Rwanda: Ligne d'horizon les rwandais ont choisi l'espoir
  
                                          
              
  Sud Quotidien (Dakar)
  25 Novembre 2006
Publié sur le web le 28 Novembre 2006
  Mame Aly Konte

  Avril 1994, le Rwanda sombre encore dans un de ses chaos dont il a pris 
l'habitude. Sauf que cette fois, l'ampleur des massacres inter-ethniques va 
dépasser les fragiles frontières de ce pays peuplé alors de moins de dix 
millions d'habitants sur une portion de terre enfermée en pleine Afrique 
centrale entre la République démocratique du Congo, l'Ouganda et le Kenya au 
nord, la Tanzanie à l'est. 12 ans après les massacres qui ont fait près d'un 
million de morts et de blessés graves et à peine guéri d'un tel cauchemar, le 
Rwanda et ses enfants n'échangeront aucun jugement de leurs dirigeants actuels 
avec la paix retrouvée dont ils savourent maintenant les contours et la réalité.
  L'enfer d'un atterrissage qui aboutit à un génocide. La scène se passe le 6 
avril 1994 quand le président de la République Rwandaise de l'époque le Major 
Juvénal Habyarimana et de son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, de 
retour d'un court séjour en Tanzanie voit leur appareil prendre feu au moment 
de descendre sur Kigali. La suite est connue. Des massacres inter-ethniques qui 
enverront dans les fosses communes, dans des églises devenues aujourd'hui 
sanctuaires, plus d'un million de personnes. Des vieilles femmes, des enfants, 
des hommes vont tous laisser un ami, un mari, un frère, un voisin dans les 
meurtres inter-ethniques qui ne se justifieront nulle part, dans la sociologie 
de pays. Un univers dont les différentes composantes parlent toutes une seule 
et même langue, « le Kinyarwanda ».
            
