JF Germain
urgence Hôpital Haut-Richelieu
Pierre Bourassa wrote:
Pourquoi aller travailler en
salle d'urgence, où vous aurez le plaisir de:voir des malades plus malades qu'en clinique sans rendez-vous
voir des malades à un prix inférieur qu'en clinique sans rendez-vous
(50% de revenu de plus en clinique, ex: patient avec grippe, examen
complet 21.00$ urgence, 31.40$ en bureau)
voir moins de malades qu'en cliniques sans rendez-vous (forcément, ils
sont plus malades à l'urgence) donc faire un salaire encore plus
ridicule
voir des malades écoeurer d'attendre les 2, 4, 8 heures, qui sacrent,
crients, méprisent tout l'entourage, ou sont simplement saouls, gelés
ben durs et veulent vous frapper
travailler 2 à 3 fins de semaine tout les mois, de nuit jusqu'à 33% du temps
travailler les jours fériés, alors que tout le monde est en congé,
spécialement en bureau (où l'on laisse le message sur le répondeur... si
vous avez un problème, rendez vous à l'urgence immédiatement!!!!!!).
travailler dans des locaux bondés de malades, mal ventilé sur
climatisés/sous chauffés où vous ne pouver pas vous entendre parler.
travailler avec de l'équipement désuet, rafistolé qu'on ne peut pas
changé (pas de $$$ dans le budget, fais une demande... on l'étudiera)
participer à d'interminables réunions (les médecins qui y participent le
font bénévolement, mais bien entendu les infirmières, gestionnaires,
secrétaires... sont tous payés) où l'on discute toujours des mêmes
choses (manque de çi, manque de ça, ça prendrait de l'argent mais il n'y
en a/aura pas/jamais) car on ne solutionne rien, on ne fait que des
comités, des rapports, de nouveaux comités, encore d'autres rapports.Travailler en salle d'urgence demande des connaissances précises à date,
la maîtrise de techniques compliqués, des nerfs d'acier, une patience
infinie, une santé de fer et un contexte familial qui est très
élastique. Tout cela pour 10$ (examen ordinaire, ex: entorse de
cheville, plaie, contusion, infection d'un oeil, etc) à 21$ (examen
complet, ex: grippe, angine/infarctus, perte de conscience, douleur
abdominale, appendicite, etc). Pas étonnant qu'il y aille un
"glissement de pratique" vers le bureau, plus de cas, plus facile, plus
payant, meilleur horaire, meilleure conditions de travail, meilleur
environnement, et pas de loi qui te force a y travailler, j'embarque!!
Donc oui les $$$ y sont pour quelque chose. Est-ce la seule chose: non, est-ce la principale chose: non, mais ça compte .
Pierre Bourassa
urgentologue
CHVO Gatineau (oui l'hôpital qui a reçu tous les patients de Hull depuis
la mi-août)
PS Quelle est la différence entre une danseuse et un urgentologue? L'uregtologue lui le déclare aux impots!!!!
Catherine Bich wrote:
Ouais...sauf que faut être réaliste,Michel.Les conditions ne changeront pas de sitôt...et tu es encore là,non? Et moi aussi.Et plusieurs autres qui sont sur cette liste et qui restent à l'urgence année après année parce qu'envers et contre tout c'est la pratique qu'ils privilégient. C'est pas juste une question de dollars,peu s'en faut.Mais c'est aussi une question de dollars. Parce que la plupart des médecins savent compter et se rendent bien compte que le rapport "responsabilité/rémunération" n'est pas partout le même... Et l'urgence n'est pas le seul endroit où le bât blesse à ce chapitre.Le travail à l'hospitalisation et aux soins intensifs ne sont pas le pérou non plus...Partout le même problème:la notion de complexité et de responsabilité est évacuée de la rémunération.Ne compte que le type d'examen. Les seuls qui s'en tirent assez bien au chapitre de l'hospitalisation sont les médecins qui travaillent dans des CH à faible volume et qui sont payés à forfait pour l'ensemble de leurs activités cliniques au sein de l'établissement.Pareil pour les urgences à faible débit où les gardes de 14,16 ou 24h00 sont possibles et permettent une rémunération fort acceptable pour un volume de patients passablement faible.Loin de moi l'idée de décrier cela:ces médecins-là pratiquent en région éloignée et sont le plus souvent seuls et sans support...Ca mérite compensation.Mais on se retrouve maintenant devant un drôle de paradoxe où les urgences urbaines risquent de se voir désertées à cause justement des effroyables conditions de travail qui y prévalent. Bref,conditions de travail et rémunération.Je pense qu'il y a du travail à faire aux deux chapitres. C.----- Original Message -----From: Michael GarnerSent: Thursday, October 10, 2002 12:36 AMSubject: URG-L: Regardez si c'est fin...le 10/09/02 14:46, Pierre Bareil à [EMAIL PROTECTED] a écrit :> Il faudrait plutot viser a ameliorer les conditions de pratique plutot que
> de viser juste une augmentation de $. Pour ma part, c'est pas une question
> de $ qui va faire changer mon cap!
....
> J'aimerais mieux gagner le meme salaire dans des conditions détendues que
> 15% d'augmentation au Vietnam.très juste, à mon humble avis.
A quoi sert gagner bcp de dollars, si les conditions de travail vont vous tuer, à plus ou moiuns brève échéance, de toutes façons ?
A rien.
Je suis désolé du fait que le débat semble désormais tourner autour des dollars. Je crois que le problème fondamental sont les conditions de travail.
Si des dollars plus nombreux sont justifiés, et attireraient peut-être plus de médecins, du moins pour l'urgence ambulatoire, les conditions actuelles feront que les gens voudront y demeurer ni ne pourront y survivre.
Dommage que le débat se centre sur les dollars. A mon sens il devrait se centrer d'abbord et avant tout sur les conditions ABERRANTES DE TRAVAIL, qui, je dois l'avouer avec beaucoup de peine, ne s'améliorent pas du tout malgré les forumes, les comités ministériels, etc, en partie par manque de ressources humaines et matérielles, mais largement, par manque de volonté réelle des CH, dont les intérêts sont souvent tout autres que l'urgence, et c'est quand ils ne se servent pas (encore entendu hier chez nous) de l'urgence comme bouchon-tampon pour empêcher l'accès à l'hôpital.
Ce serait l'occasion rêvée d'exiger des corriger les conditions de travail dans les urgences, pour contribuer largement à la solution au manque d'effectifs.
Proposition: si l'on veut proclamer que les urgences sont une priorité pour les hôpitaux (on a exigé que tous les CA le déclarent officiellement, et en fassent une résolution formelle), demandons d'établir le nombre d'admissions requises de l'urgence par jour, pour chaque CH, selon ses particularités (bassin de desserte, vocations, achalandage, missions régionales et supra-régionales. etc...), et exigeons que les CH les respectent, tout simplement.
Ceci me paraît être la seule façon de forcer les gens à trouver des solutions internes, et implanter des changements réels.
Tour le reste n'est que de la poudre aux yeux, des exercices pour démontrer que le but est inatteignable, ou que l'on a "tout" fait, mais que, malheureusement, ça nous fait bcp de peine, mais l'urgence devra demeurer débordée et infernale.Plus de dollars ? Oui, ça fait partie de ce qui pourrait aider, mais, à moyen-long terme, il faut normaliser les conditions de pratique de notre métier. Si non, nous ne serons plus là dans 2 ans, 5an, 10 ans, et rien n'aura changé
Michel Garner
Sacré-Coeur
Montréal
