Oui, très bonne remarque: il y a un enjeu bien plus vaste.

La question est de savoir quel est notre rôle à nous, les informaticiens, dans 
la société. Ma vision est peut-être un peu crue, mais pour le moment, la 
majeure partie d’entre nous sont considérés comme des paysans de l’Ancien 
Régime. Travaillant la plupart du temps pour des patrons qui font autre chose, 
parce que les moyens manquent pour gagner sa vie. L’informatique est le blé du 
21è siècle, elle fait vivre la société, mais dans l’ensemble, elle enrichit les 
mauvaises personnes et surtout pas les informaticiens. 

Le niveau de vie confortable en Suisse, ainsi que les « paysans enrichis », 
comme les patrons et les employés de Google, nous font oublier que — et c’est 
profondément ancré dans les mentalités — l’informaticien est un subordonné.

Dans une certaine mesure, c’est une servitude admise: ceux qui s’intéressent à 
la technique (et j’en fait partie) ont pour rêve de vivre dans un laboratoire 
avec des moyens illimités. Mais le problème est que la seule façon, quand on ne 
veut pas s’intéresser à l’argent, d’avoir des moyens, est de « se vendre » à 
ceux qui donnent de l’argent. Il n’y a rien de mal à être employé, mais ce qui 
est mal, de s’interdire à soi-même le droit de vivre de son travail et d’être 
libre.

La GPL3 dit en substance: "ceux qui veulent s’émanciper de la dépendance 
économique en gagnant leur vie ne sont plus des nôtres ». Celui qui veut gagner 
de l’argent est discriminé, mis de côté. Celui qui veut gagner de l’argent, 
c’est « l’autre », le « vilain », le « méchant ». Jamais nous, quand nous 
voulons payer notre vie, nous et notre famille. 

Je ne peux pas être d’accord de souscrire à une idéologie qui discrimine les 
informaticiens qui veulent se sortir de l’ornière, et les condamne à rester des 
sous-fifres. L’exemple de l’impôt pour celui qui veut se faire de la publicité 
en mettant une annonce sur sa voiture, est typique des entraves à la petite 
entreprise. Pour ceux qui veulent se mettre à leur compte, c’est le parcours du 
combattant.

On peut s’étonner que les partis collectivistes haissent tellement les petites 
entreprises; mais il ne faudrait pas, parce que ces mêmes partis vivent des 
impôts payés par les grandes boîtes. Et les deux ont intérêt à stopper 
l’entreprise privée — pour défendre le statu quo: d’un côté les grands patrons, 
de l’autre les « petits » employés ». C’est pour ça qu’ils nous vendent cette 
drogue de « faire des affaires c’est mal »: pour qu’on continue à être des 
employés et qu’on ne fasse pas concurrence aux grandes boîtes. 

Peu importe les motivations, ou la sincérité, la GPL3 c’est pareil. Je la 
verrais plutôt comme un opium des informaticiens, qui les empêche de réaliser 
leur potentiel.

Notez qu’à aucun moment je dis qu’une startup devrait toujours construire un 
modèle d’affaire basé sur la vente de licences, parce qu’on voit l’intérêt du 
code libre. Mais que diable, des fois la licence c’est ce qu’il faut faire! Et 
il ne faut pas avoir honte, et il ne faut pas discriminer ceux qui veulent le 
faire en leur interdisant — sans motif valable — le droit d’utiliser le bien 
public. Au nom de l’émancipation des informaticiens.





> Le 18 oct. 2018 à 20:53, Daniel Cordey <[email protected]> a écrit :
> 
> On 18.10.18 19:56, Laurent Franceschetti wrote:
>> La GPL3 est une imposition, parce que comme elle domine beaucoup de 
>> librairies libres, elle interdit à beaucoup d’informaticiens (ceux qui ne 
>> sont pas des multinationales) de vendre du logiciel.
> 
> Je pige pas trop la notion d'imposition. Perso, je ne me suis jamais senti 
> contraint par quoique ce soit avec la GPL... Mais il se peut que je ne 
> comprenne pas l'enjeu... c'est possible.
> 

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