On 23.05.13 16:08, JFC Morfin wrote: > Je n'ai pas le temps de travailler dans l'instant sur le fond du sujet > (Habermas +). Mais je crois que là tu abordes les choses dans la bonne > perspective, bien que je ne sois pas sûr que cela ne soit pas, encore, > dans l'acception "ancienne" des mots, ce qui gêne la considération > "actuelle" pour lesquels nous n'avons pas (je le reconnais bien > volontiers) les mots nécessaires. Nous avons seulement quelques > métaphores et des préjugés qui nous gênent. > > Ce sont les préjugés qui sont le problème principal, car ils fondent les > choses sur l'incompréhension. C'est à dire l'attribution par les uns de > qualifiants à des choses qui ne sont que des conséquences souvent mal > encore comprises de ces choses. Ainsi l'attribution du préfixe cyber à > ce qui a trait à l'internet est une ânerie partielle populaire et non > scientifique. J'utilise ici le mot populaire au sens scientifique > habituel de ce qui est perçu comme logique par le commun des gens à > partir du phénomène produit, et scientifique au sens habituel de > compréhension du processus producteur. > > Il est exact que le processus action/réaction de la cybernétique est ce > qui est perçu lorsqu'on accède à l'internet (et à tout autre système de > connexion à de multiples sources de réponses). D'où l'idée que la > réponse est celle d'un objet "cyberespace" où se réunissent toutes ces > sources et la câblerie réelle et virtuelle qui permet de les accéder. > > Il est, par contre, philosophiquement (la science au départ n'est qu'une > branche de la philo, science de la compréhension) absurde de prendre ce > "cyberespace" comme quelque chose d'autre que l'interface avec une > partie de l'électronumérisphère desservie par des gens et des machines > qui pensent de façon digitale, c'est à dire avec leurs doigts. Je > préfère l'image du "pixel" plutôt que celle de "trace de bout de doigt», > mais elle est la même. La pensée analogique considère qu'il y a une > continuité analogue entre deux points qui fait qu'entre eux il y a une > infinité de points. Et le technocrate qui veut tout bien faire, va > vouloir organiser cette infinité. > > La pensée digitale sait que si j'enfonce mes doigts dans la glaise, > entre les trous des doigts (ou entre deux pixels) il n'y a rien. La > continuité apparente (dont il peut y avoir autant de sentiments de cette > apparence que de gens) est fournie par le bon sens (ou l'illusion > d'optique) du cerveau de chacun. Oui bien sûr, une certaine dose de > technocratie peut aider à ne pas se planterr, à aller plus vite ou faire > mieux, mais elle devient rapidement casse-pied et retardatrice, > conduisant au pire, car c'est la manière de voir d'un seul technocrate > et non toutes celles des chacuns, et cela fait discuter longuement de > détails que tous pratiquent sans même y penser. > >> At 12:52 23/05/2013, Max Klohn wrote: >> Le problème est bien un manque de démocratie (ou plutôt son exclusion >> intentionnelle), et l'accaparement >> du pouvoir par des technocrates. > > Oui, mais ... il s'agit de bien comprendre ce qu'est la démocratie (car > il nous manque des mots pour bien tout analyser). C'est en fait de > permettre au citoyen de faire ce qui lui paraît bon pour lui dans le > contexte sociétal où il vit et dont il dépend.
Plus concrètement je vois ceci: un "check and balances" à la décision technocratique. Une participation directe, (à commencer par une surveillance) aux processus de prise de décision (et non pas limitée aux seuls aspects théoriques, généraux et abstaits du législatif). Ce n'est pas nécessairement particulièrement complexe: il faut ouvrir des processus de gouvernance soigneusement fermés sur lesquels le politique a (volontairement ou pas) perdu son influence ces dernières années. > Le problème est "simple" > : lorsque le jugement commun de ce bon peut-être délégué au bon sens > d'une personne nous sommes dans un cadre monarchique, familial ou d'une > hiérarchie centralisée. Lorsque le jugement commun de ce bon doit être > discuté en commun pour obtenir le plus heureux compromis, on est dans le > décentralisé dit démocratique. Lorsque le jugement commun de ce bon doit > pour pouvoir émerger comme le fruit de multiples émergences subsidiaires > entrelacées dans l'espace, les intérêts et le temps, le décentralisé ne > suffit plus et l'on doit passer à la complexité du distribué polycratique. > >> Ce >> sont eux qui préparent les crimes d'aujourd’hui et de demain. Dites-leur >> "droit à l'alimentation" et ils s'occupent de calibrage de concombres. >> Mentionnez "démocratisation et inclusion", et ils vous proposeront >> rapidement une usine à gaz à censurer et museler. La tendance naturelle >> de la bureaucratie est de de détourner les objectifs à son propre >> profit, et à présenter ça comme un gage de stabilité et d'ordre. > > > C'est simplement une rationalisation logique (c'est à dire d'une seule > personne) d'une situation agorique (c'est à dire soluble selon la > diversité des logiques personnelles). Chacun a des raisons que la raison > de l'autre ne connaît pas). > >> S'il y a UNE chose que les Etats nationaux ont prouvée au XXe, c'est leur >> incapacité TOTALE à protéger les populations (leur statut mythique et >> fumeux n'en est que plus évident - l'Europe a été libérée par deux >> empires), et leur vulnérabilité extrême à la capture par des intérêts >> particuliers. > > > Ceci ne m'apparait pas comme une incapacité du principe d'Etat-Nation, > mais une inadaptation aux conditions du XXe. Inadaptation, tu l'as dit, et encore c'est sans compter les innombrables copies et simulacres. Si on admet qu'il émerge réellement sur scène