Title: Re: URG-L: Commentaires sur le projet de loi #114
J'applaudis des deux mains et des deux pieds.
 
On ne saurait mieux dire.
 
C.
----- Original Message -----
Sent: Sunday, September 08, 2002 6:27 PM
Subject: URG-L: Commentaires sur le projet de loi #114

Le 08/09/02 15:45, � Luc Lapierre � <[EMAIL PROTECTED]> a �crit :

> Les propos qui vont suivre ne sont qu'une r�flexion personnelle et ne
> constituent aucunement une prise de position fixe.  En effet, je ne
> peux pas me consid�rer comme parfaitement au courant de tous les
> aspects de la profession m�dicale et des bouleversements potentiels
> sur la profession m�dicale que le projet de loi #114, �mis par le
> minist�re de la Sant� du Qu�bec, impliqueraient.  J'aimerais toutefois
> qu'ils portent � soulever le questionnement pouvant potentiellement
> aider la communaut� �tudiante et m�dicale � �tablir sa position dans
> ce d�bat.
>
> Donc, voici ce que je pense � ce sujet et les questionnements qui y
> sont associ�s.
>
> CONSID�RANT que le m�decin, dont la formation co�te des milliers de
> dollars aux contribuables et dont la profession vise � assurer le bien
> �tre de la population, �, malgr� le fait qu'il soit un individu libre
> et autonome, un certain engagement envers la soci�t� -- du moins, il
> est clair pour moi qu'en tant que futur m�decin, je ne serai pas
> uniquement qu'un travailleur autonome, mais une personne qui se doit
> d'avoir un r�le actif dans la soci�t� qu�b�coise pour l'aider, elle et
> les individus qui la composent, � se porter mieux dans un aspect
> global de sant� (soins au malade, pr�vention primaire, approches
> environnementales moins polluantes, �ducation, etc.);
> CONSID�RANT  aussi que, selon la politique qu�b�coise, mais aussi
> canadienne, la population qu�b�coise favorise dans son ensemble une
> approche socialiste et, mandat� par cette m�me population, le
> gouvernement a pris l'engagement � assurer l'universalit� et
> l'accessibilit� des soins;
> CONSID�RANT enfin que la population, d'un certain point de vue,
> souffre relativement et parfois bien r�ellement � cause d'un syst�me
> de sant� en partie inad�quat d� � une p�nurie d'effectifs, mais aussi
> certainement d� � une gestions peut-�tre pas tout � fait efficace;
> COSID�RANT CES �L�MENTS DONC, IL ME SEMBLE QUE TOUT M�DECIN, SURTOUT
> SI NOUVELLEMENT FORM�, DEVRAIT, SELON SES COMP�TENCES, COMBLER LES
> BESOINS DE PERSONNEL QUI SE FONT SENTIR DANS LES R�GIONS OU LES
> SERVICES D'UNE R�GION LES PLUS TOUCH�S PAR LA P�NURIE.
>
> En ce sens donc, je ne suis pas en total d�saccord avec le projet de
> loi #114 �mis par le minist�re de la Sant� du Qu�bec.  En effet, il me
> semble ad�quat que le m�decin, � la fin de sa formation
> majoritairement subventionn�e par le gouvernement par le biais des
> contribuables, soit MANDAT� par ce m�me gouvernement � exercer ses
> fonctions, pour une p�riode de temps d�termin�e,  dans une r�gion
> d�sign�e comme une r�gion o� ses services professionnels sont requis
> afin de mieux subvenir aux besoins de la population.
> Je dis bien � mandat� �, et non pas � contraint �, puisqu'au d�part,
> c'est un choix libre et �clair� que celui de vouloir exercer le m�tier
> de m�decin, m�tier dont les param�tres sont en partie fix�s par le
> coll�ge des m�decins et en partie par le gouvernement qui r�pond aux
> demandes et besoins de la population.  D'accord, pour ceux dont ces
> conditions de travail n'�taient pas pr�sentes par le pass� lors de
> leur formation, puisque de telles mesures peuvent, de fa�on
> compr�hensible, �tre per�ues comme contraignantes et n�cessiteront, si
> elle sont appliqu�es, des changements majeurs dans le mode de vie et