  Entre l'accident de l'avion présidentiel rwandais, le début des émeutes 
quelques jours après, certains ont tôt fait de voir beaucoup de coïncidences 
troublantes. Ce qui aujourd'hui est la source de toutes les controverses, au 
plan juridique et politique. Si les uns ont tôt fait d'accuser les extrémistes 
Hutus désireux de prendre une revanche sur l'histoire avec la mort du président 
Habyarimana, d'autres y voient la main des forces du Front patriotique rwandais 
du Général Paul Kagamé en lutte contre le pouvoir de Kigali depuis le début des 
années 1990.
  Qui donc avait intérêt à déclencher le génocide pour accéder au pouvoir ? La 
réponse est encore à trouver. Et c'est ce qui a poussé, le juge Bruguière et la 
France, à vouloir creuser encore la plaie au moment où celle se cicatrise 
progressivement au pays des milles collines.
  Un génocide planifié de longue date
  Si les origines de ce qui est appelé aujourd'hui génocide sont encore plus 
compliquées à expliciter, c'est en partie par le fait qu'au moment où le Front 
patriotique rwandais continuait sa progression vers le nord sur la période 
comprise entre le 7 avril et le 4 juillet 1994, de nombreuses alertes avaient 
signalé aux Nations Unies, que des massacres étaient perpétrés dans le pays à 
l'endroit des deux groupes ethniques Hutus et Tutsis.
  L'organisation des Nations Unies dirigée à l'époque par l'Egyptien 
Boutros-ghali, et dont les forces envoyées au Rwanda dans le cadre de la 
Mission des Nations Unies au Rwanda (Minuar) étaient dirigées par le général 
canadien Roméo Dallaire, n'a jamais pris au sérieux de telles affirmations. 
Tout comme des pays comme les Etats-unis et encore la France. Pays dont les 
autorités rwandaises aimeraient qu'il accepte certaines responsabilités dans 
les massacres.
  Entre le Rwanda et les massacres entre Hutus et Tutsis, c'est donc la suite 
d'une longue histoire. D'ailleurs, au cours des années 1960, signale le Journal 
Le Monde, dans une de ses éditions de février 1964, ont eu lieu les débuts de 
massacres des Tutsis au Rwanda. Le Plus sanglant sera celui de décembre 1963, 
qui verra le massacre de plus de 12.000 hommes, femmes et enfants. Le génocide 
n'a pas commencé d'ailleurs pour eux en avril 1994, mais bien avant. Il serait, 
selon certains parmi eux, planifié de longue date. Et la mort des deux chefs 
d'Etat n'aura fait qu'aggraver une situation qui dépassait de loin les moyens 
de l'ancien régime. Des sources politiques bien informées signalent qu'il a 
existé à la même période, un projet génocidaire, exécuté par les extrémistes 
Hutu proche de l'entourage du défunt président Juvénal Habyarimana qui devait 
aboutir à la constitution d'un gouvernement intérimaire sous la direction du 
colonel Bagosora. Les missions parlementaires belges
 et françaises ont pendant un moment opté pour cette thèse qui ajoutait aussi 
qu'autant la radio "Mille collines", la station Muhabura du Fpr, a été 
soupçonnée dans des proportions moindres, d'avoir tenu, elle aussi, un discours 
de
  haine.
  Kagamé, coupable idéal...
  Sans oublier l'histoire, leur histoire, les Rwandais ont retrouvé le sourire. 
Cela grâce à la magie d'un homme et de son gouvernement, le général major Paul 
Kagamé. Après les évènements d'avril 1994, une partie de la diaspora rwandaise 
chassée du pays pour des raisons (ethniques pour certains) et politiques pour 
d'autres, est revenue au pays, sous la houlette d'un homme, ce Général exilé en 
Ouganda depuis on jeune âge avec ses parents, Paul Kagamé.
  D'un calme qui dérange souvent l'homme est bourré de caractère. Depuis les 
années 1990, il a su profiter des faiblesses du régime du président 
Habyarimana, pour poser ses bases dans le nord du pays. Il sera en conflit avec 
le pouvoir de Kigali jusqu'au moment où survient le génocide. C'est dans cette 
ambiance de chaos généralisé qu'il va être conduit à chasser les forces armées 
rwandaises et les miliciens Hutus de la capitale. Nous sommes le 4 juillet 
1994. Une fois installé au pouvoir grâce aux accords d'Arusha, datés du 19 
juillet 1994, l'homme fort du Rwanda, qui occupe un poste de vice-président, 
laisse les premiers rôles à un Président et un Premier ministre hutu. Lui 
occupe le ministère de la Défense et une fonction honorifique de 
vice-président. C'est de cette position qu'il va réorganiser le pays et se 
détourner de la France, dont la participation à la protection des populations 
rwandaise a été très décriée par l'homme. Les sources du conflit entre les deux 
pays
 partent de ce fait.
          
  ... et homme de la paix retrouvée
  Même si on peut lui reprocher la manière peu orthodoxe qui lui a permis 
d'accéder au pouvoir, (ce que n'hésitent pas à lui rappeler la diaspora 
rwandaise à l'extérieur à chacun de ses déplacements), Kagamé a quand même 
réalisé des avancées qu'aucun dirigeant avant lui, n'a fait au Rwanda. Rien que 
pour cela, la jeunesse rwandaise se dit plus rassurée pour l'avenir qu'avant le 
génocide. L'accès aux universités et aux grandes écoles de formation rwandaise 
est devenu une réalité dans ce pays où du fait de leur soi-disante supériorité, 
les Tutsis ont beaucoup plus profité de leur carte d'identité que les Hutus 
dans un même pays. L'existence de cette pièce de malheur ne sera supprimée 
qu'en 2003, sous le règne de Kagamé.
  Fidèle allié de la France, le Rwanda de Kagamé a surtout bénéficié de l'appui 
des Américains. Aujourd'hui, d'ailleurs, le Français n'est plus la seule langue 
officielle parlée dans ce pays. L'Anglais tend d'ailleurs à la supplanter dans 
les universités. Et, dans la compréhension de l'opinion rwandaise, à Butaré, 
Gyseni et Kigali, beaucoup d'intellectuels, parmi lesquels certains opposants, 
sont en parfaite entente avec le président du Fpr, à qui, selon eux, ils 
doivent la vie sauve. Toutes ces personnes n'accepteront pas encore pour 
longtemps que leur homme soit livré un jour à la justice internationale.



                 Sharangabo Rufagari 
 
 


 
 
 
 
 
                                                









                
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