http://permanent.nouvelobs.com/politique/20061115.OBS9411.html

"L'Elysée ne peut pas nier l'existence de ce message"

NOUVELOBS.COM | 15.11.06 | 13:04

par NicolasBeau, journaliste
au Canard Enchaîné

L'Elysée a démenti l'existence d'un compte bancaire appartenant à
Jacques Chirac au Japon. Comment peut-il nier un document émanant de
la DGSE ? Quelle fiabilité peut-on accorder à ce document?

- Ce que l'Elysée ne peut pas nier, c'est l'existence de ce message.
Maintenant, s'il a des informations à apporter sur le fait que ce
document contient des informations fausses, qu'il les mette sur la
table. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que quand Chirac a su que ce
message allait être publié, il était dans tous ses états et qu'il a
tout fait pour qu'il ne soit pas connu du grand public.

Rondot n'est pas un imbécile et d'autres personnes se sont penchées
là-dessus et ont reconnu la réalité de ce document. Son existence
est incontestable. Reste donc l'hypothèse d'une manipulation interne
à la DGSE. Mais dans ce cas, il aurait été facile de punir les
responsables. Or personne n'a été renvoyé. Certaines personnes ont
bien écartées, parfois même avec une belle promotion, mais personne
n'a été viré, alors qu'il s'agit tout de même d'une attaque contre
le chef de l'Etat.

Pourquoi ouvrir un compte au Japon et pas dans un paradis fiscal?

- Tout d'abord parce que Jacques Chirac est très ami avec le banquier,
un habitué des coups tordus en qui le chef de l'Etat a une totale
confiance. C'était pour lui le complice idéal. De plus, le président
à une passion pour le Japon. Il s'y est rendu une cinquantaine de fois
et a très souvent manifesté son intérêt pour ce pays et sa culture.

Enfin, l'avantage de ce pays est tout simplement d'être très loin de
la France. En effet, dans la presse francophone, qui s'intéresse au
Japon? Il doit y avoir trois pauvres malheureux correspondants qui font
ce qu'ils peuvent et qui n'ont en tout cas pas les moyens d'enquêter
sur une affaire telle que celle-ci.

Pourquoi ce document a-t-il été saisi par les juges en charge de
l'enquête sur l'affaire des faux listings de Clearstream? Cette
affaire peut-elle avoir des suites?

- Ces juges sont connus pour être des amoureux de la perquisition et
ont déjà accumulé des kilos d'archives. C'est même la première
fois que les services secrets français sont perquisitionnés. Le
message sur le compte de Chirac se trouvait simplement au milieu de 40
volumes de 40 centimètres chacun.

Maintenant, cette affaire n'aura de suites que si la presse consent à
enquêter. Cela demanderait des recherches extrêmement difficiles que
le Canard seul ne peut pas mener. Il faudrait une réelle mobilisation
de la presse pour comprendre ce qu'il s'est passé. Malheureusement, ce
n'est pas le cas.

Il y a eu des masses de livres sur l'affaire Clearstream et si les
journalistes dépensaient la même énergie pour s'intéresser à la
vie japonaise de Jacques Chirac, on apprendrait très certainement
beaucoup de choses. Que la presse n'épouse pas certaines positions du
Canard, je peux totalement le comprendre. Par contre, qu'elle ne se
pose pas de questions lorsqu'elle est face à certaines informations,
je trouve cela plus gênant.

Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux
(le mercredi 15 novembre 2006)


http://permanent.nouvelobs.com/politique/20061109.OBS8754.html

"Les journalistes ne font pas leur travail"

NOUVELOBS.COM | 09.11.06 | 14:57

par Nicolas Beau,
journaliste
au Canard enchainé,
auteur de "Une imposture française"
(avec O. Toscer, Ed. Les Arenes, 2006)

Vous révélez dans le Canard enchainé du mercredi 7 juin l'existence
de notes de la DGSE prouvant qu'elle savait, dès 1996, que le
président Jacques Chirac détenait un compte bancaire secret à la
Tokyo Sowa Bank, au Japon. Disposez-vous de ces documents ?

- Il s'agit de messages internes à la DGSE auxquels personne n'a
accès, pas même le juge. Si ces documents ont été saisis au
domicile du général Rondot lors de la perquisition, ils sont
désormais à la commission de déclassification du
secret-défense.Pour être versés au dossier, ils doivent être
déclassifiés, mais on voit mal Michèle Alliot-Marie autoriser la
déclassification. Je ne veux pas révéler mes sources, mais il est
possible que les messages de la DGSE figurent dans les fameux carnets
du général Rondot, ou bien que la perquisition ait permis de trouver
le fameux rapport que le général a envoyé à Jacques Chirac au sujet
de l'enquête de la DGSE. Vous expliquez dans votre article que le
secret est largement partagé.

