Title: Re: URG-L: Commentaires sur le projet de loi #114
Le 08/09/02 15:45, «ï¿½Luc Lapierre�» <[EMAIL PROTECTED]> a écrit�:
> Les propos qui vont suivre ne sont qu'une réflexion personnelle et ne
> constituent aucunement une prise de position fixe. En effet, je ne
> peux pas me considérer comme parfaitement au courant de tous les
> aspects de la profession médicale et des bouleversements potentiels
> sur la profession médicale que le projet de loi #114, émis par le
> ministère de la Santé du Québec, impliqueraient. J'aimerais toutefois
> qu'ils portent à soulever le questionnement pouvant potentiellement
> aider la communauté étudiante et médicale à établir sa position dans
> ce débat.
>
> Donc, voici ce que je pense à ce sujet et les questionnements qui y
> sont associés.
>
> CONSIDÉRANT que le médecin, dont la formation coûte des milliers de
> dollars aux contribuables et dont la profession vise à assurer le bien
> être de la population, à, malgré le fait qu'il soit un individu libre
> et autonome, un certain engagement envers la société -- du moins, il
> est clair pour moi qu'en tant que futur médecin, je ne serai pas
> uniquement qu'un travailleur autonome, mais une personne qui se doit
> d'avoir un rôle actif dans la société québécoise pour l'aider, elle et
> les individus qui la composent, à se porter mieux dans un aspect
> global de santé (soins au malade, prévention primaire, approches
> environnementales moins polluantes, éducation, etc.);
> CONSIDÉRANT aussi que, selon la politique québécoise, mais aussi
> canadienne, la population québécoise favorise dans son ensemble une
> approche socialiste et, mandaté par cette même population, le
> gouvernement a pris l'engagement à assurer l'universalité et
> l'accessibilité des soins;
> CONSIDÉRANT enfin que la population, d'un certain point de vue,
> souffre relativement et parfois bien réellement à cause d'un système
> de santé en partie inadéquat dû à une pénurie d'effectifs, mais aussi
> certainement dû à une gestions peut-être pas tout à fait efficace;
> COSIDÉRANT CES ÉLÉMENTS DONC, IL ME SEMBLE QUE TOUT MÉDECIN, SURTOUT
> SI NOUVELLEMENT FORMÉ, DEVRAIT, SELON SES COMPÉTENCES, COMBLER LES
> BESOINS DE PERSONNEL QUI SE FONT SENTIR DANS LES RÉGIONS OU LES
> SERVICES D'UNE RÉGION LES PLUS TOUCHÉS PAR LA PÉNURIE.
>
> En ce sens donc, je ne suis pas en total désaccord avec le projet de
> loi #114 émis par le ministère de la Santé du Québec. En effet, il me
> semble adéquat que le médecin, à la fin de sa formation
> majoritairement subventionnée par le gouvernement par le biais des
> contribuables, soit MANDATÉ par ce même gouvernement à exercer ses
> fonctions, pour une période de temps déterminée, dans une région
> désignée comme une région où ses services professionnels sont requis
> afin de mieux subvenir aux besoins de la population.
> Je dis bien « mandaté », et non pas « contraint », puisqu'au départ,
> c'est un choix libre et éclairé que celui de vouloir exercer le métier
> de médecin, métier dont les paramètres sont en partie fixés par le
> collège des médecins et en partie par le gouvernement qui répond aux
> demandes et besoins de la population. D'accord, pour ceux dont ces
> conditions de travail n'étaient pas présentes par le passé lors de
> leur formation, puisque de telles mesures peuvent, de façon
> compréhensible, être perçues comme contraignantes et nécessiteront, si
> elle sont appliquées, des changements majeurs dans le mode de vie et
> de travail de plusieurs. Mais justement, quand les médecins
> s'insurgent en évoquant qu'ils ne veulent pas se faire dire quoi
> faire, naïvement, je me dit que, pour plusieurs, avant tout, avant le
> fait qu'ils ne veulent pas d'un système de santé géré par des
> fonctionnaires qui « n'ont pas la compétence pour le faire » (propos
> tenus par le Dr Barette selon le texte de Alexandre Sirois,
> Cyberpresse, 04-09-2002), je me dit donc que plusieurs évoquent
> peut-être silencieusement, avant tout autre argument, la peur de
> perdre certains avantages que leur confèrent le statut de travailleur
> autonome et les autres paramètres actuels qui définissent la
> profession de médecin (voir aussi 2 paragraphes plus loin à ce
> propos).
