Salut  Sylvain, salut tout le monde,

Alors, apparemment, ce qui te questionne, c'est que si on laisse faire, chacun 
fait ce qu'il lui pla�t et ne prend donc plus en compte le groupe dans lequel 
il vit ou dans lequel il sera sens� vivre.
J'ai envie de r�pondre que dans la classe, l'enfant ne peut pas faire ce qu'il 
veut dans la mesure o� il y a des choses que je n'accepte pas (�trangler un 
camarade, faire le mur, piquer sa main avec un compas, etc... Mais aussi 
crier comme un fou dans la classe sans raison apparente, etc...). il y a 
aussi des choses que les autres n'acceptent pas. Et ils ne se g�nent pas pour 
le dire (dans ou hors r�union). Le groupe se construit donc et parce que 
chacun ne peut pas vivre dans son coin mais est oblig� de vivre avec les 
autres, les enfants apprennent aussi le "vivre ensemble". L'anarchie n'est 
pas le bordel. L'anarchie est la capacit� � s'auto-organiser. Qui dit 
organisation dit aussi respecter les contraintes sociales propres � son 
environnement.
L'�mancipation n'est pas la prise de conscience du laisser-faire total mais au 
contraire, la prise de conscience de ce que l'on peut faire dans un cadre 
donn� et la prise de conscience de la fa�on par laquelle on peut influer sur 
un cadre (seul ou � plusieurs d'ailleurs).

Laurent avait cit� une phrase de Fr�d�ric, il y a quelques temps (ou alors, je 
l'avais vue dans une revue Marelle) : "la loi n'a pas besoin d'�tre �crite 
pour �tre v�cue". En r�union, le fait de lever le doigt n'est qu'un artifice 
pour s'en remettre � quelqu'un qui sait respecter la parole des autres et me 
dire "tu peux parler". Lever le doigt peut donc vouloir dire "Je ne sais pas 
respecter la parole des autres, dis-moi quand je ne g�nerai pas". Ce peut 
�tre un artifice int�ressant si le besoin s'en fait sentir. Mais ce peut 
aussi �tre un artifice g�nant dans un groupe qui se conna�t et qui ressent le 
besoin de r�actions spontan�es.

Concernant la question du plan de travail ou du pense-b�te. Pour moi, il ne 
s'agit que d'un outil qui permet � l'enfant de se rappeler qu'il a dit qu'il 
ferait quelque chose. C'est aussi pour moi un outil qui me permet de lui 
rappeler qu'il s'est engag� � quelque chose. Ce n'est pas un outil par lequel 
je lui dis ce qu'il doit faire. C'est l'enfant qui inscrit dessus (par mon 
bras souvent). Dans ce cas, il ne s'agit plus de dire "fais ce que tu veux, 
si tu ne fais pas ce pour quoi tu t'es engag�, ce n'est pas grave" mais 
"regarde, tu t'es engag� � �a. Et si tu le faisais maintenant ? Tu y 
penseras ? Tu as besoin d'aide ?..." Et si ce n'est pas fait, ce n'est pas 
moi qui est en cause : c'est l'enfant qui prend conscience de ce que cela 
signifie que de s'engager � quelque chose. Plus �a va et plus ce � quoi ils 
s'engagent est respect�.
Evidemment, au d�part, certains avaient compris que s'ils ne s'engageaient � 
rien, ils �taient tranquilles mais finalement, cela s'est r�solu 
progressivement.

Permettre � un groupe de s'auto-organiser n'est pas renier les dol�ances 
soci�tales. Loin de l� puisqu'on le voit, ce groupe va devoir se structurer. 
M�me si les r�gles ne sont pas �crites, elles existent. Souvent, d'ailleurs, 
les enfants prennent pour exemple des r�gles soci�tales (on ne roule pas 
comme on veut sur la route, on ne prend pas ce que l'on veut o� on veut, 
etc...) ce qui montre bien qu'ils ont conscience de la n�cessit� des r�gles 
pour une vie collective. L� o� il y a �mancipation, c'est qu'ils prennent 
conscience qu'ils peuvent influer sur ces r�gles et qu'elles n'ont pas besoin 
d'�tre impos�es pour les respecter. ils prennent ainsi conscience de leur 
capacit� � vivre en soci�t� sans avoir n�cessairement de garde-chiourme...

Concernant les apprentissages : l'auto-organisation me semble fondamentale 
mais tu as raison, elle ne suffit pas. L'environnement n'est pas vide. il est 
organis� de telle mani�re que les informations naissent, arrivent, circulent, 
soient transform�es, modifi�es, communiqu�es, stock�es... D'o� un travail sur 
l'espace et sur son am�nagement. Il est �vident que si les balances n'�taient 
pas � disposition en permanence, les enfants n'iraient pas pour peser quelque 
chose. S'il faut sortir le microscope de sa bo�te et de son armoire � chaque 
fois qu'on a envie de regarder quelque chose, juste pour voir si c'est 
int�ressant, on ne le fera pas. Pour faire �a, il faut d�j� avoir un projet 
construit. Or souvent, les projets se construisent parce qu'on a l'occasion 
d'essayer et donc de se dire que c'est int�ressant et donc que l'on va le 
faire. Cela me para�t aussi fondamental pour les apprentissages.

