Pourquoi aller travailler en
salle d'urgence, où vous aurez le plaisir de:
voir des malades plus malades qu'en clinique sans rendez-vous
voir des malades à un prix inférieur qu'en clinique sans
rendez-vous
(50% de revenu de plus en clinique, ex: patient avec grippe,
examen
complet 21.00$ urgence, 31.40$ en bureau)
voir moins de malades qu'en cliniques sans rendez-vous (forcément,
ils
sont plus malades à l'urgence) donc faire un salaire encore
plus
ridicule
voir des malades écoeurer d'attendre les 2, 4, 8 heures, qui
sacrent,
crients, méprisent tout l'entourage, ou sont simplement saouls,
gelés
ben durs et veulent vous frapper
travailler 2 à 3 fins de semaine tout les mois, de nuit jusqu'à
33% du temps
travailler les jours fériés, alors que tout le monde
est en congé,
spécialement en bureau (où l'on laisse le message sur
le répondeur... si
vous avez un problème, rendez vous à l'urgence immédiatement!!!!!!).
travailler dans des locaux bondés de malades, mal ventilé
sur
climatisés/sous chauffés où vous ne pouver pas
vous entendre parler.
travailler avec de l'équipement désuet, rafistolé
qu'on ne peut pas
changé (pas de $$$ dans le budget, fais une demande... on l'étudiera)
participer à d'interminables réunions (les médecins
qui y participent le
font bénévolement, mais bien entendu les infirmières,
gestionnaires,
secrétaires... sont tous payés) où l'on discute
toujours des mêmes
choses (manque de çi, manque de ça, ça prendrait
de l'argent mais il n'y
en a/aura pas/jamais) car on ne solutionne rien, on ne fait que des
comités, des rapports, de nouveaux comités, encore d'autres
rapports.
Travailler en salle d'urgence demande des connaissances précises
à date,
la maîtrise de techniques compliqués, des nerfs d'acier,
une patience
infinie, une santé de fer et un contexte familial qui est très
élastique. Tout cela pour 10$ (examen ordinaire, ex: entorse
de
cheville, plaie, contusion, infection d'un oeil, etc) à 21$
(examen
complet, ex: grippe, angine/infarctus, perte de conscience, douleur
abdominale, appendicite, etc). Pas étonnant qu'il y aille
un
"glissement de pratique" vers le bureau, plus de cas, plus facile,
plus
payant, meilleur horaire, meilleure conditions de travail, meilleur
environnement, et pas de loi qui te force a y travailler, j'embarque!!
Donc oui les $$$ y sont pour quelque chose. Est-ce la seule
chose: non, est-ce la principale chose: non, mais ça compte .
Pierre Bourassa
urgentologue
CHVO Gatineau (oui l'hôpital qui a reçu tous les patients
de Hull depuis
la mi-août)
PS Quelle est la différence entre une danseuse et un urgentologue?
L'uregtologue lui le déclare aux impots!!!!
Catherine Bich wrote:
Ouais...sauf que
faut être réaliste,Michel.Les conditions ne changeront pas
de sitôt...et tu es encore là,non? Et
moi aussi.Et plusieurs autres qui sont sur cette liste et qui restent à
l'urgence année après année parce qu'envers et contre
tout c'est la pratique qu'ils privilégient. C'est
pas juste une question de dollars,peu s'en faut.Mais c'est aussi une
question de dollars. Parce que la plupart
des médecins savent compter et se rendent bien compte que le rapport
"responsabilité/rémunération" n'est pas partout le
même... Et l'urgence n'est pas le
seul endroit où le bât blesse à ce chapitre.Le travail
à l'hospitalisation et aux soins intensifs ne sont pas le pérou
non plus...Partout le même problème:la notion de complexité
et de responsabilité est évacuée de la rémunération.Ne
compte que le type d'examen. Les seuls qui
s'en tirent assez bien au chapitre de l'hospitalisation sont les médecins
qui travaillent dans des CH à faible volume et qui sont payés
à forfait pour l'ensemble de leurs activités cliniques au
sein de l'établissement.Pareil pour les urgences à faible
débit où les gardes de 14,16 ou 24h00 sont possibles et permettent
une rémunération fort acceptable pour un volume de patients
passablement faible.Loin de moi l'idée de décrier cela:ces
médecins-là pratiquent en région éloignée
et sont le plus souvent seuls et sans support...Ca mérite compensation.Mais
on se retrouve maintenant devant un drôle de paradoxe où les
urgences urbaines risquent de se voir désertées à
cause justement des effroyables conditions de travail qui y prévalent. Bref,conditions
de travail et rémunération.Je pense qu'il y
a du travail à faire aux deux chapitres. C.