> Néanmoins, je ne dit pas que la façon de faire que propose le
> gouvernement pour instaurer une telle méthode soit la bonne ou que
> cette mesure soit la seule envisageable, et, si j'ai bien compris,
> c'est un des arguments avancés par les associations de médecin pour
> entamer les discussions qui, à mon avis, font partie intégrante et
> sont essentielles à un processus démocratique sain et constructif.
> D'ailleurs, en citant les propos du Dr Barette dans le cadre de ma
> réflexion, j'ai peut-être semé l'apparence d'une naïve confiance
> absolue accordée aux fonctionnaires, mais c'est loin d'être le cas et,
> comme je me questionne aussi au sujet de cette problématique (malgré
> que je n'aie aucune compétence pour prendre position), je vois là un
> autre argument évoquant la nécessité d'une table de discussion entre
> les médecins et le gouvernement.
>
> Par ailleurs, dans son texte paru dans Cyberpresse, Mr Sirois cite le
> président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr
> Dugré, qui a écrit les propos suivant :
>
> « Les médecins ne seront plus des travailleurs autonomes qui répondent
> aux besoins de leurs patients. Non. Ils seront des fonctionnaires qui
> devront fournir les seuls services que le ministère (...) déterminera,
> à l'endroit qu'il déterminera et aux conditions qu'il déterminera. »
>
> Que les médecins soient, d'un point de vue légal, considérés comme des
> fonctionnaires ou des travailleurs autonome, en quoi cela entraverait
> leur mandat de répondre aux besoins de leurs patients? Aussi, en quoi
> le fait de se faire mandater (ou imposer selon le point de vue retenu)
> un contrat de service dans une région donnée fait : 1) que le
> ministère changera la façon de nous rémunérer, de ne plus nous
> considérer comme travailleurs autonome; 2) que d'être omnipraticien ou
> spécialiste à Paspébiac sera de faire un métier différent que si l'on
> était établi à Montréal; 3) que le ministère déterminera à lui seul
> une liste de services exclusifs que le médecin devra fournir?
>
> BREF, À MON AVIS, ÉTABLIR UNE POLITIQUE DE RÉPARTITION DES EFFECTIFS
> NE VEUT PAS DIRE CHANGER LA NATURE, LA QUALITÉ, ET LA MANIÈRE DE
> FOURNIR DES SERVICES À LA POPULATION, MAIS BIEN D'ASSURER QUE CES
> SERVICES SOIENT DISPONIBLES DE FAÇON ÉGALE À TOUS LES QUÉBÉCOIS ET
> QUÉBÉCOISESES.
>
> Voilà mes réflexions et questionnements à ce sujet. Je vous invite
> tous à fournir des commentaires à ce propos et vous remercie d'avance
> d'avoir pris le temps de me lire.
>
> Bien à vous,
> Luc Lapierre, M.Sc., B.Sc., étudiant de 2e année, Université de
> Montréal
>
HUM! HUM!
Ayant, avant ma profession médicale étudié et travaillé comme agronome, je connais un peu par définition la notion du mot "terrain". Et c'est ce qui manque ici comme connaissance à ce que je vois.
Comme bien des personnes travaillant dans nos chères urgences du Québec j'ai été impliqué à plusieurs niveaux (urgence, dpt, CMDP, RRSSS, MSSS, privé).
Il faut malheureusement être très peu conscient de se qui se passe pour croire que le genre d'avenue dictatorial qui se dessine n'aura aucune incidence sur notre pratique. Je reconnais plutôt l’intérêt de quelqu’un enfin accepté en médecine et qui est prêt à accepter bien des choses pour être md... Y compris de laisser nos planificateur externe décider de ce qui est bon pour nous, pour nos patients et pour tout ce vil peuple mécréant et mercantile. Populace dépensant sans compter! Médecins sans compassion que nous sommes!
Tout ce qui se produit depuis quelques semaines est le résultat d'une maladie annoncée (à défaut d'une mort annoncée).
De me retrouvé à aller dépanner à X urgence après le genre de semaine, fatigué et éreinté que nous passons me laisse songeur sur la qualité de pratique, surtout quand on annonce ces problèmes avec les solutions depuis si longtemps. Et en passant... Peut-on croire que le texte de la loi était déjà prêt depuis plusieurs années?? Non, non mieux vaut ne pas y penser...
