Pierre
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Laura-Julie Perreault
cyberpresseBonjour Madame Perreault,
Vous dites dans votre article "La patate chaude lancée au Collège des médecins" (http://www.cyberpresse.ca/reseau/politique/0212/pol_102120171616.html)
"Le ministre croit qu'en continuant leurs moyens de pression, les médecins spécialistes peuvent briser une clause de leur code de déontologie. Selon l'article 13 de ce code, les médecins ne peuvent participer à une «action concertée» qui met en danger la santé des patients des hôpitaux du Québec."
Or la réalité nous indique clairement que le ministre a bougrement tort sur ce point puisque c'est plutôt la situation contraire, i.e l'acceptation des conditions de soins actuels, qui pourrait être considérée comme étant une action concertée qui met en danger la santé des patients des hôpitaux du Québec.
Actuellement, un anesthésiste accepte d'anesthésier en même temps plusieurs patients (dans des salles d'opérations différentes) afin de pouvoir répondre à la demande trop grande pour le nombre d'anesthésistes disponibles... mais cela comporte pourtant certains risques.
Les radiologistes font chacun des centaines de lectures de radiographies par jour et des dizaines d'examens échographiques ou scanographiques, le tout à un rythme tellement effarant (encore afin de tenter de répondre à la demande dans un contexte de pénurie voulu et provoquer par le gouvernement -- il faut bien sauver des sous) que ce rythme ne peut que mettre les bénéficiaires à risque d'erreur qui peuvent êtres lourdes de conséquences.
Et ainsi vont la plupart des autres secteurs de la médecine. Pourtant la population ne veut pas seulement des soins de santé accessibles, elle les veut aussi de qualité et sans courir de risque inutile.
La pénurie de médecin au Québec n'est pas un événement accidentel. C'est un événement planifié, voulu et toléré par notre cher gouvernement afin de sauver des dollards (ensuite gaspiller dans d'autres secteurs tel la rénovation des appartements du premier ministre Landry à coup de millions).
Combien faudra-t-il encore de décès et de souffrances pour qu'on dise la vérité: le gouvernement a fait consciemment le choix de diminuer l'accessibilité au système de santé afin de ne pas y investir les argents nécessaires. Bien sûr les termes employés par nos élus et par les hauts fonctionnaires diffèrent, mais la réalité parle d'elle même.
La diminution de l'accessibilité aux soins est une chose planifiée, décidée stratégiquement, mûrement réfléchie, ..... PAR LE GOUVERNEMENT
Combien des actions, coupures, décisions en apparence folle, mais en réalité "bien" réfléchies, fermetures, blocages de développement, etc. toutes venant "d'en haut" ont mené directement et inexorablement à ce que l'on connaît ?
Par conscience professionnelle, les médecins ont alors pris les bouchées doubles afin de tenter de répondre à la demande, mais cela ne peut continuer très longtemps sans provoquer un épuisement profond et un déséquilibre encore plus grand de l'offre et de la demande.
Et maintenant le ministre Legeault parle d'une loi spéciale pour obliger les médecins spécialiste à prioriser à nouveau la quantité sur la qualité afin de sauver les apparences et mieux camouffler le désastre qu'il a lui-même provoqué. Cela ne porte qu'un nom: de l'HYPOCRISIE.
Imaginer seulement un instant que le gouvernement passe une loi spéciale pour obliger les enseignants du primaires à accepter 60 enfants par classe par qu'il y aurait pénurie (planifiée) de main d'oeuvre; qu'il passe une loi spéciale pour obliger les compagnies aériennes à accepter dans leur avions le double du nombre de passager habituelle parce qu'il y aurait une pénurie (planifié par le gouvernement) de pilote; qu'il passe une loi spéciale obligeant les journalistes, les ouvriers de la construction, les policiers (etc) à travailler au moins 30 heures par semaine en temps supplémentaire (mais payés à taux simple) en raison d'une pénurie (planifiée par le gouvernement) de travailleur. Croyez-vous que cela serait acceptable?
Les médecins spécialistes se battent actuellement pour l'amélioration des conditions de travail et ce n'est qu'en améliorant ces conditions que le Québec frênera l'exode des médecins (exode actuelle et celle à venir, possiblement encore plus importante) vers d'autres provinces ou d'autres pays ... et en attira d'avantage venant d'ailleurs.
Il est inacceptable que la population du Québec manque de soins, que des gens souffrent et meurent sur des listes d'attente beaucoup trop longues comme c'est le cas actuellement parce qu'il manque de ressources humaines et d'équipements diagnostiques et de traitement. Ce problème n'est pas nouveau, le gouvernement (en place depuis 6 ans) le sait, et le savait, ... et le tolérait parce que ça permettait des économies.
Mais le ministre ne peut pas s'accuser lui-même (et ses conseillers) et accuser son gouvernement de la détérioration du système de santé québécois parce que cela serait politiquement suicidaire. Il préfère donc mentir et blâmer quelqu'un d'autre.
Malheureusement, à chaque fois qu'il refuse les solutions proposées, il passe une loi spéciale. Et à chaque fois qu'il passe une loi spéciale, il empire le problème.
Jocelyn Moisan md
omnipraticien
