At 09:31 23/01/2010, you wrote:
« Mais, me direz-vous, comment cette débauche de plans pouvait-elle profiter à Pavel Bosak ? »….
La suite par pitié !!!!

Salut,

J'y viens. On approche du but ;-)

Résumé des épisodes précédents:
Episode 1
Bon, je vous parlais des plans de Pavel Bosak. Si certains s'en souviennent, ces plans montraient souvent des sections de bois bizarres, par exemple de la planche de balsa de 7 mm et autres curiosités du même genre. La raison en est simple : c'est ce qui avait été disponible dans le magasin de modélisme le jour de la visite et c'était ça ou rien. Autre exemple, quand il y avait un arrivage de peinture (cellulosique), on achetait de la peinture, point. Ne parlez pas de choix de couleurs, il était exceptionnel qu'il y ait deux couleurs différentes, faut pas être exigeant à ce point ! Pendant plusieurs années, à Prague (ailleurs aussi dans le pays, mais je ne l'ai pas vu) les voitures dans les rues étaient toutes dépourvues d'essuie-glaces. En fait, quand quelqu'un utilisait sa voiture, il la quittait toujours en les prenant dans sa poche pour éviter qu'on les lui vole. Tout simplement parce qu'on ne pouvait pas en trouver du tout dans le pays. Et pas seulement des essuie-glaces, il y avait une pénurie de caoutchouc, quelle qu'en soit l'utilisation. Un jour, pendant que j'étais à Paris, un ami m'a demandé de lui envoyer du caoutchouc. J'ai peiné comme un malheureux pour acheter et lui envoyer du caoutchouc pour les avions de vol libre, ce qui était déjà difficile à trouver en France. La fois suivante que je suis allé chez lui, il m'a expliqué qu'il n'avait pas particulièrement besoin de ce caoutchouc (il ne faisait pas de vol libre), mais que, comme n'importe quelle forme de caoutchouc manquait, ça pouvait toujours servir et il pouvait toujours l'échanger contre quelque chose de plus utile pour lui.

Ca, c'était la situation générale et habituelle dans tous les pays de l'Est et la Tchécoslovaquie était en quelque sorte un pays privilégié dans la mesure où il ne manquait presque rien en comparaison avec les autres pays voisins comme la Pologne ou la Hongrie, sans même parler de l'URSS.

Bon, cette petite introduction pour vous faire comprendre, même sommairement, ce qu'était la vie là-bas, je ne m'éloigne pas, quoi qu'on pourrait croire, du sujet de Pavel Bosak mais là, je vais reprendre ma respiration avant de continuer dans le prochain message, à moins que ça vous ennuie parce que c'est du modélisme, mais vu tout de même sous un angle beaucoup plus général que d'habitude.

Episode 2
Un petit aparté puisqu'il est question sur la liste de Mega (Karel Matyas). Ce dernier, ingénieur de haut niveau, travaillait sur les systèmes électriques auxiliaires des avions militaires tchéslovaques. Modéliste, s'étant retrouvé sans emploi après la révolution de 1989 il s'est tout naturellement orienté vers la production de moteurs électriques pour le modélisme. J'ai dans ma collection l'un de ses premiers prototypes qu'il m'avait demandé de tester. Sa famille avait une petite entreprise de mécanique de production (un peu comme les ateliers familiaux de mécanique dans les Vosges et en Suisse) dans la montagne à quelques centaines de mètres de ce qui est maintenant la frontière slovaque, ils produisaient tout particulièrement des injecteurs de haute précision pour l'industrie cosmétique. En 1948, au moment de la prise de pouvoir par les communistes, la société était dirigée par le père et l'oncle de Karel Matyas. Du jour au lendemain, ils sont devenus de dangereux capitalistes, ennemis du peuple, du prolétariat ouvrier et de la révolution communiste. L'entreprise a bien entendu été nationalisée et, des deux associés, l'un a été envoyé en prison où il a passé 11 ans, l'autre a été "rééduqué' en passant 9 ans dans les mines d'uranium de Jachymov. Après 1989 l'état a restitué à Karel Matyas ce qui avait ainsi été confisqué, maison et ateliers qui n'étaient que des ruines. Sans argent, il a entrepris de reconstruire de ses mains, pierre après pierre, la maison et les bâtiments, ça lui a pris quinze ans et, maintenant, il a les moyens financiers de se faire aider pour terminer. Il ne produit d'ailleurs pas que des moteurs de modélisme, ne manquant ni d'imagination, ni d'esprit d'entreprise il est aussi bien sous-traitant d'EADS que fabricant d'outils surprenants, comme par exemple des appareils électrique à tatouer qui sont très utilisés dans les réunions de bikers.