> de travail de plusieurs.  Mais justement, quand les m�decins
> s'insurgent en �voquant qu'ils ne veulent pas se faire dire quoi
> faire, na�vement, je me dit que, pour plusieurs, avant tout, avant le
> fait qu'ils ne veulent pas d'un syst�me de sant� g�r� par des
> fonctionnaires qui � n'ont pas la comp�tence pour le faire � (propos
> tenus par le Dr Barette selon le texte de Alexandre Sirois,
> Cyberpresse, 04-09-2002), je me dit donc que plusieurs �voquent
> peut-�tre silencieusement, avant tout autre argument, la peur de
> perdre certains avantages que leur conf�rent le statut de travailleur
> autonome et les autres param�tres actuels qui d�finissent la
> profession de m�decin (voir aussi 2 paragraphes plus loin � ce
> propos).
> N�anmoins, je ne dit pas que la fa�on de faire que propose le
> gouvernement pour instaurer une telle m�thode soit la bonne ou que
> cette mesure soit la seule envisageable, et, si j'ai bien compris,
> c'est un des arguments avanc�s par les associations de m�decin pour
> entamer les discussions qui, � mon avis, font partie int�grante et
> sont essentielles � un processus d�mocratique sain et constructif.
> D'ailleurs, en citant les propos du Dr Barette dans le cadre de ma
> r�flexion, j'ai peut-�tre sem� l'apparence d'une na�ve confiance
> absolue accord�e aux fonctionnaires, mais c'est loin d'�tre le cas et,
> comme je me questionne aussi au sujet de cette probl�matique (malgr�
> que je n'aie aucune comp�tence pour prendre position), je vois l� un
> autre argument �voquant la n�cessit� d'une table de discussion entre
> les m�decins et le gouvernement.
>
> Par ailleurs, dans son texte paru dans Cyberpresse, Mr Sirois cite le
> pr�sident de la F�d�ration des m�decins sp�cialistes du Qu�bec, le Dr
> Dugr�, qui a �crit les propos suivant :
>
> � Les m�decins ne seront plus des travailleurs autonomes qui r�pondent
> aux besoins de leurs patients. Non. Ils seront des fonctionnaires qui
> devront fournir les seuls services que le minist�re (...) d�terminera,
> � l'endroit qu'il d�terminera et aux conditions qu'il d�terminera. �
>
> Que les m�decins soient, d'un point de vue l�gal, consid�r�s comme des
> fonctionnaires ou des travailleurs autonome, en quoi cela entraverait
> leur mandat de r�pondre aux besoins de leurs patients?  Aussi, en quoi
> le fait de se faire mandater (ou imposer selon le point de vue retenu)
> un contrat de service dans une r�gion donn�e fait :  1) que le
> minist�re changera la fa�on de nous r�mun�rer, de ne plus nous
> consid�rer comme travailleurs autonome; 2) que d'�tre omnipraticien ou
> sp�cialiste � Pasp�biac sera de faire un m�tier diff�rent que si l'on
> �tait �tabli � Montr�al; 3) que le minist�re d�terminera � lui seul
> une liste de services exclusifs que le m�decin devra fournir?
>
> BREF, � MON AVIS, �TABLIR UNE POLITIQUE DE R�PARTITION DES EFFECTIFS
> NE VEUT PAS DIRE CHANGER LA NATURE, LA QUALIT�, ET LA MANI�RE DE
> FOURNIR DES SERVICES � LA POPULATION, MAIS BIEN D'ASSURER QUE CES
> SERVICES SOIENT DISPONIBLES DE FA�ON �GALE � TOUS LES QU�B�COIS ET
> QU�B�COISESES.
>
> Voil� mes r�flexions et questionnements � ce sujet.  Je vous invite
> tous � fournir des commentaires � ce propos et vous remercie d'avance
> d'avoir pris le temps de me lire.
>
> Bien � vous,
> Luc Lapierre, M.Sc., B.Sc., �tudiant de 2e ann�e, Universit� de
> Montr�al
>
HUM! HUM!
Ayant, avant ma profession m�dicale �tudi� et travaill� comme agronome, je connais un peu par d�finition la notion du mot "terrain". Et c'est ce qui manque ici comme connaissance � ce que je vois.
Comme bien des personnes travaillant dans nos ch�res urgences du Qu�bec j'ai �t� impliqu� � plusieurs niveaux (urgence, dpt, CMDP, RRSSS, MSSS, priv�).