L'Elysée pourra-t-il encore longtemps se contenter de "démentir
catégoriquement" et d'évoquer une "campagne de calomnies" ?- Si
Jacques Chirac et Dominique de Villepin n'avaient pas pris l'habitude
de confier des enquêtes parallèles au général Rondot, l'affaire ne
serait peut-être pas sortie. Mais le plus grave n'est pas que les
services secrets détiennent des informations sans les divulguer; on
peut le comprendre, ils servent l'Etat. Mais les journalistes ne font
pas leur travail.Sans forcément épouser la thèse de l'existence du
compte secret de Jacques Chirac, ils devraient au moins se poser des
questions. Le Canard enchainé apporte tout de même des éléments
factuels très précis.Même s'il n'y a pas de documents à l'appui
prouvant l'existence de ce compte, les documents cités par le Canard
méritent une enquête.Lorsque nous avons publié notre article avec
les extraits de la déposition du général Rondot (le 10 mai, NDLR),
l'Elysée a réagi dès le mardi soir, la veille de la sortie du
journal! A part le Quotidien Permanent nouvelobs.com, le Nouvel Obs,
les Guignols de l'info et des dessinateurs de presse, la presse ne
parle pas de l'affaire. Le Monde, qui a cité entièrement la
déposition du général Rondot, a coupé le passage sur le compte
japonais.

Et pour dévaluer l'information du Canard, Le Monde s'appuie sur un
article dans la presse japonaise qui n'a jamais existé, ce qu'il a
été obligé de reconnaître quelques jours plus tard.Il y a pourtant
un faisceau d'indices qui accrédite la thèse du compte secret: les
confidences de membres de la DGSE au Canard, les déclarations du
général Rondot, la réaction particulièrement vive de l'Elysée, les
relations très suivies entre Chirac et le Japon, et les noms de
Gilbert Flam, Alain Chouet et Jean-Jacques Martini dans le listing
Clearstream.

Gilbert Flam et Alain Chouet ont enquêté à la DGSE sur le compte
japonais de Jacques Chirac, tandis que Jean-Jacques Martini a
travaillé sur la rançon versée pour libérer les premiers otages
Français au Liban. Comment et pourquoi leurs noms se sont-ils
retrouvés dans le listing de Clearstream ?

- On trouve dans le listing les noms de marchands d'armes, on trouve
Nicolas Sarkozy qui est un opposant à Jacques Chirac, et puis ces
trois noms, qui n'ont rien à voir avec l'affaire des frégates de
Taïwan ni avec l'industrie de l'armement et qui ne sont pas des amis
de Nicolas Sarkozy.
Ces trois personnes ont eu connaissances de certaines choses, il faut
donc pourrir leur réputation. Sinon, pourquoi Imad Lahoud, le dimanche
14 mai sur TF1, aurait-il déclaré que "les deux personnes qui
obsédaient le général Rondot étaient Gilbert Flam et Jean-Jacques
Martini", et que le général "voulait leur faire la peau" ?

Où en êtes-vous de votre enquête sur l'origine de l'argent ? Le
général Rondot a indiqué, lors de sa déposition devant les juges en
charge de l'affaire Clearstream, que les 300 millions de francs
provenaient "d'une fondation culturelle dont M.
Chirac était membre du conseil d'administration". Dans le Canard
enchainé, vous faites état d'une enquête d'un financier japonais qui
explique que la Tokyo Sowa Bank était "impliquée dans les pots-de-vin
du marché de l'immobilier parisien". Qu'en est-il ?

- Ce dont nous sommes certains, c'est qu'il y a eu, à un certain
moment, un million de dollars sur un compte au Japon. Les 300 millions
de francs dont on a parlé sont une somme évoquée par le général
Rondot. Contrairement à ce qu'ont dit les chiraquiens, l'argent ne
peut pas provenir de l'Association japonaise des arts, pour laquelle
Jacques Chirac était conseiller du Prix impérial. Nous avons
vérifié auprès de Raymond Barre, qui lui a succédé: la fondation
rembourse seulement les frais, plus 15.000 euros.
Par contre, on pourrait s'intéresser à une autre fondation, la
fondation Sasakawa, qui existe au Japon sous le nom de Nippon
Foundation, créée en 1990 par Ryoichi Sasakawa, un criminel de guerre
japonais, qui a des relations avec des milieux financiers très
troubles au Japon. Cette fondation est peuplée de chiraquiens purs
jus. C'est une piste. D'autres, à Tahiti, évoquent un possible
versement de Gaston Flosse (président de la Polynésie française de
1972 à 2005, NDLR).

Propos recueillis par Baptiste Legrand
(le mercredi 7 juin 2006)


--~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~
  Vous avez reçu ce message, car vous êtes abonné au groupe Groupe "guerrelec" 
de Google Groupes.
 Pour transmettre des messages à ce groupe, envoyez un e-mail à 
l'adresse [email protected]
 Pour résilier votre abonnement à ce groupe, envoyez un e-mail à 
l'adresse [EMAIL PROTECTED]
 Pour afficher d'autres options, visitez ce groupe à l'adresse 
http://groups-beta.google.com/group/guerrelec?hl=fr
-~----------~----~----~----~------~----~------~--~---

Répondre à