Donc, comme vous l'avez compris, la propriété individuelle ayant été abolie et les entreprises ayant été nationalisées, ceux qui voulaient améliorer leur ordinaire n'avaient que deux solutions: travailler dans les métiers qui payaient bien ou, ce qu'avait choisi Pavel Bosak, avoir une deuxième activité plus discrète et mieux rémunérée. Quant aux métiers qui payaient bien, suivant le dogme communiste c'étaient par exemple les mineurs, qui étaient payés dans les années 60 10000 couronnes par mois alors qu'un ingénieur ou un professeur d'université plafonnaient à 1500 ou 1800 couronnes. Etrange logique de la lutte des classes.

Bon, je reprend mon souffle et je reviens.

Episode 3
Pavel Bosak, puisque c'est de lui qu'il s'agit, habite toujours Klatovy, une petite ville calme à une trentaine de kilomètres de Pilsen et une quinzaine de kilomètres de la frontière avec la Haute Bavière. Lorsque la plupart de ses plans ont été publiés, il était employé dans une fabrique de meubles. Son job : le "contrôle qualité" en fin de chaîne de fabrication. J'ai mis des guillemets car un estime qu'alors, moins de 3 % des produits fabriqués en Tchécoslovaquie étaient d'une qualité suffisante pour être exportables, je veux dire bien entendu exportables hors des pays du bloc communiste, cela va de soi.

Pavel, donc, avait un emploi (le terme est plus juste que celui de "travail" ) de nuit, ce qui signifie en pratique, sans grand risque de me tromper, qu'il dormait à l'usine et non pas chez lui. Ainsi il avait ses journées entièrement libres pour un "deuxième emploi'" plus rémunérateur. Là, je suis obligé de faire un aparté. Les Tchèques - contrairement aux Allemands de l'Est, d'ailleurs - pouvaient recevoir assez facilement des cadeaux de l'étranger, mais envoyer hors des frontières un produit fait chez eux, même fait de leurs mains, risquait fort de les envoyer en prison, ce qui fut fort près d'arriver, par exemple, à Stefan Gasparin (dont les moteurs CO2, les moteurs électriques miniature et l'équipement RC associé sont bien connus) lorsqu'il voulut donner un de ses moteurs à un modéliste autrichien. Heureusement, envoyer un plan (plié et sous enveloppe) par la poste était beaucoup plus facile (un calque roulé n'aurait eu aucune chance de passer) et c'est ainsi que Pavel Bosak eut l'idée de fournir en plans le plus grand nombre de revues étrangères possible afin d'éméliorer son ordinaire et ses fins de mois.

Je n'ai pas besoin de vous expliquer que, vu sous cet angle, le rendement, la productivité de ce deuxième emploi prenaient une toute autre importance que ceux de l'emploi "officiel" !

Du coup, le programme de "travail" de Pavel était on ne peut plus simple : il devait sortit un nouveau modèle chaque mois et en envoyer le plan, reproduit en tirage Ozalid sur le matériel de son employeur, à une dizaine de revues de par le monde. Pour le rendement, les plans était plutôt simplistes et les structures à coups de grosses planches et de blocs, il n'était question de faire de la dentelle mais d'aller vite. Pas de raffinements et, quant au poids, fallait pas trop demander. Ca volait, bien sûr, suffisait de mettre la puissance nécessaire, mais les qualités de vol n'avaient rien à voir avec les modèles créés par des modélistes plus "traditionnels" tels que Jaroslav Fara ou Jiri Cerny (dont des plans sont disponibles sur le site http://archives.modelisme-electron-libre.fr/ ) par exemple le très demandé biplan de voltige Satyr par Jiri Cerny ou le Bell P-39 Airacobra de Jaroslav Fara. C'est pourquoi je ne met sur le site qu'un nombre limité de plans de Pavel Bosak, ceux dont je sais qu'ils volent réellement bien.

Mais, me direz-vous, comment cette débauche de plans pouvait-elle profiter à Pavel Bosak ? Vous imaginez bien qu'il ne pouvait pas recevoir d'argent en contrepartie de ses plans. Alors, comme je commence à fatiguer et que j'en ai marre d'écrire pour maintenant, c'est ce que vous saurez au prochain épisode ainsi que la façon dont il a construit sa propre maison dans un pays où la propriété individuelle avait été abolie et où toutes les maisons et propriétés avaient été nationalisées.

