Je ne sais pas qui est le concombre, mais je pense qu'un peu de lithium
ne lui ferait pas de tort.

Martin Ch�nier

-----Original Message-----
From: [EMAIL PROTECTED] [mailto:[EMAIL PROTECTED]] On Behalf Of Alain
Vadeboncoeur
Sent: 26 novembre, 2002 20:34
To: URG-L Mailing List
Subject: URG-L: Histoire de rire du comcombre

Pierre Hamel est bien gentil de citer un vieux texte de moi, et par
allusion
m'attribuer ainsi le texte du concombre, mais, aussi curieux que cela
puisse
para�tre, je ne suis pas le concombre, je ne sais m�me pas c'est qui.

Alain Vadeboncoeur
----- Original Message -----
From: "Comcombre D�masqu�" <[EMAIL PROTECTED]>
To: "URG-L Mailing List" <[EMAIL PROTECTED]>
Sent: Tuesday, November 26, 2002 7:46 PM
Subject: URG-L: Histoire de rire du comcombre


|
| Je me suis souvenu de nos rires, et j'ai eu envie de renouer avec ce
| souvenir. J'ai ri "avec" lui, pas "de" lui, sans doute. Mais de quoi
riions
| nous? De nous-m�mes? Mais �tions-nous seulement dr�les? Ou: peut-on
rire
de
| soi-m�me si l'on est pas dr�le? Alors quoi: rire avec soi? Rire malgr�
soi?
| Rire pour soi?
|
|       Comme on voit, la question me semble floue: elle laisse la porte
| ouverte � une foule de possibles. Ce qui me fait rire? Mais d'abord:
de
quel
| rire? Un sourire? Un fou rire? Un �clat de rire? Un sourire entendu?
Un
rire
| sadique? Un rire d�ment? Une risette? Un sourire triste? Un rire
jaune? Un
| rire ironique? Un rire m�prisant? Un rire moqueur? Il y a sans doute
autant
| de rires que de situations "dr�les", et je ne suis pas du tout certain
que
| ces divers rires r�f�rent � des ph�nom�nes semblables.
|
|       N'y a-t-il qu'un rire? Lorsque j'observe mon fils ou ma fille,
qui
ne
| sont pas encore trop, � 2 et 4 ans, pervertis par nos mod�les sociaux
(et
le
| rire est certes un objet de convenances), il est �vident qu'on leur
trouve
| au moins deux rires, bien distincts. Le premier appara�t tr�s jeune, �
| quelques mois: il est spontan�, souvent sans objet bien d�fini, si ce
n'est
| l'effet de surprise, parfois, et bien s�r sans r�f�rence culturelle
tr�s
| complexe. Le second appara�t apr�s 2 ans, quand l'enfant est conscient
de
| son individualit� et de sa capacit� de se donner en spectacle ou de
r�pondre
| au spectacle d'autrui: ce rire est alors nettement moins spontan� que
le
| premier, plus fabriqu�, convenu, souvent forc�, appropri�, je dirais
m�me:
| raisonnable, ou du moins en plus compl�te congruence avec la r�alit�,
| davantage expression d'une convention sociale et d'un consensus autour
de
ce
| qui "est dr�le" qu'expression spontan�e de plaisir.
|
|       Ce dernier rire est moins franc, donc, et s'exprime d'ailleurs
de
| mani�re diff�rente, comme le sourire forc� est diff�rent du sourire
| spontan�, parce qu'il met en jeu des muscles faciaux distincts. J'ai
id�e
| que ce rire, social, deviendra notre rire d'adulte dans beaucoup de
| circonstances, laissant peu de place pour, de temps � autre, quelques
| bouff�es de "fou rire", ou du moins, de rire soutenu, ce rire
incontr�lable
| qui me semble plus proche de celui du jeune enfant et probablement la
| meilleure expression du "rire", "en soi", qui est le plus difficile �
cerner
| logiquement. Il est d'ailleurs remarquable de voir que ce rire prend
une
| forme constante, d'un point de vue sonore. Si je compare un fou rire
de
mon
| fils � 1 an et � 4 ans, sur vid�o, c'est absolument semblable en tout,
dans
| les intonations comme dans l'intensit�. Alors, que l'autre rire, plus
| social, plus convenu, �volue constamment, se mod�le, sans doute, aux
| attentes sociales.
|
|       Ce qui me fait rire? Mais que veut-on dire par l�? Il y a
beaucoup
de
| choses que je trouve dr�les mais qui ne me font pas rire. Et il m'est
arriv�
| souvent de rire sans que je puisse identifier pourquoi. Est-ce qu'on
veut
| savoir ce que je trouve dr�le ou plut�t expliquer les circonstances
qui
| m'am�nent souvent au rire? Je ne peux �num�rer ce que je trouve dr�le:
je
| ris lorsque je suis surpris, et je ne peux dresser une liste de ce qui
me
| surprend, car alors je ne serais plus surpris.
|
|       Par parenth�se, il est remarquable de constater qu'il y a des
gens
qui
| ont le propre d'�tre dr�les et d'autres qui, m�me en cent ans, ne vous
| feront jamais titiller la m�choire. La capacit� de faire rire est donc
loin
| d'�tre une vertu d�mocratiquement distribu�e, et la volont� a bien peu
de
| chose � y voir. Hypoth�se? Qui veut faire rire doit sans doute aussi
aimer
| rire, et projeter ce d�sir de rire sur autrui: le plupart des rires me
| semblent communicatifs, ou partag�s. Pour comprendre d'o� vient le
rire,
il
| faut sans doute �tudier avec minutie les caract�ristiques de ces gens
qui
| nous font souvent rire.
|
|       Le chatouillement est �galement une source constante de rire (du
moins