----- Original Message -----
Sent: Thursday, October 10, 2002 12:36
AM
Subject: URG-L: Regardez si c'est
fin...
le 10/09/02 14:46, Pierre Bareil à [EMAIL PROTECTED]
a écrit :
> Il faudrait plutot viser a ameliorer les conditions de pratique plutot
que
> de viser juste une augmentation de $. Pour ma part, c'est pas
une question
> de $ qui va faire changer mon cap!
....
> J'aimerais mieux gagner le meme salaire dans des conditions détendues
que
> 15% d'augmentation au Vietnam.
très juste, à mon humble avis.
A quoi sert gagner bcp de dollars, si les conditions de travail vont
vous tuer, à plus ou moiuns brève échéance,
de toutes façons ?
A rien.
Je suis désolé du fait que le débat semble désormais
tourner autour des dollars. Je crois que le problème fondamental
sont les conditions de travail.
Si des dollars plus nombreux sont justifiés, et attireraient
peut-être plus de médecins, du moins pour l'urgence ambulatoire,
les conditions actuelles feront que les gens voudront y demeurer ni ne
pourront y survivre.
Dommage que le débat se centre sur les dollars. A mon sens il
devrait se centrer d'abbord et avant tout sur les conditions ABERRANTES
DE TRAVAIL, qui, je dois l'avouer avec beaucoup de peine, ne s'améliorent
pas du tout malgré les forumes, les comités ministériels,
etc, en partie par manque de ressources humaines et matérielles,
mais largement, par manque de volonté réelle des CH, dont
les intérêts sont souvent tout autres que l'urgence, et c'est
quand ils ne se servent pas (encore entendu hier chez nous) de l'urgence
comme bouchon-tampon pour empêcher l'accès à l'hôpital.
Ce serait l'occasion rêvée d'exiger des corriger les conditions
de travail dans les urgences, pour contribuer largement à la solution
au manque d'effectifs.
Proposition: si l'on veut proclamer que les urgences sont une priorité
pour les hôpitaux (on a exigé que tous les CA le déclarent
officiellement, et en fassent une résolution formelle), demandons
d'établir le nombre d'admissions requises de l'urgence par
jour, pour chaque CH, selon ses particularités (bassin de
desserte, vocations, achalandage, missions régionales et supra-régionales.
etc...), et exigeons que les CH les respectent, tout simplement.
Ceci me paraît être la seule façon de forcer les
gens à trouver des solutions internes, et implanter des changements
réels.
Tour le reste n'est que de la poudre aux yeux, des exercices pour démontrer
que le but est inatteignable, ou que l'on a "tout" fait, mais que, malheureusement,
ça nous fait bcp de peine, mais l'urgence devra demeurer débordée
et infernale.
Plus de dollars ? Oui, ça fait partie de ce qui pourrait aider,
mais, à moyen-long terme, il faut normaliser les conditions de pratique
de notre métier. Si non, nous ne serons plus là dans 2 ans,
5an, 10 ans, et rien n'aura changé
Michel Garner
Sacré-Coeur
Montréal
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