Episode 4
Comme tout le monde le sait, l'une des idées maîtresses de l' "idéal" soviéto-marxiste-léniniste est l'abolition de la propriété individuelle. En effet, aussitôt après le coup d'état de 1948 et la prise de pouvoir par les communistes en Tchécoslovaquie, l'une des premières mesures fut la confiscation de toutes les propriétés, terrains, usines, maisons etc. Désormais tout appartenait à l'Etat, c'est-à-dire (du moins c'est ainsi que c'était présenté) au peuple. Je vous ai déjà parlé des déboires de la famille de Karel Matyas (les moteurs Mega), bien souvent les propriétaires d'une petite maison restaient dans les lieux mais devenaient locataires et devaient payer un loyer au "peuple" mais, si la maison était un peu grande, elle était partagée et j'ai ainsi connu un modéliste dont la maison avait été partagée entre quatre familles.

Donc vous comprenez le principe : ce qui t'appartient ne t'appartient plus mais appartient à tout le monde mais, c'est bien connu, tout le monde s'en fout, les loyers étaient faibles et personne ne s'occupait de l'entretien et c'est ainsi que toutes les maisons se sont progressivement dégradées jusqu'à, bien souvent, devenir des ruines.

Pourquoi je vous explique tout ça ? Parce qu'une fois que toutes les propriétés eurent été saisies, rien n'empêchait le "brave" citoyen tchécoslovaque d'acheter une maison et de devenir ainsi propriétaire privé. Enfin, il s'agit de s'entendre sur le sens exact des termes. Un membre du Parti bien placé pouvait acheter une villa ou même un château, mais en pratique il était bien plus simple d'en avoir la jouissance sans rien avoir à débourser. Quant au péquin moyen, il pouvait se procurer (je n'ai pas dit "acheter", vous m'entendez bien) des briques, des pierres, des tôles et se construire ainsi sa "maison" de campagne, la fameuse datcha des Russes, qu'il ne faut surtout pas imaginer comme un beau châlet en bois tel qu'on en voit souvent dans des illustrations genre catalogue publicitaire, mais qui ressemblaient le plus souvent à des masures de bidonville telles qu'on en voit en ce moment dans les images de Haïti. Après l'expulsion des Allemands des Sudètes et la saisie de leurs biens par l'Etat, il a été ainsi possible d'acheter les habitations les moins luxueuses et les moins intéressantes pour l'Etat, c'est ainsi que le père de mon amie, médecin et aussi docteur en pharmacie, après s'être vu déposséder de la belle maison à grand jardin de Cacovice, dans la banlieue nord de Prague, ainsi que de sa pharmacie, a pu acheter un petit châlet de montagne (sans eau ni électricité ni chauffage) d'où avaient été expulsés les propriétaires germanophones.

Vous voyez donc que l'abolition de la propriété individuelle se traduirait plutôt par quelque chose du genre : "je te saisis ton bien qui ne t'appartient plus ; maintenant tu as le droit de me l'acheter" . Je ne suis pas sûr que cela soit conforme à la pensée de Marx...

Episode 5
Maintenant le décor est planté, pour ainsi dire.Je vais just ajouter quelques petits détails. La Tchécoslovaquie était alors le seul pays du bloc de l'Est où la radiocommande était, sinon développée, du moins existante, c'était rare et coûteux et le matériel de l'époque, de fabrication locale, de fiabilité "incertaine". Les ensembles radio étaient alors alimentés par des piles - des piles salines, vous savez, celles qui durent moins longtemps que les Duracell qui sont des alcalines, si bien que la publicité est à la limite de la tromperie caractérisée - et je vous assure que ces piles n'auraient jamais pu être vendues en France, même dans un circuit forain. Autrement dit, la radiocommande était coûteuse, peu fiable et très peu répandue. Pavel Bosak, avec ses maquettes de Jaguar pi de Mirage, était donc une exception marquante.

