professionnelle de Raphaëlle est objectivement menacée par un  
tenant de l’exécutif qui bafoue, avec le plus intolérable aplomb, les  
règles élémentaires de la République et de la démocratie et piétine la  
liberté de la presse.

Ce chantage pèse aussi sur l’ensemble des journalistes de l’Agence dans  
l’exercice de leur activité professionnelle et plus particulièrement dans  
les domaines police-justice et politique, en cette période très sensible  
d’échéances électorales et alors que la situation dans les banlieues est  
de plus en plus instable.

Le SAJ-UNSA demande avec instance à la Direction Générale, d’affirmer  
publiquement sa défense de notre consœur et de condamner fermement les  
menaces et l’ostracisme dont elle est injustement victime.

Il lui demande également de saisir le Premier ministre -voire plus haut si  
nécessaire- de cette affaire qui constitue une grave entorse à la liberté  
de la presse, l’un des piliers de notre démocratie républicaine.

Le SAJ-UNSA appelle l’ensemble des syndicats et le personnel de l’AFP à  
soutenir Raphaëlle Picard et à envisager toutes modalités d’action - et  
elles sont nombreuses - pour faire cesser cette invraisemblable atteinte  
au droit d’informer.

Ce communiqué d’information, tant sur le fond que dans sa forme, et  
notamment en ce qui concerne les sources qui ont permis sa rédaction, est  
de l’entière et unique responsabilité du Syndicat Autonome des  
Journalistes de l’Agence France-Presse.

PARIS, 27 octobre 2006

SYNDICAT AUTONOME DES JOURNALISTES (SAJ-UNSA)


http://fr.news.yahoo.com/04102006/202/la-colere-des-perquisitionnes-par-erreur-dans-une-cite-des.html

mercredi 4 octobre 2006, 11h39

La colère des ''perquisitionnés par erreur'' dans une cité des Mureaux

Par Raphaelle PICARD

LES MUREAUX (AFP) - Colère, humiliation et désir de vengeance: les  
habitants du quartier défavorisé des Musiciens aux Mureaux étaient  
nombreux mercredi à exprimer leur amertume après avoir été réveillés par  
une intervention policière à l'aube et vu leurs enfants "braqués". Il  
était 6H00 pile lorsque des habitants du deuxième étage de la tour Bizet  
ont entendu le premier coup de bélier sur leur porte blindée. La famille  
musulmane pratiquante de 15 personnes, réunie dans la salle à manger pour  
le traditionnel repas avant le lever du soleil, n'a pas eu le temps de  
réaliser. "Une vingtaine de policiers ont fait irruption dans  
l'appartement, ils nous ont fait tomber au sol, avec un coup de pied, mon  
frère et moi", raconte Adama, 17 ans, portant un hématome au visage après  
un "coup de matraque". "Ils m'ont écrasé la tête par terre comme une  
merde", ajoute le jeune garçon. Il affirme que des policiers, dans la  
précipitation, ont également poussé sa mère par terre, lui ont renversé de  
l'huile chaude sur un pied et jeté à terre les aliments, tandis que les  
deux frères étaient menottés et les autres membres de la famille alignés  
dans le couloir, mains sur la tête. Adama confie son désir de "se venger".  
Les yeux de Workya, une des filles de la famille, étincellent de colère.  
Son fils de deux ans et demi "s'est fait braquer un pistolet sur la tempe"  
dans sa chambre. La jeune femme de 27 ans n'a pas pu se rendre à son  
travail ce matin. Elle veut porter plainte. "Pour eux, on est juste une  
famille d'arabes et de noirs, ils nous considèrent comme des animaux",  
affirme-t-elle. Après leur intervention musclée, les policiers, à la  
recherche de cinq personnes à la suite des échauffourées avec des jeunes,  
dimanche soir, dans le quartier, sont partis rapidement en disant "on  
s'est trompé", se dirigeant vers la porte voisine. Même porte enfoncée.  
Même surprise, peur et indignation chez les "perquisitionnés par erreur".  
Une journaliste de l'AFP a constaté que l'appartement avait été  
"retourné", des meubles cassés, des vêtements jetés à terre, des étagères  
vidées, des matelas retournés. Cette fois, les policiers "braquent dans  
son lit un petit garçon trisomique de 6 ans", affirme Lina, habitante du  
second appartement, qui ajoute: "Ils l'ont traumatisé. Ce n'est que de la  
mise en scène, ils vont d'appart en appart mais ils ont rien trouvé".  
Lorsque la centaine de policiers se replient vers 8H00 après avoir  
interpellé une personne en présence d'une nuée de journalistes, des femmes  
et des jeunes les poursuivent en les invectivant et en imitant le cri du  
singe: "bâtards, robocops, fourmis!" Comme d'autres mères de famille  
descendues des tours au fil de l'intervention, Mariam fulmine. On a fait  
revenir cette jeune femme de 24 ans de son travail à la chaîne car la  
police est intervenue dans son appartement où se trouvait son nourrisson  
de 12 mois. "Ici on se sent en danger, on a peur quand les forces de  
l'ordre sont là", lâche-t-elle. "Si on braquait vos enfants avec des  
armes, j'aimerais bien voir comment vous réagiriez, il faut arrêter la  
provocation".

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