Tu parles (ou plut�t l'auteur que tu cites - Alain Marchive) de situations "adidactiques".. Te serait-il possible d'en donner un exemple ?
 
 
----- Original Message -----
To: 3type
Sent: Wednesday, February 23, 2005 7:11 PM
Subject: [3type] Adidactisme

Bonsoir � tous,
 
 
Sapere Aude ![1]

 

L�apprentissage ne se d�cr�te pas, il ne peut �tre qu�une subtile combinaison entre d�un c�t� la richesse d�un milieu capable de solliciter, permettre et fournir et d�un autre c�t� la disponibilit� d�une personne � faire acte d�apprentissage.  Dans une �cole du 3�me type, l�enseignant n�est pas un instructeur, il tend plut�t � devenir un m�diateur dans la structure. A ce titre, les relations de d�pendance � son sujet risquent d�alt�rer le potentiel �ducatif du contexte p�dagogique construit. Le texte qui suit �taye cette id�e en soutenant une autorit� didactique de l�enseignant.

 

Alain MARCHIVE est ma�tre de conf�rences en sciences de l��ducation � l�universit� Victor SEGALEN-BORDEAUX 2. Il fait partie du laboratoire de Didactique et anthropologie des enseignements des sciences et des techniques. Ses champs et th�mes de recherche sont l�anthropologie de l��ducation et l�ethnographie de l��cole, la philosophie de l��ducation et l�histoire des id�es.

 

Dans le chapitre � Effets de contrat et soumission � l�autorit�[2] �, il s�int�resse aux conditions qui font de l�autorit� de l�enseignant des situations d�apprentissages pour les �l�ves. Dans la culture �ducative, l�autorit� de l�enseignant prend diverses formes. Elle peut �tre �pist�mique, c�est � dire relative aux savoirs en jeu et � l�asym�trie qui existe � leur sujet entre enseignant et �l�ve. Elle peut aussi �tre d�ontique, ce qui correspond au domaine des injonctions, des r�gles de comportement, des devoirs. Elle peut enfin �tre charismatique, c�est � dire relevant de la personne m�me de l�enseignant. L�autorit� �pist�mique est insuffisante lorsqu�elle est fond�e sur la seule d�tention de savoirs et sur leur exhibition. Il lui manque tout le caract�re didactique qui s�attache � la transmission de ces connaissances et � leur apprentissage par l��l�ve. L�autorit� d�ontique, m�me si elle est n�cessaire de par l�existence m�me de l��cole est aussi insuffisante. L�injonction � participer, � s�engager dans une t�che ne se d�cr�te pas. Il en est enfin de m�me pour l�autorit� charismatique qui ne peut pr�tendre � elle seule f�d�rer toutes les conditions � l�apprentissage.

En 1978, Guy BROUSSEAU a identifi� le concept de contrat didactique qu�il d�finit comme l�ensemble des comportements du ma�tre qui sont attendus par l��l�ve et l�ensemble des comportement de l��l�ve qui sont attendus du ma�tre. Alain MARCHIVE �met l�hypoth�se qu�un certain nombre de difficult�s scolaires rencontr�es par l��l�ve sont dues � la pr�gnance de ce contrat didactique.

