Salut,

Un petit aparté puisqu'il est question sur la liste de Mega (Karel Matyas). Ce dernier, ingénieur de haut niveau, travaillait sur les systèmes électriques auxiliaires des avions militaires tchéslovaques. Modéliste, s'était retrouvé sans emploi après la révolution de 1989 il s'est tout naturellement orienté vers la production de moteurs électriques pour le modélisme. J'ai dans ma collection l'un de ses premiers prototypes qu'il m'avait demandé de tester. Sa famille avait une petite entreprise de mécanique de production (un peu comme les ateliers familiaux de mécanique dans les Vosges et en Suisse) dans la montagne à quelques centaines de mètres de ce qui est maintenant la frontière slovaque, ils produisaient tout particulièrement des injecteurs de haute précision pour l'industrie cosmétique. En 1948, au moment de la prise de pouvoir par les communistes, la société était dirigée par le père et l'oncle de Karel Matyas. Du jour au lendemain, ils sont devenus de dangereux capitalistes, ennemis du peuple, du prolétariat ouvrier et de la révolution communiste. L'entreprise a bien entendu été nationalisée et, des deux associés, l'un a été envoyé en prison où il a passé 11 ans, l'autre a été "rééduqué' en passant 9 ans dans les mines d'uranium de Jachymov. Après 1989 l'état a restitué à Karel Matyas ce qui avait ainsi été confisqué, maison et ateliers qui n'étaient que des ruines. Sansd argent, om a entrepris de reconstruire de ses mains, pierre après pierre, la maison et les bâtiments, ça lui a pris quinze ans et, maintenant, il a les moyens financiers de se faire aider pour terminer. Il ne produit d'ailleurs pas que des moteurs de modélisme, ne manquant ni d'imagination, ni d'esprit d'entreprise il est aussi bien sous-traitant d'EADS que fabricant d'outils surprenants, comme par exemple des appareils électrique à tatouer qsui sont très utilisés dans les réunions de bikers.

Donc, comme vous l'avez compris, la propriété individuelle ayant été abolie et les entreprises ayant été nationalisées, ceux qui voulaient anémiorer leur ordinaire n'avaient que deux solutions: travailler dans les métiers qui payaient bien ou, ce qu'avait choisi Pavel Bosak, avoir une deuxième activité plus discrète et mieux rémunérée. Quant aux métiers qui payaient bien, suivant le dogme communiste c'étaient par exemple les mineurs, qui étaient payés dans les années 60 10000 couronnes par mois alors qu'un ingénieur ou un professeur d'université plafonnaient à 1500 ou 1800 couronnes. Etrange logique de la lutte des classes.

Bon, je reprend mon souffle et je reviens.

Guy R.

At 11:55 22/12/2009, you wrote:
Bon, je vous parlais des plans de Pavel Bosak. Si certains s'en souviennent, ces plans montraient souvent des sections de bois bizarres, par exemple de la planche de balsa de 7 mm et autres curiosités du même genre. La raison en est simple : c'est ce qui avait été disponible dans le magasin de modélisme le jour de la visite et c'était ça ou rien. Autre exemple, quand il y avait un arrivage de peinture (cellulosique), on achetait de la peinture, point. Ne parlez pas de choix de couleurs, il était exceptionnel qu'il y ait deux couleurs différentes, faut pas être exigeant à ce point ! Pendant plusieurs années, à Prague (ailleurs aussi dans le pays, mais je ne l'ai pas vu) les voitures dans les rues étaient toutes dépourvues d'essuie-glaces. En fait, quand quelqu'un utilisait sa voiture, il la quittait toujours en les prenant dans sa poche pour éviter qu'on les lui vole. Tout simplement parce qu'on ne pouvait pas en trouver du tout dans le pays. Et pas seulement des essuie-glaces, il y avait une pénurie de caoutchouc, quelle qu'en soit l'utilisation. Un jour, pendant que j'étais à Paris, un ami m'a demandé de lui envoyer du caoutchouc. J'ai peiné comme un malheureux pour acheter et lui envoyer du caoutchouc pour les avions de vol ibre, ce qui était déjà difficile à trouver en France. La fois suivante que je suis allé chez lui, il m'a expliqué qu'il n'avait pas particulièrement besoin de ce caoutchouc (il ne faisait pas de vol libre), mais que, comme n'importe quelle forme de caoutchouc manquait, ça pouvait toujours servir et il pouvait toujours l'échanger contre quelque chose de plus utile pour lui.

Ca, c'était la situation générale et habituelle dans tous les pays de l'Est et la Tchécoslovaquie était en quelque sorte un pays privilégié dans la mesure où il ne manquait presque rien en comparaison avec les autres pays voisins comme la Pologne ou la Hongrie, sans même parler de l'URSS.

Bon, cette petite introduction pour vous faire comprendre, même sommairement, ce qu'était la vie là-bas, je ne m'éloigne pas, quoi qu'on pourrait croire, du sujet de Pavel Bosak mais là, je vais reprendre ma respiration avant de continuer dans le prochain message, à moins que ça vous ennuie parce que c'est du modélisme, mais vu tout de même sous un angle beaucoup plus général que d'habitude.

Guy R.

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