L'histoire est très instructive et doit rappeler des souvenirs à Guy qui les a vécus ! Durant ce temps, nous étions bien à l'aise , avec nos commerces bien remplis, du travail autant que l'on en souhaitait, l'insouciance quoi... J'avais 15 ans en 62 et avec mes parents , c'était les voitures américaines, le resto chaque semaine.... Quelles privations pour ces personnes, ...dont certaines savaient ce qui se passait chez nous . L'image qui m'est restée gravée en mémoire de cette époque ( début des années 80 ) durant laquelle je travaillais pour une Société de Lubeck en RFA ( 13 km de la mer Baltique) nous nous rendions dans un restaurant avec des clients, pour montrer la frontière, minée, avec plusieurs rangées de barbelés et côté Ouest une débauche de néons multicolores et côté Est, la nuit noire et ....le chant des oiseaux Il était temps que ce mur s'effondre !
Hugo . Le 22 janvier 2010 22:04, Patrick Durieux <[email protected]> a écrit : > Toujours sympa les histoires de tonton Guy, > > merci > > pat_2b > > ------------------------------ > *De :* [email protected] [mailto:[email protected]] > *De la part de* Guy Revel > *Envoyé :* vendredi 22 janvier 2010 11:37 > *À :* [email protected] > > *Objet :* [barducoin] Re: Pavel Bosak ou l'économie socialiste souterraine > > Salut, > > On en est maintenant à l'épisode 4. Ca va finir par devenir une vraie saga > ! > La suite en bas, pour que tout soit dans l'ordre. > > *Résumé des épisodes précédents: > *Episode 1 > Bon, je vous parlais des plans de Pavel Bosak. Si certains s'en > souviennent, ces plans montraient souvent des sections de bois bizarres, par > exemple de la planche de balsa de 7 mm et autres curiosités du même genre. > La raison en est simple : c'est ce qui avait été disponible dans le magasin > de modélisme le jour de la visite et c'était ça ou rien. Autre exemple, > quand il y avait un arrivage de peinture (cellulosique), on achetait de la > peinture, point. Ne parlez pas de choix de couleurs, il était exceptionnel > qu'il y ait deux couleurs différentes, faut pas être exigeant à ce point ! > Pendant plusieurs années, à Prague (ailleurs aussi dans le pays, mais je ne > l'ai pas vu) les voitures dans les rues étaient toutes dépourvues > d'essuie-glaces. En fait, quand quelqu'un utilisait sa voiture, il la > quittait toujours en les prenant dans sa poche pour éviter qu'on les lui > vole. Tout simplement parce qu'on ne pouvait pas en trouver du tout dans le > pays. Et pas seulement des essuie-glaces, il y avait une pénurie de > caoutchouc, quelle qu'en soit l'utilisation. Un jour, pendant que j'étais à > Paris, un ami m'a demandé de lui envoyer du caoutchouc. J'ai peiné comme un > malheureux pour acheter et lui envoyer du caoutchouc pour les avions de vol > libre, ce qui était déjà difficile à trouver en France. La fois suivante que > je suis allé chez lui, il m'a expliqué qu'il n'avait pas particulièrement > besoin de ce caoutchouc (il ne faisait pas de vol libre), mais que, comme > n'importe quelle forme de caoutchouc manquait, ça pouvait toujours servir et > il pouvait toujours l'échanger contre quelque chose de plus utile pour lui. > > Ca, c'était la situation générale et habituelle dans tous les pays de l'Est > et la Tchécoslovaquie était en quelque sorte un pays privilégié dans la > mesure où il ne manquait presque rien en comparaison avec les autres pays > voisins comme la Pologne ou la Hongrie, sans même parler de l'URSS. > > Bon, cette petite introduction pour vous faire comprendre, même > sommairement, ce qu'était la vie là-bas, je ne m'éloigne pas, quoi qu'on > pourrait croire, du sujet de Pavel Bosak mais là, je vais reprendre ma > respiration avant de continuer dans le prochain message, à moins que ça vous > ennuie parce que c'est du modélisme, mais vu tout de même sous un angle > beaucoup plus général que d'habitude. > > *Episode 2 > *Un petit aparté puisqu'il est question sur la liste de Mega (Karel > Matyas). Ce dernier, ingénieur de haut niveau, travaillait sur les systèmes > électriques auxiliaires des avions militaires tchéslovaques. Modéliste, > s'étant retrouvé sans emploi après la révolution de 1989 il s'est tout > naturellement orienté vers la production de moteurs électriques pour le > modélisme. J'ai dans ma collection l'un de ses premiers prototypes qu'il > m'avait demandé de tester. Sa famille avait une petite entreprise de > mécanique de production (un peu comme les ateliers familiaux de mécanique > dans les Vosges et en Suisse) dans la montagne à quelques centaines de > mètres de ce qui est maintenant la frontière slovaque, ils produisaient tout > particulièrement des injecteurs de haute