http://www.ledevoir.com/2009/06/18/255542.html Le jeudi, 18 juin 2009 La coalition CHU sans PPP s’oppose à la construction des centres hospitaliers universitaires en mode PPP Non aux PPP pour nos hôpitaux universitaires! Membres de la coalition CHU sans PPP, nous rejetons le choix du mode PPP pour les projets d’hôpitaux universitaires. Nous demandons en conséquence au gouvernement de relancer rapidement leur construction en mode conventionnel. Notre vaste coalition est constituée de groupes professionnels, syndicaux et sociaux parmi les plus impliqués en santé et dans la construction de bâtiment. Médecins, architectes, infirmières, techniciens, travailleurs, professionnels, nous contestons le choix du mode PPP pour nos centres hospitaliers universitaires (CHUs), notamment afin d’éviter aux générations actuelles et futures d’en subir les conséquences. La construction du CHUM, du CUSM et du CHUQ doit plutôt être réalisée en mode conventionnel, sous gouverne publique et avec toute la transparence requise. Le mode PPP : une erreur fondamentale Projets majeurs, les plus vastes jamais réalisés en santé au Québec, nous disposerons grâce aux nouveaux CHUs d’hôpitaux modernes, dessinés en fonction des meilleurs concepts, permettant d’offrir des soins de qualité aux générations à venir et favorisant le développement de la recherche, de l’enseignement, des nouvelles technologies et des soins spécialisés. Mais alors que le Québec n’a aucune expérience de PPP en santé, on voudrait réaliser de cette façon les plus importants projets de l’histoire! C’est un pari incroyablement risqué. Tout hôpital, véritable organisme vivant, est régulièrement sujet à des réorganisations majeures. Or, nul ne peut prédire l’évolution des soins, réalité particulièrement changeante dans des milieux universitaires à l’avant-garde des innovations en santé. L’expérience acquise montre qu’une fois des contrats aussi complexes qu’inflexibles signés, le mode PPP induit une rigidité qui rend laborieuses les améliorations périodiques requises, risquant de compromettre à long terme la qualité des soins et les conditions de travail tout en engendrant des coûts excessifs, comme chez les Britanniques. Le mode PPP y est remis en question, après que les gouvernements en aient constaté les limites et les coûts, jusqu’à 30% plus élevés. Il est aussi progressivement rejeté dans certains pays où il était à l’avant-scène il y a seulement dix ou quinze ans, notamment en Écosse ou en France. Près de chez nous, le vérificateur général de l’Ontario s’est montré tout aussi critique: le premier hôpital PPP, situé à Brampton, a coûté 50 millions de plus que s’il avait été conçu en mode conventionnel. Des PPP qui n’en sont plus Financer des projets d’envergure en mode PPP est un exploit dans le contexte économique actuel, alors que les entreprises trouvent difficilement l’argent requis et que l’écart entre les taux d’intérêt appliqués aux emprunts du secteur privé et à ceux des gouvernements s’accroît. De plus, le nombre insuffisant de soumissionnaires empêche une réelle concurrence tandis que leur fragilité financière en sape la valeur ajoutée par rapport à des firmes construisant en mode conventionnel. Enfin, on insiste beaucoup sur l’argument du transfert de risque au partenaire privé, mais en réalité il n’aura pas lieu, les événements récents révélant plutôt l’inverse: avec la crise financière, les consortiums n’osent plus s’avancer sans une multiplication de garanties gouvernementales, contredisant un des principes de base du mode PPP. Même des PPP beaucoup plus modestes comme la salle de concert de l’OSM ou l’autoroute 25 éprouvent des difficultés et doivent être refinancés par le gouvernement ou l’objet de paradoxales garanties publiques. Il nous faut donc aujourd’hui nous poser cette question cruciale : souhaitons-nous vraiment, comme société, être locataires d’hôpitaux dont nous aurons avancé la mise de fonds et en prime garanti l’hypothèque? De révolution tranquille à régression tranquille Le choix de construire des hôpitaux en PPP constitue également une remise en question pour le moins étonnante des compétences québécoises en ces domaines, les appels d’offres ne comportant pas d’obligation substantielle à l’égard du contenu québécois. Nos CHUs pourraient donc être