Pour faire comprendre, j'étais un été parti en camping avec tout un groupe d'amis modélistes tchèques à Kozarovice, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Prague, je ne me souviens pas l'année mais c'était très exactement au moment où les astronautes américains étaient pour la première fois en route vers la lune, un événement dont, bien entendu, il n'était nullement question dans les journaux ni à la télévision tchèque, là-bas personne n'était au courant. Dans les collines de Kozarovice il y a des formations géologiques fort curieuses qui ont créé tout un tas de trous (pas le type à MicRolax ni à Silvain) remplis d'eau, au milieu de rochers arrondis, bref presque un paysage lunaire. Chacun était venu avec des modèles, presque tous de vol libre bien entendu, l'ami Otakar, qui était alors le rédacteur en chef de la revue d'aviation L+K ( "aviation et astronautique" ) avait même un tout petit hydravion de vol libre, monoflotteur, propulsé par la copie tchèque du moteur Jetex 50 et qu'il faisait décoller de l'eau. Pendant la journée, nous faisions voler nos planeurs et nos avions, j'avais pour ma part un planrut Dandy de Graupner équipé d'une radio Varioprop (Graupner, pour ceux qui ne connaissent pas) et un avion Westerly Svenson qui me servait aussi à faire de l'écolage, équipé, lui, d'une radio 6 voies Controlaire que j'avais montée en kit, c'était ma première expérience de réalisation des amplis de servo entièrement à transistors (11 transistors, si ma mémoire est bonne) sur une toute petite platine, puisque les circuits intégrés n'existaient pas. C'est ainsi que l'ai eu l'occasion de faire faire de la double commande à un peu tout le monde, en contrepartie j'ai eu l'honneur de me voir mettre entre les mains l'émetteur de l'un des deux seuls modèles RC en-dehors des miens, un petit avion d'environ 1 m d'envergure avec un moteur MVVS bien hurlant dans le nez et en monocommande tout ou rien, c'est-à-dire qu'il n'y avait sur le boîtier de l'émetteur qu'un seul bouton poussoir qui permettait de commander un échappement. Une pression sur le bouton et le gouvernail allait à gauche, une autre pression et il revenait au neutre, une autre et il allait à droite et ainsi de suite. Je n'avais jamais piloté en monocommande mais, comme j'avais bien suivi ce qui était publié sur le sujet des années auparavant, je m'en suis plutôt bien sorti, réussissant même boucles et tonneaux (oui, avec seulement la gouverne de direction qu'on ne pouvait même pas doser) et j'ai fini en posant l'avion juste à mes pieds, ce qui a beaucoup impressionné (et moi aussi d'ailleurs :-) ).

Voilà donc qui explique que les avions de Pavel Bosak ne correspondaient pas du tout à la pratique habituelle dans son pays à ce moment et qu'il était plutôt regardé de travers, ce dont d'ailleurs il ne se souciait visiblement pas.

A Kozarovice les journées se passaient donc à faire voler des "petits avions", pour le soir nous descendions jusqu'au village voisin avec des seaux (vides) que nous allions faire remplir au bistrot du village qui brassait sa propre bière, ce qui était encore courant à l'époque. Une fois remontés au "camp" nous allumions un feu de bois, confectionnions une broche avec quelques bouts de bois, embrochions deux ou trois poulets et la nuit était déjà bien entamée lorsque, repus et passablement imbibés, nous faisions une dizaine de mètres afin de satisfaire au rite du bain de minuit.

EPISODE 6
Ce que vous ne savez certainement pas, c'est que si Pavel Bosak vendait des plans aux revues étrangères, ce n'était pas le cas pour la revue tchécoslovaque alors que c'était pourtant bien payé en regard des salaires d'alors. J'ai d'ailleurs été l'un des seuls Occidentaux - sinon le seul - à être payés par l'organisme paramilitaire éditeur de la revue et, par ailleurs, chapeautant la quasi-totalité des sports et activités de loisirs en Tchécoslovaquie, pour mes articles publiés dans cette revue Modelar. Le problème pour Pavel Bosak, double d'ailleurs, c'est qie, si ça permettait à certains auteurs de vivre assez confortablement, ça n'atteignait pas le niveau auquel il aspirait. Surtout, la revue était loin d'accepter tout ce qu'on lui proposait, la qualité technique des articles était remarquable (elle l'est toujours pour la revue (RC Revue) qui en a en quelque sorte pris la succession) et les plans étaient d'un tout autre niveau de qualité que ce que faisait Pavel Bosak qui donnait plus dans la production de bas de gamme et en grande série que dans le "fait main" artisanal. Pour vous en convaincre, regardez la plupart des plans d'origine tchèque disponible sur le site, dont beaucoup d'ailleurs, parmi les actuels, sont repris dans la revue allemande FMT.

