En ce soir de calme momentan�, je vais me permettre de faire mon taon. Depuis quelques temps, des �changes ont lieu sur la liste concernant le plan de travail et le degr� de guidance de l’enseignant par l’interm�diaire de cet outil.
Je tiens tout d’abord � dire que j’ignore encore si la diff�rence de repr�sentations dont je vais traiter est due ou pas au public que nous accueillons dans les �coles situ�s en ZEP ou assimil�es. Les r�actions de certains colistiers devraient compl�ter mon propos.
Je m’interroge en effet pas mal sur cette � mode � qui tend � faire dispara�tre de la structure de nos classes la plupart des situations de coercition, tout du moins, � travers ce que je per�ois de certains �crits. Il a r�cemment �t� question de disparition de la distribution de parole lors des conseils/r�unions, de la mise en doute des exigences inh�rentes � l’existence d’un plan de travail dans une classe, aux soi-disant ing�rences de l’enseignant qui contraint un enfant � orienter son activit� d’�l�ve vers tel ou tel travail.
Trois r�flexions personnelles � ce sujet :
- il me semble que nous touchons ici une des d�rives p�dagogiques concernant tout acte scolaire si l’on part du principe que celui-ci correspond � la recherche d’un �quilibre entre d’une part la fonction domestiquante de l’�cole, celle qui conduit l’enfant d’homme � devenir progressivement humain et citoyen, ce qui correspond au processus d’acculturation, et d’autre part sa fonction �mancipatrice qui le pousse � exercer sa libert� de personne au sens Rousseauiste du terme. Je pense en effet que s’appuyer principalement sur le d�sir de l’enfant, ses attirances premi�res tout en mettant au second plan les dol�ances soci�tales tend � renier voire � n�gliger ce qui est de l’ordre de l’acceptation de la soci�t�, de ses contraintes, de son histoire et de sa culture. Ce n’est pas tant par souci du devenir de la cit� que je m’interroge ici mais plut�t au sujet du devenir de l’enfant lui-m�me qui ne pourra �chapper � sa future condition d’adulte avec tout ce que cela implique de compromis � faire dans l’acte citoyen. Il me semble que notre m�tier consiste � permettre aux enfants que nous croisons de percevoir toute l’�tendue et la richesse de leurs potentialit�s cr�atrices de personne sans oublier de les aider � accepter comme utopiques la toute-puissance et l’autocentrisme.
- Je consid�re la distribution de la parole lors des r�unions comme �tant l’un des ma�tres-mots de la pr�sidence de s�ance. En ce sens, il s’agit d’une � institution � � part enti�re telle qu’elle a �t� d�finie par les pionniers de la PI. Je ne me soucie gu�re du caract�re rigoriste que ces institutions peuvent v�hiculer simplement parce que leur intention est ailleurs. OURY insistait souvent pour dire que la premi�re et principale vis�e de toute institution �tait son potentiel de caducit�, c’est � dire sa disparition une fois sa fonction accomplie. Donc, s’il se trouve que dans un groupe la parole peut �tre partag�e sans qu’elle soit sous l’influence des plus grands parleurs, des plus forts ou des plus charismatiques, le fait que le pr�sident la distribue devient en effet superflu et une barri�re � l’�volution du groupe. Or, dans mon quotidien d’enseignant, �a n’a jamais �t� le cas � ce jour. J’entends plut�t ces institutions comme des tiers m�diateurs dont la vis�e est d’�viter les situations d’inhibitions dans les relations duelles. Pour faire clair, lorsque Youssef, pr�sident du conseil, nomme Sofyane g�neur parce qu’il vient de couper la parole � une enfant plus petite que lui, ce n’est pas l’enfant Youssef qui est en jeu mais plut�t Youssef en tant que pr�sident, r�f�rent du contrat de vie de la classe, celui qui cimente la coexistence du groupe. Il y a donc moins de transferts possibles entre Sofyane et Youssef simplement par cet outil de m�diation qu’est la r�gle du conseil : � on demande la parole avant de la prendre. � Une nouvelle fois, je crois que nous touchons ici le caract�re �ducatif de nos structures et l’impact qu’ils ont sur la formation du citoyen-d�mocrate.
- Enfin, je me demande quels sont les crit�res d’�volution que nous employons pour que l’auto-organisation devienne dynamique. J’ai parfois l’impression que lorsque le groupe fonctionne mieux dans ses interrelations, cela suffit pour statuer d’un degr� d’efficience acquis. Or, cela me semble partiel parce que la pacification d’un groupe ainsi que la r�duction de la contrainte ne me paraissent nullement les seuls facteurs propices aux apprentissages. C’est certainement une �tape n�cessaire mais pas suffisante. Je pense donc qu’il serait tr�s int�ressant que nous puissions approfondir la question des apprentissages (comment un enfant apprend-t-il ?) ainsi que celui de la r�gle dans le groupe (en quoi la loi est-elle �ducative ?). Je pense que lorsque Bernard pr�sente la classe du troisi�me type comme un lieu o� s’op�re de la dissipation et qui conduit les enfant � appr�hender le monde par sa complexit�, il n’exclut nullement certaines coercitions pos�es � l’enfant par l’�cole.
Voil� pour ce soir, j’esp�re ne pas avoir �t� trop indigeste.
Coop�rativement
Sylvain