De tous ces débats sur les urgences au Québec, un constat découle: un état de crise perpétuel. Prévue depuis des années par les gens qui y travaillent, comment ne pas se révolter?
Et contre vents et marées, comment réussir à maintenir cette prouesse au travail quand nous voyons se dégrader d'années en années les services rendus en général à la population?
Travailler à l'urgence veut dire bien des choses... On en parle tellement que le tout est devenu presque banal. L’image collective de ce lieu de travail fait les manchettes trop fréquemment. En fait on en arrive à croire que le tout est devenu banal. Ramenons donc le tout dans une autre perspective:
Pour le personnel qui y travaille et pour les patients qui y séjournent, le milieu de l’urgence en l’an 2002 veut dire:
Conduire une voiture avec trois roues:
* Le nombre d’infirmières et de personnel est le plus souvent insuffisants, remarque combien de fois répétée. Arriver à croire qu’il faut encore défendre les postes comme un commis ou une secrétaire pour répondre au téléphone et effectuer tous les petits travaux cléricales nécessaires au bon fonctionnement.
Conduire une voiture sans volant (et on ne parle pas de la direction!):
* Malgré de nombreux rapports indiquant les voies à suivre pour le gouvernement pour assurer des conditions de travail et un milieu de soins MINIMUM pour les patients AUCUNE direction claire n’est encore donnée par le gouvernement.
* En peu de temps: trois ministres, trois volontés différentes, trois pensées magiques différentes. Comme plusieurs d’entre vous je pu les rencontrer les trois...pas personnellement mais assez pour retrouver un point commun: Les décisions sont définis par d'autres avec des dessins très différents.
Conduire une voiture avec un design inadéquat et un interface rouillés:
* Plus le la MOITIÉ des urgences du Québec ont des demandes de plans pour réaménager les urgences. Une infime minorité on reçu une réponse, une plus minime encore ont vu leur construction débuté ou annoncé. On parle de lieu de travail et de lieu de “résidence” temporaire pour les patients.
Conduire une voiture prévue pour 4 passagers mais en transportant plutôt 14 au minimum:
* L’engorgement des urgences est rendu telle que de retrouver des corridors est rendu normal.
* Soixante-dix patients dans des locaux prévus pour 20, trop souvent tolérés
* Que dire d’autres?
Conduire une voiture sans aucun rétroviseur, avec une vitre teintée à 80% sur toutes les faces:
* À peu près aucune vue des erreurs du passée afin de ne pas répéter les mêmes erreurs
* Aucune vision d’avenir annoncée malgré les “positions” et “rapports” trop vite tablettés.
Conduire une voiture sans frein: (oublions les freins d’urgence...)
* On se dirige en plein dans un mur, on le sait depuis plusieurs années, on le dis depuis autant d’années
* On se rend bien compte que l’ingénieur, le planificateur, le concepteur, le mécanicien n’a pas fait son travail.
* Malgré tout on frappe le mur. Que faire? Ce que tout bon gestionnaire doit faire:
* Blâmer les conducteurs (et les passagers)!!
Malgré tout;
* Je vous rappelle que plus de 80 urgences sont ouvertes, jours soirs, nuits, fin de semaine;
* Je vous rappelle que le personnel est dévoué corps et âmes à assurer ce service de base:Infirmiers, préposés, commis,et médecins y travaillent dans des conditions qui seraient décriés devant ces conditions loin d’être minimale.
* Alors qui devrait déjà fournir le minimum de personnel , de matériel aux urgences du Québec?
* À quand la loi spéciale pour obliger le gouvernement à prendre ses responsabilités?
* Mais j’oubliais une chose; le vendredi soir à 17h00 les bureaux du MSSS sont fermés....
--
François Paquet, md
Département d'urgence
Hôtel-Dieu de Lévis
Président sortant Conseil Médecins Dentistes et Pharmaciens
Centre Hospitalier affilié à l'Université Laval
Aussi:
Coordonnateur régional des mesures d'urgence
RRSSS Chaudière Appalaches
Ancien directeur médical Anapharm Inc.
Conseiller MSSS divers projets
Ce qui me donne un certain droit de décrier ce qui se passe sur le terrain!!!
--
François
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