Là encore je suis d'accord : l'aide humanitaire parvient quand même à
passer, car les ONG d'une part font attention à contrôler que leur aide
parvient significativement bien aux populations qu'elles sont venues aider,
et aussi parce qu'elles le font sous les yeux des médias du monde, et avec
l'appui des autres gouvernements qui exercent leurs pressions diplomatiques
pour que ces missions ne soient pas inquiétés.

Mais dès que les ONG perçoivent qu'elles ne sont plus efficaces, elles le
font savoir, et elles évacuent si elles se sentent en danger sans oublier
de dénoncer la situation au reste du monde. Après tout dépend de la volonté
du pouvoir en place et de l'image qu'il veut se donner au reste du monde :
la plupart ne sont pas insensibles aux pressions diplomatiques et des
médias, et craignent d'être désignés comme responsables de l'aggravation
des conditions dans leur pays ou la menace des sanctions économiques qui
pourraient les faire chuter brutalement face à un soulèvement populaire ou
une intervention extérieure.

Pour y résister, il n'y a guère que des pays puissamment armés et
sévèrement contrôlés politiquement et économiquement, comme la Corée du
Nord, voire la Chine (même plus l'Iran malgré la verve de son dirigeant, ce
pays ayant un développement interne rapide échappant au contrôle direct de
son gouvernement ou des autorités religieuses, et cherchant aussi
aujourd'hui à se donner une meilleure image), même si de nombreux pays
restreignent l'action humanitaire immédiate, de peur d'y laisser une part
de leur souveraineté nationale : c'est un équilibre qu'ils cherchent entre
d'une part l'exercice de leur souveraineté (en démontrant leur capacité à
participer activement et conjointement aux opérations de secours avec les
ONG, plutôt que contre elles, et en occupant certaines opérations
d'organisation et de contrôle concertées par les ONG) et d'autre part le
risque de déstabilisation interne du fait de leur inaction ou leur mauvaise
volonté qui fait traîner les choses et cause plus de victimes dont ils
pourraient ensuite être tenus localement gravement responsables.

D'autre part les ONG prennent pratiquement toujours le soin d'utiliser et
d'impliquer les ONG et populations locales au sein de leur action, pour
mieux se faire accepter d'elles, et aussi pour transmettre le plus vite
possible le flambeau pour que ces populations puissent s'occuper
d'elles-mêmes (par des actions de formation notamment, et aussi en les
invitant à participer le moment venu, sur d'autres terrains internationaux
où elles pourraient aussi être utile par leur culture, leur langue...).

Pour ça les ONG ont compris combien il leur était utile de devenir
internationales, multiculturelles, multiethniques et multiconfessionnelles
au lieu de tout vouloir organiser depuis chez elles, et cela passe par
toutes sortes de collaborations entre ONG issues de divers pays et du pays
même qu'elles sont venues aider.

Agir humanitairement dans une région de conflit n'a jamais été facile,les
situations sont très changeantes, il est très difficile (et sans doûte même
pas souhaitable) d'éviter que cela ne profite aussi en partie aux
belligérants (la règle de neutralité des ONG est de ne pas exclure l'aide à
un camp ou l'autre, l'action peut être utile aux deux camps, si partout
elle est gérée d'une façon acceptable par l'autre partie qui est aussi
aidée, sans pour autant que les ONG modifient les équilibres précaires
existants). Cela s'évalue sur le terrain en permanence sur la base
bénéfices/risques par rapport à l'option de ne rien faire et laisser faire,
et en fonction de l'évolution de l'état des forces, sachant que les ONG ne
sont pas là pour les modifier (ça c'est le rôle de la politique, de la
diplomatie, et des intervenants militaires extérieurs qui en revanche
viendront secourir sur place les ONG menacées, au minimum pour les
rapatrier).



Le 11 avril 2013 12:12, Jean-Marc Liotier <[email protected]> a écrit :

> On 11/04/2013 11:40, Pieren wrote:
>
>> On pourrait se poser le même genre de question sur l'aide alimentaire,
>> qui profite aussi souvent aux forces armées sur place. Est-ce une raison
>> pour arrêter l'aide allimentaire ?
>>
>
> Parfois oui - lorsque l'aide alimentaire est entièrement détournée par les
> potentats locaux qui l'exploitent pour affirmer leur pouvoir et renforcer
> leurs capacités agressives. Une ONG peut aussi quitter un pays où elle se
> sent manipulée par le pouvoir en place qui la dirige vers ses populations
> clientes tout en l'empêchant d'accéder aux victimes qu'elle est venu
> assister. On peut aussi fermer un camp de déplacés lorsqu'il devient trop
> évident qu'il est utilisé comme base logistique pour des opérations
> militaires. Mais c'est décision sont évidemment exceptionnelles : l'aide
> humanitaire profite généralement bien aux victimes, même si tout système a
> des parasites à la marge - il faut savoir accepter ces parasites marginaux
> comme l'un des coût normaux de faire fonctionner le système de manière
> fluide. On peut donc imaginer que des utilisations non désirables de
> l'information cartographique aient lieu, mais ces impacts négatifs sont
> insignifiants par rapport à ses bienfaits.
>
>
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