réalisés par des firmes essentiellement étrangères, rendant des comptes d’abord à leurs propres actionnaires plutôt qu’à notre population et où nos professionnels sont mal représentés? Mais pourquoi donc, alors qu’il s’agit de fonds publics? Le Québec possède pourtant une vaste expertise dans la conception et la réalisation de projets d’envergure, contribuant d’ailleurs pour moitié aux exportations canadiennes dans certains domaines; la construction des grands barrages est un exemple classique. Or, cette expertise sera irréversiblement perdue si nous ne restons pas maîtres d’œuvre de nos grands projets, notamment ceux des CHUs en PPP, où nos entreprises ne retireraient ni profit, ni développement d'emploi, ni capitalisation des expertises susceptibles d’être être ensuite réutilisées ou exportées. S’ensuivrait une perte grave et irréversible de savoir-faire touchant la conception, la gestion et la construction de mégaprojets en santé. Où en serions-nous collectivement, si nos gouvernements avaient omis jadis de mettre à contribution les forces vives de la société québécoise pour réaliser les projets hydro-électriques, amputant ainsi la révolution tranquille de certaines de ses plus remarquables réussites? Le choix de mode PPP pour les CHUs initierait une véritable régression tranquille que nous refusons. Plan B : refuser le PPP et retourner au modèle conventionnel Il est encore temps de relancer ces projets en mode conventionnel. Monsieur Charest ayant déjà ouvert la porte à un plan B, le gouvernement doit revenir dès maintenant, dans l’intérêt de tous les Québécois, à des approches publiques éprouvées, validées, où il conservera l’entière maîtrise d’œuvre et qui permettront, par une saine interaction entre concepteurs, gestionnaires, professionnels et travailleurs de la santé, de concevoir et construire des bâtiments de qualité supérieure. C’est le plan B qu’il faut maintenant appliquer. Il ne s’agit donc pas de retarder les travaux, surtout ceux du CHUM, déjà affectés par des délais auxquels ont pu contribuer les contraintes inhérentes aux PPP. En cette période où des investissements publics accrus constituent une des clefs de la reprise, il faut au contraire agir rapidement. Or, le mode conventionnel permettrait de démarrer les travaux sans tarder compte tenu des études déjà réalisées. Mais si nous refusons de gérer nous-mêmes ces projets, il sera bien vite impossible de renverser le cours des choses. Quel savoir-faire léguerions-nous aux générations futures? Comment pourraient-elles se mobiliser de nouveau autour des défis majeurs de l’avenir? Souhaitons-nous vraiment manquer ce rendez-vous avec l’histoire? Rejetons le mode PPP pour les CHU. Cette décision essentielle, le gouvernement doit la prendre maintenant, pendant qu’il est encore temps. Signé par: Coalition CHU sans PPP Alain Vadeboncoeur MD, porte-parole de la Coalition CHU sans PPP, Marie-Claude Goulet MD, Médecins québécois pour le régime public, André Bourassa, Ordre des architectes du Québec, Régine Laurent, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Gaétan Barrette MD, Fédération des médecins spécialistes du Québec, Louis Godin MD, Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Martin Bernier MD, Fédération des médecins résidents du Québec, Louis Roy, Confédération des syndicats nationaux, Alain Fournier, Association des architectes en pratique privée du Québec, Francine Lévesque, Fédération de la santé et des services sociaux–CSN, Jacques Bouchard, Secrétariat intersyndical des services publics, Luce Leblanc, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Claudette Cyr, Coalition Solidarité-Santé, Charles Fortier, Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, Maurice Boucher, Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées. Gilles Dussault, Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, Lucie Martineau, Syndicat de la fonction publique du Québec, Michel Ducharme, président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain, Louise Chabot, Centrale des syndicats du Québec, Gaétan Châteauneuf, Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, Paul Thomas, Syndicat des employé(e)s du CUSM-CSN, Claudine Poirier, Syndicat des employé(e)s du CHUM-CSN.
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