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30 octobre 2006
Protection du secret des sources : pourquoi est-ce si long ?


Le 11 janvier 2006, lors de la présentation de ses vœux, le ministre de
la Justice Pascal Clément s'était engagé à inscrire la protection des  
sources
dans la loi française sur la presse. « Il ne pourra être porté atteinte au
droit des journalistes à la protection de leurs sources d'information qu'à
titre exceptionnel et lorsque la nature de l'infraction, sa particulière
gravité, le justifient », avait alors indiqué le ministre. Il avait  
également
fait la promesse d'étendre au domicile des journalistes « les règles
spécifiques applicables aux perquisitions effectuées dans une entreprise de
presse », protégeant ainsi le travail des nombreux journalistes  
indépendants et
free-lance.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ), la Fédération nationale de la
presse française, Reporters sans frontières et d'autres s'étaient  
félicités des
engagements clairs et précis du ministre.

Dix mois plus tard, rien n'a bougé. Le ministre a réitéré son engagement en
juin, lors d'un colloque organisé par l'association Presse-Liberté, mais il
n'est toujours pas passé à l'acte.

Il y a pourtant urgence. Les cas de journalistes mis en examen et de médias
perquisitionnés pour les contraindre à révéler leurs sources ne manquent  
pas. «
A chaque affaire gênante, la solution miracle semble à portée de main :
identifier de gré ou de force les sources des journalistes », avait écrit  
le
SNJ pendant la crise liée au dossier Clearstream, en mai dernier. Le  
Premier
ministre Dominique de Villepin avait alors déposé quatre plaintes contre  
des
journalistes. Parallèlement, le député UMP Jacques Briard avait demandé
l'inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale d'une proposition  
de
loi visant à « obliger les médias à citer leurs sources pour un article de
presse faisant état d'une enquête ou d'une instruction judiciaire ». Ce  
texte a
heureusement disparu avec l'affaire Clearstream.

Plus récemment, en juin, France 3 Centre a reçu la visite de policiers et  
de
magistrats après la diffusion d'un reportage sur le procès de faucheurs de  
maïs
transgénique. Des bandes vidéo ont été saisies par les forces de l'ordre.  
Un
journaliste et le rédacteur en chef de la station ont été convoqués par la
police judiciaire.

Quelques semaines plus tard, c'était au tour du quotidien Midi Libre d'être
perquisitionné par les services de la police judiciaire de Montpellier. Les
agents cherchaient à connaître l'identité de la source qui avait permis au
journal de publier un prérapport de la Chambre régionale des comptes. Cinq
disques durs de la rédaction ont été copiés intégralement par la police.
Pour toutes ces raisons, Pascal Clément devrait se hâter de tenir ses  
promesses.
L'Union européenne prépare en ce moment même des dispositions  
contraignantes
pour garantir le secret des sources. Il serait dommage que la France fasse
partie des mauvais élèves lorsque Bruxelles rendra publics les résultats  
de son
travail.

Jean-François Julliard



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