précision pour l'industrie > cosmétique. En 1948, au moment de la prise de pouvoir par les communistes, > la société était dirigée par le père et l'oncle de Karel Matyas. Du jour au > lendemain, ils sont devenus de dangereux capitalistes, ennemis du peuple, du > prolétariat ouvrier et de la révolution communiste. L'entreprise a bien > entendu été nationalisée et, des deux associés, l'un a été envoyé en prison > où il a passé 11 ans, l'autre a été "rééduqué' en passant 9 ans dans les > mines d'uranium de Jachymov. > Après 1989 l'état a restitué à Karel Matyas ce qui avait ainsi été > confisqué, maison et ateliers qui n'étaient que des ruines. Sans argent, il > a entrepris de reconstruire de ses mains, pierre après pierre, la maison et > les bâtiments, ça lui a pris quinze ans et, maintenant, il a les moyens > financiers de se faire aider pour terminer. Il ne produit d'ailleurs pas que > des moteurs de modélisme, ne manquant ni d'imagination, ni d'esprit > d'entreprise il est aussi bien sous-traitant d'EADS que fabricant d'outils > surprenants, comme par exemple des appareils électrique à tatouer qui sont > très utilisés dans les réunions de bikers. > > Donc, comme vous l'avez compris, la propriété individuelle ayant été abolie > et les entreprises ayant été nationalisées, ceux qui voulaient améliorer > leur ordinaire n'avaient que deux solutions: travailler dans les métiers qui > payaient bien ou, ce qu'avait choisi Pavel Bosak, avoir une deuxième > activité plus discrète et mieux rémunérée. Quant aux métiers qui payaient > bien, suivant le dogme communiste c'étaient par exemple les mineurs, qui > étaient payés dans les années 60 10000 couronnes par mois alors qu'un > ingénieur ou un professeur d'université plafonnaient à 1500 ou 1800 > couronnes. Etrange logique de la lutte des classes. > > Bon, je reprend mon souffle et je reviens. > > *Episode 3 > *Pavel Bosak, puisque c'est de lui qu'il s'agit, habite toujours Klatovy, > une petite ville calme à une trentaine de kilomètres de Pilsen et une > quinzaine de kilomètres de la frontière avec la Haute Bavière. Lorsque la > plupart de ses plans ont été publiés, il était employé dans une fabrique de > meubles. Son job : le "contrôle qualité" en fin de chaîne de fabrication. > J'ai mis des guillemets car un estime qu'alors, moins de 3 % des produits > fabriqués en Tchécoslovaquie étaient d'une qualité suffisante pour être > exportables, je veux dire bien entendu exportables hors des pays du bloc > communiste, cela va de soi. > > Pavel, donc, avait un emploi (le terme est plus juste que celui de > "travail" ) de nuit, ce qui signifie en pratique, sans grand risque de me > tromper, qu'il dormait à l'usine et non pas chez lui. Ainsi il avait ses > journées entièrement libres pour un "deuxième emploi'" plus rémunérateur. > Là, je suis obligé de faire un aparté. Les Tchèques - contrairement aux > Allemands de l'Est, d'ailleurs - pouvaient recevoir assez facilement des > cadeaux de l'étranger, mais envoyer hors des frontières un produit fait chez > eux, même fait de leurs mains, risquait fort de les envoyer en prison, ce > qui fut fort près d'arriver, par exemple, à Stefan Gasparin (dont les > moteurs CO2, les moteurs électriques miniature et l'équipement RC associé > sont bien connus) lorsqu'il voulut donner un de ses moteurs à un modéliste > autrichien. > Heureusement, envoyer un plan (plié et sous enveloppe) par la poste était > beaucoup plus facile (un calque roulé n'aurait eu aucune chance de passer) > et c'est ainsi que Pavel Bosak eut l'idée de fournir en plans le plus grand > nombre de revues étrangères possible afin d'éméliorer son ordinaire et ses > fins de mois. > > Je n'ai pas besoin de vous expliquer que, vu sous cet angle, le rendement, > la productivité de ce deuxième emploi prenaient une toute autre importance > que ceux de l'emploi "officiel" ! > > Du coup, le programme de "travail" de Pavel était on ne peut plus simple : > il devait sortit un nouveau modèle chaque mois et en envoyer le plan, > reproduit en tirage Ozalid sur le matériel de son employeur, à une dizaine > de revues de par le monde. Pour le rendement, les plans était plutôt > simplistes et les structures à coups de grosses planches et de blocs, il > n'était question de faire de la dentelle mais d'aller vite. Pas de > raffinements et, quant au poids, fallait pas trop demander. Ca volait, bien > sûr, suffisait de mettre la puissance nécessaire, mais les qualités de vol > n'avaient rien à voir avec les modèles créés par des modélistes plus > "traditionnels" tels que Jaroslav Fara ou Jiri Cerny (dont des plans sont > disponibles sur le site http://archives.modelisme-electron-libre.fr/ ) par > exemple le très demandé biplan de voltige Satyr par Jiri Cerny ou le Bell > P-39 Airacobra de Jaroslav Fara. C'est pourquoi je ne met sur le site qu'un > nombre limité de plans de Pavel Bosak, ceux dont je sais qu'ils volent > réellement bien. > > Mais, me direz-vous, comment cette débauche de plans pouvait-elle profiter > à Pavel Bosak ? Vous imaginez bien qu'il ne pouvait pas recevoir d'argent en > contrepartie de ses plans. > Alors, comme je commence à fatiguer et que j'en ai marre d'écrire pour > maintenant, c'est ce que vous saurez au prochain épisode ainsi que la façon > dont il a construit sa propre maison dans un pays où la propriété > individuelle avait été abolie et où toutes les maisons et propriétés avaient > été nationalisées. > > *EPISODE 4 > *Comme tout le monde le sait, l'une des idées maîtresses de l' "idéal" > soviéto-marxiste-léniniste est l'abolition de la propriété individuelle. En > effet, aussitôt après le coup d'état de 1948 et la prise de pouvoir par les > communistes en Tchécoslovaquie, l'une des premières mesures fut la > confiscation de toutes les propriétés, terrains, usines, maisons etc. > Désormais tout appartenait à l'Etat, c'est-à-dire (du moins c'est ainsi que > c'était présenté) au peuple. Je vous ai déjà parlé des déboires de la > famille de Karel Matyas (les moteurs Mega), bien souvent les propriétaires > d'une petite maison restaient dans les lieux mais devenaient locataires et > devaient payer un loyer au "peuple" mais, si la maison était un peu grande, > elle était partagée et j'ai ainsi connu un modéliste dont la maison avait > été partagée entre quatre familles. > > Donc vous comprenez le principe : ce qui t'appartient ne t'appartient plus > mais appartient à tout le monde mais, c'est bien connu, tout le monde s'en > fout, les loyers étaient faibles et personne ne s'occupait de l'entretien et > c'est ainsi que toutes les maisons se sont progressivement dégradées > jusqu'à, bien souvent, devenir des ruines. > > Pourquoi je vous explique tout ça ? Parce qu'une fois que toutes les > propriétés eurent été saisies, rien n'empêchait le "brave" citoyen > tchécoslovaque d'acheter une maison et de devenir ainsi propriétaire privé. > Enfin, il s'agit de s'entendre sur le sens exact des termes. Un membre du > Parti bien placé pouvait acheter une villa ou même un château, mais en > pratique il était bien plus simple d'en avoir la jouissance sans rien avoir > à débourser. Quant au péquin moyen, il pouvait se procurer (je n'ai pas dit > "acheter", vous m'entendez bien) des briques, des pierres, des tôles et se > construire ainsi sa "maison" de campagne, la fameuse datcha des Russes, > qu'il ne faut surtout pas imaginer comme un beau châlet en bois tel qu'on en > voit souvent dans des illustrations genre catalogue publicitaire, mais qui > ressemblaient le plus souvent à des masures de bidonville telles qu'on en > voit en ce moment dans les images de Haïti. Après l'expulsion des Allemands > des Sudètes et la saisie de leurs biens par l'Etat, il a été ainsi possible > d'acheter les habitations les moins luxueuses et les moins intéressantes > pour l'Etat, c'est ainsi que le père de mon amie, médecin et aussi docteur > en pharmacie, après s'être vu déposséder de la belle maison à grand jardin > de Cacovice, dans la banlieue nord de Prague, ainsi que de sa pharmacie, a > pu acheter un petit châlet de montagne (sans eau ni électricité ni > chauffage) d'où avaient été expulsés les propriétaires germanophones. > > Vous voyez donc que l'abolition de la propriété individuelle se traduirait > plutôt par quelque chose du genre : "je te saisis ton bien qui ne > t'appartient plus ; maintenant tu as le droit de me l'acheter" . Je ne suis > pas sûr que cela soit conforme à la pensée de Marx... > > Décidément, de digression en digression, j'espère ne pas vous ennuyer en > vous disant les choses telles que je les connais et les ressens et qui > permettent d'expliquer des faits ou des comportements qui auraient peu de > sens autrement dont, par exemple, l'histoire de Pavel Bosak qui, depuis ses > plans de modèles construits à la va-vite, en est venu à organiser, depuis > que la République Tchèque est devenue un pays normal, une rencontre de jets > très réussie dénommée "Jets over Czech" mais là, j'anticipe beaucoup. Pour > l'instant je commence à fatiguer, alors vous aurez droit à un épisode 5, > c'est maintenant inéluctable. > > Guy R. > > > > Ce message entrant est certifié sans virus connu. > Analyse effectuée par AVG - www.avg.fr > Version: 9.0.730 / Base de données virale: 271.1.1/2636 - Date: 01/21/10 > 08:34:00 > > -- Hugo Vanhaverbeke