en 1848, ça fait une courte vie utile pour ce bricolage de juriste: car au départ il s'agissait simplement de trouver un terme qui remplace "la couronne", le concept de continuité intemporelle et meta-corporelle du pouvoir. A la place, prenons au hasard, car il passait par là, "l'ensemble de ceux qui partagent une méme naissance" (en quoi? en classe? en territoire? en condition? en race?), nous voilà bien avancés... En outre à partir de la grande crise politico-économico-militaire des années 1870 le concept va faire l'objet d'un généreux sponsoring de l'Industrie avec les conséquences que l'on connait. Oui, "L'Etat Nation" et une certaine Industrie ont co-évolué, se sont mutuellement renforcés. Et voilà que ça recommence (il y a en ce moment des articles très intéressants dans les blogs géopolitiques sur la manip' de certains Etats contre d'autres par des acteurs industriels qui en tirent de juteux profits). >> Leur retour sur scène n'annonce rien de bon, ceci d'autant >> plus qu'au sommet il n'y a plus personne. Des coquilles vides avec des >> costards. Il y a dix ou quinze ans, je pensais encore qu'on pouvait >> changer les choses à ce niveau, c'est impossible. Il faut d'autres >> leviers, le seul restant, la seule source de légitimité fondamentale, >> c'est la population elle-même (quelles que soient ses origines). > > Certainement, c'est le principe de la polycratie que nous semblons > confirmer à l'expérience. Mais nous ne l'avons encore jamais vécu. > "polycratie" a encore un autre sens que "démocratie", on peut ne pas être entièrement à l'aise avec ce rapprochement. > Notre chance, AMHA, est qu'avec cette Crise, nous avons à la fois une > destruction annoncée des structures anciennes et donc la nécessité de > les reconstruire. Pas de les araser. Alors que nous avons d'éjà, avec > l'internet, un modèle, un banc test des images et des métaphores à > utiliser, à adapter, à étendre que nous partageons tous. C'est en tant > que banc test de nos pratiques nouvelles qu'il nous est utile à long terme. > > Je répète donc que la polycratie doit prendre à deux mains le problème > architectonique dont la démocratie que nous connaissons s'est dans la > pratique défait. Reprenons le rôle des archontes que nous suivons depuis > les socratiques : > > - éponyme - suprème et protection de l'économie > - polémarque - protection de l'ordre externe > - basileus - protection de l'ordre interne Pardonne ma réaction, mais nous voilà revenu au régne de l'un, et voilà encore et toujours ces quelques fâcheux du parti patricien qui n'avaient que mépris pour la démocratie et la considéraient une forme dégénérée et instable dans leur théorie des cycles. Que n'avons-nous hérité des ouvrages qu'ils ont copieusement haï et confiné au bûcher! Ce qu'il nous manque, c'est un peu plus du rire matérialiste et libérateur de Démocrite. Et puisque ses ouvrages ont été éliminés, il ne nous reste plus qu'à les écrire. > Il nous manque l'architarque - protection de l'ordre futur de plus en > plus immédiat, c'est à dire la gestion du possible. hum et quelles sont les chances qu'il soit embauché par Monsanto? c'est le problème des personnages, chefs de file, représentants: trop faciles à acheter ou à intimider. Un plan de carrière vaut bien ça. >> Mettons encore l'accent sur l'absence d'effets observables des >> variations de la densité populationnelle. Le type d'organisation sociale >> prime. Sauf dans l'esprit des "cyber-réactionnaires", bien entendu. > > > ? Que sont ces "cyber-réactionnaires" selon toi ? "Qui se montre partisan d'un conservatisme étroit ou d'un retour vers un état social ou politique antérieur" ;-) > > Dernière chose : tu es contre les soudards. Je ne suis pas "contre les soudards", ni "contre les armes à feu", je pense cependant que c'est le même problème que de garder une arme à feu chargée et alimentée à domicile: lorsqu'on sait qu'on l'a, en particulier dans l'urgence et en situation de crise, on pourrait être (indiciblement, imperceptiblement, inconsciemment) tenté de s'en servir dans la résolution de problèmes. Ce n'est pratiquement jamais une bonne idée, et les conséquences sont toujours lourdes, pénibles, voire terminales. Il y a presque toujours d'autres alternatives, meilleures. La force représentées par les armes est censée ne pas servir. Mais on peut être (indiciblement, inconsciemment, imperceptiblement, quoique si tu es a Eton ça fait partie du cursus officiel depuis 2011) tenté de s'en servir pour tirer dans la foule qui manifeste, pour remettre de l'ordre dans telle ou telle colonie agitée, pour torturer et réduire au silence quelques obstacles, etc. Ce n'est pratiquement jamais une bonne idée, et il y a presque toujours d'autres alternatives, meilleures. En outre cela coûte cher, et comme l'a remarqué Eisenhower, cela fait vivre beaucoup de monde. Les armes semblent dotées d'une vie propre. > Que proposes-tu pour leur > tenir tête ? Ton aversion des militaires doit se concrétiser dans le > moyen de se protéger de leurs attaques. Te déconnecter de l'internet ne > suffira pas, sauf à tout déconnecter. Une solution à la Mubarack qui n'a > pas bien marchée. Mubarack? il aurait pu, par exemple, ne pas creér de complexe militaro-corruptionnel, et démocratiser sa société au lieu de maintenir un système pharaonique d'allocation de contrats aux gradés et familles de gradés. L'instabilité vient souvent d'une répartition régressive des ressources qui va en s'accentuant. Elle-meme liée au faux sentiment de sécurité que procurent les armes. MK _______________________________________________ comptoir mailing list [email protected] http://cafedu.com/mailman/listinfo/comptoir_cafedu.com
