Roger ROMAIN
        a/conseiller communal
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Lu sur "LA  CREME DE CANARD"
 
 

Dakar-Le Caire : Alerte, le Mali boude !
Cette ann�e, le rallye auto-moto est pass� aussi par Kayes, petite ville du Mali. Un mirage en �pingle � cheveux. Reportage.

Chaque ann�e, l'organisation du "Dakar" nous promet qu'elle apporte des petits plus, technologiques ou autres, dans les r�gions travers�es.

"All�, Thierry Sabine Organisation ?
- Oui.
- Pouvez-vous donner quelques renseignements sur l'action humanitaire qui accompagne le 'Dakar' ?
- Nous ne communiquons pas sur ce sujet."

Quelle pudeur, d�s le d�part !

Deuxi�me �tape de l'�preuve, vendredi 7 janvier : Tambacounda-Kayes. En tout, 359 kilom�tres de travers�e du Sahel, terrain plat, d�sertique, rocailleux, d'un "niveau de pilotage �lev�", dit Hubert Auriol, patron du  "Dakar", propri�t� du groupe "L'Equipe-Le Parisien".

La veille, � Kayes (prononcer "gaille"), personne n'avait l'air tr�s au courant. Un vendeur de cigarettes : "Ah ! bon, c'est quand ? Demain ? Ah, j'irai, �a m'int�resse." Mais on dirait qu'il dit �a pour faire plaisir.

Total : dans tous les bons coups !
Un chauffeur de taxi :  "Nous, ce qui nous int�resse, c'est que Kayes a �t� retenue pour la Coupe d'Afrique des nations de football !" Ce n'est pas le bout du monde, mais presque : pas une seule route ne m�ne � cette ville de 78 000 habitants. Pour rejoindre la capitale, Bamako, � 700 km, il faut faire deux jours de piste ex�crable. Le vieux train colonial, toujours bond�, met douze heures au minimum, et l'avion, un coucou de seize places, se pose une ou deux fois par semaine sur l'a�rodrome. "Ce dont souffre Kayes avant tout, dit Frank M�ller, patron de l'antenne locale de la coop�ration fran�aise, c'est de son enclavement."

Mais c'est justement ce qui pla�t aux organisateurs du "Dakar". Le 'jour o� les routes seront praticables, le rallye devra aller voir ailleurs. Avec le rallye, t�t le matin, c'est une vraie ville qui ne met � pousser au bord de l'a�rodrome. D�boulent une douzaine d'avions, une demi-douzaine d'h�licopt�res, au pied desquels s'affairent des types � casquette et bermuda. Voil� que surgissent un bar (15 F la bi�re), une cantine (au menu ce soir, steak-frites), des latrines, Une salle de presse, etc. Le "Dakar" c'est 400 �quipages (200 motos, 135 autos et 65 camions), soit environ 600 coureurs, plus les m�caniciens, les invit�s, les journalistes (France 2 et France 3 mobilisent une cinquantaine de personnes et quatre avions), etc. En tout 2 000 personnes. Tandis que, sur le coup de midi, quelques centaines de gamins d�soeuvr�s s'agglutinent au bord de la piste pour voir arriver les premiers motards, les flics du coin patrouillent pr�s de la ligne de d�marcation, un ruban de plastique rouge et blanc frapp� du sigle Total qui ceint le camp. Total, l'un des principaux sponsors du rallye, est dans tous les bons coups en ce moment.

Le jeune cheikh Sidi, qui survit en louant 5 F par jour des cassettes pirates de Jean-Claude Van Damme : "C'est jour f�ri� aujourd'hui, � cause de la fin du ramadan, tu vas voir, cet apr�s-midi, tout Kayes va venir ici !" Mais les heures passent, les voitures puis les camions surgissent dans des nuages de poussi�re, et seule une poign�e de badauds a rejoint les gamins.

Pendant ce temps-l�, dans le garage � ciel ouvert qu'est devenu le bivouac, on d�sosse les machines, on r�pare, on nettoie. D�bauche de moyens, de groupes �lectrog�nes, de camions d�gueulant de pi�ces d�tach�es, d'�quipement dernier cri. A 2 kilom�tres de l�, sur les rues d�fonc�es du centre-ville, les rares automobilistes roulent � bord d'�paves mille fois rafistol�es, faute de pi�ces de rechange, qu'ils essaient vainement de trouver aupr�s des m�canos.