| chez les personnes chatouilleuses, ce qui est un truisme): c'est
encore
plus
| �vident chez les enfants, bien que cela constitue tout de m�me un
myst�re
| physiologique, puisque le chatouillement n'est pas n�cessairement une
| sensation agr�able, non plus que le rire incontr�lable qui en d�coule.
| D'ailleurs, pourquoi certaines personnes sont-elles chatouilleuses et
| d'autres pas? Est-il possible que le rire provoqu� par le
chatouillement
| soit davantage l'expression d'une satisfaction (ou d'un souvenir de
cette
| satisfaction chez l'adulte) li�e � la communication tactile (et donc
| forc�ment teint�e de sexualit�) avec le parent? Les adultes
chatouilleux
| ont-ils �t� des enfants chatouill�s? Myst�re.
|
|       Le rire �quivaut-il au plaisir? Certes, il est g�n�ralement
plaisant
| de rire (encore que j'ai vu plusieurs fois des amis souffrir de quasi
| suffocation et donc souffrir nettement � force de rire...), et il est
| reconnu que le rire favorise la s�cr�tion d'endorphines, source de
| bien-�tre. Mais, � l'inverse, le plaisir ne m�ne pas, du moins pas
| n�cessairement, au rire. Il n'y a qu'� s'imaginer si en plein orgasme
notre
| partenaire �clate d'un grand rire sonore, ou pire encore, d'un fou
rire
| soutenu: cela peut facilement mener � des quiproquos.
|
|       Le rire peut parfois ne pas �tre appropri�, manquer de
congruence
avec
| ce qui l'inspire. Je n'ai pas trouv� grand chose de bien �
"D�cadence", de
| Steven Berkoff, mis en sc�ne sur la petite sc�ne du 4'sous par
Denoncourt,
| avec Jean-Louis Millette et Monique Miller. �a n'allait, � mon sens,
nulle
| part. En particulier, il me semblait inimaginable qu'on puisse �tre
choqu�
| par cette accumulation de clich�s ou int�ress� par cette lourdeur de
style.
| On pourrait en discuter, peu importe, mais ce n'est pas mon point.
Voici:
il
| y avait l� des passages lourds et, en th�orie, tristes ou dramatiques.
Rien
| de pire, dans ces moments, lorsqu'on sent que toute la salle retient
son
| souffle et se mouille les yeux, d'�tre pris d'un fou rire �
contretemps,
ce
| qui m'est arriv� � deux reprises ce soir-l�. �videmment, un tel rire,
qu'on
| dirait "d�plac�", mais qui engendre par lui-m�me une situation comique
| irr�sistible, est tr�s difficile � faire cesser, au grand
d�couragement de
| mon voisin.
|
|       Sans doute, on peut dire, sans risque de se tromper, que le rire
| d�pend aussi bien de "ce" qui fait rire que de "qui" rit, et que ce
"qui"
| pourra tr�s bien trouver dr�le un soir "quelque chose" et lui rester
| indiff�rent le lendemain. Je me rappelle tr�s bien avoir entendu mes
parents
| me parler pendant des ann�es d'un vieux film de Tati absolument
comique
| qu'ils d�sesp�raient de ne jamais revoir. Le jour vint ou un cin�ma le
| ramena � l'�cran: mais ils en revinrent perplexes, car ce qui
autrefois
leur
| avait presque ouvert le ventre les avait laiss�s ce soir-l� tout �
fait
| indiff�rents. Pourtant, c'�tait le m�me film, et ils �taient les m�mes
gens.
| L'�taient-ils?
|
|       Il est aussi sans doute plus facile de rire un samedi soir �
23h00
| avec trois bi�res dans la panse que sur une civi�re de l'urgence avec
le
| pied en sang et un type qui vous joue l�-dedans alors que ce n'est pas
| encore gel�. Bien que dans ce dernier cas, tout soit tr�s relatif:
j'ai vu
| beaucoup de gens rire aussi bien en pleine douleur qu'en pleine forme.
Je
| dois m�me dire qu'on voit assez rarement les gens pleurer lorsqu'ils
ont
| mal. Mais c'est une autre histoire. Les enfants sont experts dans
| l'utilisation du rire: allez vous promener � l'h�pital Sainte-Justine,
et
| vous verrez des enfants avec des leuc�mies avanc�es qui rigolent dans
un
| coin en jouant au cow-boy. Parfois surprenant.
|
|       De m�me, il est assez clair que certains �tats (disons: alt�r�s)
de
la
| conscience et de la perception modifient suffisamment notre sens du
comique
| pour que, ce qui est parfaitement ennuyant, voire d�bile et convenu en
temps
| normal, devienne une source de rire sans fin pour peu qu'un peu de THC
(dans
| mon jeune temps seulement bien s�r, voyons) ou d'alcool nous baigne
les
| neurones. Je dirais m�me qu'il est tr�s difficile alors de ramener �
des
| crit�res rationnels les sources de rire de ces �tats modifi�s: il y a
l�
| comme une fronti�re qui emp�che de saisir ce qui se passe de l'autre
c�t�.
| Pourtant, chacun sait, on trouve l� des sources infinies de rire �
s'en
| faire p�ter les c�tes et vomir le duod�num. La perception est donc au
moins
| aussi importante que l'objet, sans aucun doute.
|
|       Mais on s'�loigne d�j� beaucoup de la question, � laquelle je ne
tiens
| de toute �vidence pas � r�pondre, et qui plus est, rien de tout ceci
n'est
| bien dr�le.
|
|       Mais si vous voulez rire, courez voir Pierre Lebeau ou Alexis
Martin
| sur sc�ne.
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