Il faut malheureusement �tre tr�s peu conscient de se qui se passe pour croire que le genre d'avenue dictatorial qui se dessine n'aura aucune incidence sur notre pratique. Je reconnais plut�t l�int�r�t de quelqu�un enfin accept� en m�decine et qui est pr�t � accepter bien des choses pour �tre md... Y compris de laisser nos planificateur externe d�cider de ce qui est bon pour nous, pour nos patients et pour tout ce vil peuple m�cr�ant et mercantile. Populace d�pensant sans compter! M�decins sans compassion que nous sommes!

 Tout ce qui se produit depuis quelques semaines est le r�sultat d'une maladie annonc�e (� d�faut d'une mort annonc�e).
De me retrouv� � aller d�panner � X urgence apr�s le genre de semaine, fatigu� et �reint� que nous passons me laisse songeur sur la qualit� de pratique, surtout quand on annonce ces probl�mes avec les solutions depuis si longtemps. Et en passant... Peut-on croire que le texte de la loi �tait d�j� pr�t depuis plusieurs ann�es?? Non, non mieux vaut ne pas y penser...

De tous ces d�bats sur les urgences au Qu�bec, un constat d�coule: un �tat de crise perp�tuel. Pr�vue depuis des ann�es par les gens qui y travaillent, comment ne pas se r�volter?
Et contre vents et mar�es, comment r�ussir � maintenir cette prouesse au travail quand nous voyons se d�grader d'ann�es en ann�es les services rendus en g�n�ral � la population?

Travailler � l'urgence veut dire bien des choses... On en parle tellement que le tout est devenu presque banal. L�image collective de ce lieu de travail fait les manchettes trop fr�quemment. En fait on en arrive � croire que le tout est devenu banal. Ramenons donc le tout dans une autre perspective:

Pour le personnel qui y travaille et pour les patients qui y s�journent, le milieu de l�urgence en l�an 2002 veut dire:

Conduire une voiture avec trois roues:
* Le nombre d�infirmi�res et de personnel est le plus souvent insuffisants, remarque combien de fois r�p�t�e. Arriver � croire qu�il faut encore d�fendre les postes comme un commis ou une secr�taire pour r�pondre au t�l�phone et effectuer tous les petits travaux cl�ricales n�cessaires au bon fonctionnement.

Conduire une voiture sans volant (et on ne parle pas de la direction!):
* Malgr� de nombreux rapports indiquant les voies � suivre pour le gouvernement pour assurer des conditions de travail et un milieu de soins MINIMUM pour les patients AUCUNE direction claire n�est encore donn�e par le gouvernement.
* En peu de temps: trois ministres, trois volont�s diff�rentes, trois pens�es magiques diff�rentes. Comme plusieurs d�entre vous je pu les rencontrer les trois...pas personnellement mais assez pour retrouver un point commun: Les d�cisions sont d�finis par d'autres avec des dessins tr�s diff�rents.

Conduire une voiture avec un design inad�quat et un interface rouill�s:
* Plus le la MOITI� des urgences du Qu�bec ont des demandes de plans pour r�am�nager les urgences. Une infime minorit� on re�u une r�ponse, une plus minime encore ont vu leur construction d�but� ou annonc�. On parle de lieu de travail et de lieu de �r�sidence� temporaire pour les patients.

Conduire une voiture pr�vue pour 4 passagers mais en transportant plut�t 14  au minimum:
* L�engorgement des urgences est rendu telle que de retrouver des corridors est rendu normal.
* Soixante-dix patients dans des locaux pr�vus pour 20, trop souvent tol�r�s
* Que dire d�autres?

Conduire une voiture sans aucun r�troviseur, avec une vitre teint�e � 80% sur  toutes les faces:
* � peu pr�s aucune vue des erreurs du pass�e afin de ne pas r�p�ter les m�mes erreurs
* Aucune vision d�avenir annonc�e malgr� les �positions� et �rapports� trop vite tablett�s.

Conduire une voiture sans frein: (oublions les freins d�urgence...)
* On se dirige en plein dans un mur, on le sait depuis plusieurs ann�es, on le dis depuis autant d�ann�es
* On se rend bien compte que l�ing�nieur, le planificateur, le concepteur, le m�canicien n�a pas fait son travail.
* Malgr� tout on frappe le mur. Que faire? Ce que tout bon gestionnaire doit faire:
 * Bl�mer les conducteurs (et les passagers)!!

Malgr� tout;
*  Je vous rappelle que plus de 80 urgences sont ouvertes, jours soirs, nuits, fin de semaine;
*  Je vous rappelle que le personnel est d�vou� corps et �mes � assurer ce service de base:Infirmiers, pr�pos�s, commis,et m�decins y travaillent dans des conditions qui seraient d�cri�s devant ces conditions loin d��tre minimale.

* Alors qui devrait d�j� fournir le minimum de personnel , de mat�riel aux urgences du Qu�bec?
* � quand la loi sp�ciale pour obliger le gouvernement � prendre ses responsabilit�s?
* Mais j�oubliais une chose; le vendredi soir � 17h00 les bureaux du MSSS sont ferm�s....


--
Fran�ois Paquet, md
D�partement d'urgence
H�tel-Dieu de L�vis
Pr�sident sortant Conseil M�decins Dentistes et Pharmaciens
Centre Hospitalier affili� � l'Universit� Laval

Aussi:
Coordonnateur r�gional des mesures d'urgence
RRSSS Chaudi�re Appalaches

Ancien directeur m�dical Anapharm Inc.

Conseiller MSSS divers projets

Ce qui me donne un certain droit de d�crier ce qui se passe sur le terrain!!!




--
Fran�ois

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