Quand Pavel Bosak envoyait un plan à l'étranger, il demandait en échange, non pas à être payé (il n'aurait pas pu recevoir l'argent et aurait plutôt risqué de se retrouver en prison) mais à recevoir du matériel, en particulier des moteurs ou du matériel radio. Là, j'en suis désolé (seulement un peu), je vais devoir expliquer la situation. Le matériel étranger, de quelque nature qu'il soit, n'était pas disponible en Tchécoslovaquie, sauf en des circonstances très particulières et exceptionnelles, mais tout ce qui venait de l'étranger occidental était très recherché et s'achetait sous le manteau, pourrait-on dire, à prix d'or. J'ai eu l'occasion de le dire, il existait en Tchécoslovaquie des magasins d'état sous la marque "TUZEX", en principe réservés aux touristes étrangers, où l'on trouvait des produits occidentaux, majoritairement des produits de luxe ou que les Tchécoslovaques croyaient être du luxe et où on ne pouvait payer qu'en devises ou en "couronnes TUZEX", une sorte de monnaie exclusive que, seuls, les étrangers pouvaient se procurer à un taux de change plus favorable que le cours "officiel" on ne peut plus virtuel. Le meilleur cadeau qu'un étranger pouvait faire à un Tchécoslovaque, c'était de lui offrire de ces couronnes TUZEX grâce auxquelles l'inaccessible devenait possible.

Par exemple, alors que les produits d'alimentation n'ont jamais manqué, même s'il ne s'agissait bien souvent que de conserves de mauvaise qualité, les produits manufacturés, eux, étaient rares. J'ai déjà expliqué qu'une pénurie de caoutchouc, sous toutes ses formes, avait duré plusieursannées, la peinture, la colle, le balsa étaient approvisionnés très irrégulièrement mais le plus grave, pour beaucoup de personnes, c'est que les magasins de jouets étaient désespérément vides tout au long de l'année, puis étaient subitement garnis quelques jours avant Noêl, se retrouvaient vidés dès le lendemain et c'est en de telles occasions qu'on pouvait voir des files d'attente (là, j'ai évité le piège que n'aurait pas manqué de me tendre le spécialiste es trous nommé Silvain) interminables qui commençaient à se former quelques heures avant l'approvisionnement (le téléphone arabe fonctionnait très bien) et subsistaient jusqu'à épuisement complet du nouveau stock.

Il se trouve que le gouvernement tchécoslovaque importait régulièrement, chaque année, un stock de radiocommandes 2-voies, généralement des Acoms fabriquées en Thaïlande. Le stock en question, c'étaient mille pièces (certaines années c'est monté jusqu'à 1500) pour tout le pays et disponibles, comme tous les produits d'importation, exclusivement dans les magasins TUZEX. Pour les modélistes, vous pensez bien qu'obtenir une de ces radios était un rêve qu'ils étaient prêts à payer très cher, c'est-à-dire obtenir suffisamment de ces couronnes TUZEX et ce n'était pas une mince affaire puisque la moindre de ces radios 2 voies d'assez bas de gamme (on trouvait ces radios, chez nous, plus dans les circuits du jouet que dans ceux du modélisme) coùutait largement plus d'un mois de salaire. Petite note explicative ici: on gagnait peu d'argent mais, comme il n'y avait rien à acheter et que tout ce qui ne relevait pas du strict essentiel était hors de prix, tout le monde avait des économies, on arrivait même souvent à mettre de côté près du tiers de son salaire mensuel afin de pouvoir acheter, au bout de quelques années, le fauteuil ou l'armoire dont on rêvait.

D'ailleurs, pour vous en donner une idée, lors d'une compétition de F3B que j'étais allé disputer à Poprad (maintenant en Slovaquie) en 1975, j'ai échangé un moteur MVVS de course de 10 cm3, qui est maintenant dans ma collection, contre un rouleau de Solarfilm et je vous assure que, si j'étais content de l'échange, l'ancien propriétaire du moteur n'était pas moins satisfait et j'aurais pu ainsi échanger bien d'autres choses si j'avais eu plus de film.

Voilà. Tout cela doit pouvoir vous faire comprendre que le moindre objet de modélisme venant du monde occidental pouvait valoir beaucoup, beaucoup d'argent. Ce qu'en faisait Pavel Bosak, c'est ce que vous saurez au prochain épisode ;-)

Guy R.

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