Lamba Tall, un haut fonctionnaire, fait le pied de grue devant le bivouac. Nous avons au Mali une quarantaine de 4x4 Nissan mais nous ne r�ussissons � trouver aucune pi�ce. Je viens ici pour essayer de m'en procurer. L'�quipe Nissan accepte de jeter un oeil au v�hicule pr�sent� : "Trop vieux ! On n'a rien pour vous."

"Le 'Dakar', tout le monde s'en fout. �a ne nous rapporte rien. Aucun impact �conomique : ils vivent au autarcie compl�te." Salif Magassouba est un responsables du GRDR, Groupement r�gional de d�veloppement rural, une organisation non gouvernementale qui depuis trente ans finance des projets de d�veloppement agricole dans la r�gion. "Kayes est � la fois arri�r�e et moderne on a des antennes paraboliques, on re�oit Canal+ et TV 5. Chacun de nous a vu des courses de voitures � la t�l�vision... Le seul effet de ce rallye, c'est d'inciter les jeunes au d�part : les Fran�ais ont de l'argent � jeter ; moi il faut que je parte en France..."

"Les blaireaux peuvent s'en sortir � 150 000 F", dit ce jeune motard, qui, lui, a d�bours� 450 000 F pour ce "Dakar". Quand on explique �a � un habitant de Kayes, il rigole puis se tait. Ici, on vit royalement 1 500 F par an. Et 30 � 50 % des gens sont sans travail.

Avec 9 millions d'habitants, le Mali est un des pays les plus pauvres du monde. Une terre aride dont seuls 15 % sont cultivables. Presque pas d'industries ni de sources d'�nergie. Un syst�me �ducatif � refaire (80 % des adultes ne savent ni lire ni �crire). Un syst�me de soins d�faillant (292 enfants sur 1000 meurent avant l'�ge de 5 ans). D'o� une �migration massive : entre 4 et 5 millions de Maliens vivent � l'�tranger, en Europe et dans d'autres pays d'Afrique. En France (avec ou sans papiers), la plupart viennent justement de la r�gion de Kayes, qui survit gr�ce � l'argent qu'ils envoient. En janvier 1998, Jospin lan�a � grand fracas un vaste programme de "cod�veloppement" : il s'agissait de permettre aux sans-papiers de rentrer chez eux t�te haute et poches pleines (24 000 F au maximum et sous conditions). Seuls 39 ont accept�... On regarde � deux fois avant de rentrer ici.

Dakar de ramassage
La fillette renvers�e et bless�e lors de la troisi�me �tape entre Kayes et Bamako a �t� op�r�e de la rate par l'�quipe m�dicale du "Dakar". Elle est "hors de danger", pr�cise l'organisateur Hubert Auriol qui ajoute : "Pour aller d'un point A � un point B, sur un itin�raire de course, il faut in�vitablement traverser des villages. Alors, parfois, l'enfant �chappe � la surveillance de ses parents ou de ses fr�res et soeurs, et c'est l'accident. (...) Mais il y a toujours et comme dans toutes les villes du monde des accidents de la circulation".

Sauf que, l�-bas, les enfants n'ont jamais vu une autoroute, ni m�me une route goudronn�e... Petits garnements !

La nuit tropicale est tomb�e brutalement � 19 heures. Dans les rues poussi�reuses de Kayes, chacun s'est mis sur son trente et un pour la fin du ramadan. On se prom�ne par groupes, de la musique sort des cours int�rieures, personne n'a l'id�e d'aller voir jusqu'� l'a�rodrome.

Au bivouac, dans le boucan des groupes �lectrog�nes, les m�canos continuent de s'activer sous les projecteurs, G�rard Holtz fait son vrai-faux direct ; les trois vendeurs de bonbons traditionnels, tissus et statuettes qui avaient install� leurs �choppes � l'entr�e du bivouac plient boutique presque bredouilles.

C'est le lendemain matin, apr�s le d�part, que le "Dakar" attire vraiment les foules : sur les lieux du bivouac abandonn� et enfin accessible, des nu�es de gamins disputent aux �boueurs bouteilles en plastique, gobelets et bo�tes de Coca vides.

C'est tr�s humanitaire, finalement.

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