Pour exemple, Alain MARCHIVE rappelle le cas de Ga�l, scolaris� pour la seconde fois en CE1 et rencontrant des difficult�s en math�matiques. Celui-ci semble dans l�impossibilit� d�outrepasser les consignes et explications donn�es par l�enseignante, quitte � s�y trouver enferm� : pour r�soudre un probl�me soustractif, il emploie � contre sens une addition en argumentant : � Je fais comme j�ai appris avec la ma�tresse. � � Sur le plan des connaissances, il existe une attitude o� la d�pendance offre le b�n�fice non n�gligeable d�une s�curit� : la connaissance, c�est toujours la connaissance d�un autre qu�il s�agit simplement de s�approprier. Il n�y a plus � rendre raison de ce que l�on tient pour vrai autrement qu�en invoquant l�autorit� � laquelle on se r�f�re. � Ainsi, dans les situations math�matiques rencontr�es, Ga�l retrouve un certain nombre de congruences qui l�incitent � reproduire un mod�le sans pour autant �tre amen� � s�y engager. Ce rapport d�fensif aux connaissances lui permet d��chapper � leurs constructions. Le contrat didactique qui se lie entre enseignant et �l�ves appara�t alors comme la trace des exigences habituelles du ma�tre qui conduit l��l�ve � d�coder ce qu�il faut faire, ce qu�on attend de lui, ind�pendamment d�un engagement dans le probl�me pos�. L�assujettissement � la situation se double d�une soumission � l�autorit� magistrale, interdisant toute forme de pens�e autonome.

Il en est de m�me pour ce que l�on nomme � l�effet Topaze �, celui qui consiste � donner � un �l�ve la r�ponse � un probl�me qu�il n�arrive pas � d�passer, action qui lui interdit du m�me coup d�apprendre. A d�faut de construire des situations qui permettent � l��l�ve d�apprendre, l�enseignant est contraint de donner ou d�imposer la bonne r�ponse. Cette strat�gie r�v�le au moins autant les difficult�s pour le ma�tre d�enseigner que les difficult�s pour l��l�ve d�apprendre.

Les difficult�s rencontr�es par les �l�ves ne d�pendent donc pas toutes de caract�ristiques qui leur sont propres ou relatives � leur contexte social ou culturel. Elles peuvent �tre issues des situations didactiques apport�es par l�enseignant.

Pour d�passer ces barri�res d�apprentissages, Alain MARCHIVE propose de s�attacher au d�veloppement de situation adidactiques. Il n�y appara�t pas de mani�re explicite l�intention d�enseigner. L��l�ve cherche � se rendre ma�tre d�une situation que l�enseignant a construite de telle fa�on qu�il ne puisse atteindre ce but qu�en mobilisant ou en construisant les connaissances fix�es. C�est le concept de d�volution qui entre en jeu ici dans le sens o� � plus le professeur d�voile ce qu�il d�sire, plus il dit pr�cis�ment � l��l�ve ce qu�il doit faire, plus il risque de perdre ses chances d�obtenir et de constater objectivement l�apprentissage qu�il doit viser en r�alit�.[3] � Ainsi donc, d�s lors que l�autorit� de l�enseignant implique des conduites de soumission, elle peut �tre consid�r�e comme g�n�ratrice des difficult�s de l��l�ve. A contrario, toute forme d�autorit� qui suscite l�engagement volontaire de l��l�ve sans occulter les conditions didactiques n�cessaires � l�appropriation des connaissances cr�e les conditions de r�elles situations d�apprentissages.

A partir du moment o� un �l�ve se soumet totalement � l�autorit� de l�enseignant, celle-ci devient un obstacle � ses apprentissages : il y a confusion entre l�assujettissement � la situation et la soumission � l�autorit� du ma�tre.

C�est pourquoi Alain MARCHIVE termine son propos en parlant d�autorit� didactique qu�il d�finit comme la capacit� de l�enseignant d�une part � obtenir la confiance et l�engagement de ses �l�ves et d�autre part � organiser et � faire vivre des situations adidactiques. Loin de se r�duire � la personne de l�enseignant, � son pouvoir ou � ses savoirs, cette autorit� didactique se d�place sur la situation d�enseignement et devient une des conditions de l�apprentissage de l��l�ve.

 
Coop�rativement
 
Sylvain
 


[1] Aie le courage de te servir de ton propre entendement !

[2] TALBOT L., � Pratiques d�enseignement et difficult�s d�apprentissage �, ERES, Ramonville Saint Agne, 2005, pp 180 � 192.

[3] BROUSSEAU G, � Th�orie des situations didactiques �, La Pens�e sauvage, Grenoble, 1998.

 
 
Sylvain CONNAC
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