Si l'information circule dans le groupe, alors, tout le monde en profitera. Et 
c'est ainsi que l'on verra des enfants mesurer, d'autres planter, d'autres 
dessiner les phasmes, d'autres faire des recherches sur internet, d'autres 
�crire pour le journal du jour tout �a en m�me temps. Il est �vident que 
cette activit� (qui n'est pas papillonnage, ou pas souvent finalement) n'a 
pas �t� impos�e par moi et que je ne pourrais pas le faire. Mon boulot, ce 
sera de voir qu'il y a quelqu'un aux engrenages et de lui proposer quelque 
chose : "comment peux-tu faire tourner celui-l� alors qu'il n'est pas dans le 
m�me plan que l'autre ?", de voir quelqu'un avec les aimants et de dessiner 
sur une feuille deux cercles et de lui demander comment il pourrait faire 
passer un clou d'un cercle � l'autre sans y toucher, etc... Et tout �a 
d�boule � la r�union. L'enfant qui a fait bouger le clou le montre. Et � 
d'autres d'essayer. Et � un plus grand de parler d'attirance. A moi de 
rebondir et de lui demander s'il peut toujours accrocher deux aimants entre 
eux. A un autre de montrer qu'avec la limaille de fer, �a fait des "cheveux" 
et ainsi de se rendre compte qu'il y a champ magn�tique...
Bref, il y a apprentissages parce que l'environnement et la structure le 
permettent.

Maintenant, ce dont je me rends compte c'est que notre action est plus ou 
moins efficiente. La remarque de Philippe est ainsi tr�s int�ressante : quand 
se fait la r�ponse au journal ? au message, etc...
J'ai aussi remarqu� que la r�union n'�tait pas n�cessairement l'endroit le 
plus appropri�. Et effectivement, c'est parce qu'on va vers un enfant en 
particulier, parce qu'on sait que �a va l'int�resser par exemple, que ce sera 
fait. Peut-�te que ce qui joue, c'est que chacun a besoin aussi de se 
construire individuellement et de se sentir individu et pas que pris dans le 
groupe.

Au niveau du r�seau des �coles rurales vienne-gartempe, on se rend aussi 
compte que les d�lais d'�changes sont importants : au quotidien, les 
informations int�ressent plus les enfants et sont moins formelles. Elles 
incitent � des r�ponses rapides, r�actives, dans le pr�sent.
Sur les journaux bimestriels ou mensuels, ou bimensuels, les r�actions doivent 
�tre plus fouill�es, dans le pass� ou dans le futur, demandent plus de temps 
et s'inscrivent parfois difficilement dans le temps de l'enfant tel qu'il 
l'organise. Il me para�t donc important que les deux modes soient pr�sents : 
la spontan��t� et un lieu de pr�sentation de travaux plus fouill�s mais qui 
ne n�cessite donc pas n�cessairement de r�action. Lire un expos� sur la 
chauve-souris ne demande pas toujours de r�action.

M�lina disait l'autre jour "je mets dans le le journal (quotidien) que j'ai 
fait une exp�rience et je n'explique pas comme �a, on me demandera". Par 
contre, dans le journal (15 jours), elle mettra des choses d�finitives ou 
provisoirement d�finitives. Elle a r�pondu � un article de journal de l'�cole 
de La Forclaz, expos� sur le loup, par l'expos� sur le loup qu'elle avait 
fait l'ann�e derni�re. Mais je ne pense pas qu'elle aurait cherch� 
n�cessairement � faire une recherche sur le loup pour compl�ter.
Cependant, elle sait (comme les autres enfants) qu'un expos� sur la 
chauve-souris a �t� fait et si elle en a besoin, elle ira le chercher. Et �a, 
c'est possible parce que l'environnement permet le stockage et le retour � ce 
qui s'est pass�. L'information est temporairement arr�t�e mais pr�te � 
recirculer.

Bon, c'est le fouillis et je m'en excuse mais penser en �crivant, �a 
n'�claircit pas les choses... C'est tout l'int�r�t des �changes quotidiens 
que de permettre la spontan��t� ;-)

Ludo


Le Samedi 29 Janvier 2005 21:11, Sylvain Connac a �crit :
>  Bonsoir � tous,
>
> En ce soir de calme momentan�, je vais me permettre de faire mon taon.
> Depuis quelques temps, des �changes ont lieu sur la liste concernant le
> plan de travail et le degr� de guidance de l�enseignant par l�interm�diaire
> de cet outil. Je tiens tout d�abord � dire que j�ignore encore si la
> diff�rence de repr�sentations dont je vais traiter est due ou pas au public
> que nous accueillons dans les �coles situ�s en ZEP ou assimil�es. Les
> r�actions de certains colistiers devraient compl�ter mon propos. Je
> m�interroge en effet pas mal sur cette � mode � qui tend � faire
> dispara�tre de la structure de nos classes la plupart des situations de
> coercition, tout du moins, � travers ce que je per�ois de certains �crits.
> Il a r�cemment �t� question de disparition de la distribution de parole
> lors des conseils/r�unions, de la mise en doute des exigences inh�rentes �
> l�existence d�un plan de travail dans une classe, aux soi-disant ing�rences
> de l�enseignant qui contraint un enfant � orienter son activit� d��l�ve
> vers tel ou tel travail. Trois r�flexions personnelles � ce sujet :
> -          il me semble que nous touchons ici une des d�rives p�dagogiques
> concernant tout acte scolaire si l�on part du principe que celui-ci
> correspond � la recherche d�un �quilibre entre d�une part la fonction
> domestiquante de l��cole, celle qui conduit l�enfant d�homme � devenir
> progressivement humain et citoyen, ce qui correspond au processus
> d�acculturation, et d�autre part sa fonction �mancipatrice qui le pousse �
> exercer sa libert� de personne au sens Rousseauiste du terme. Je pense en
> effet que s�appuyer principalement sur le d�sir de l�enfant, ses attirances
> premi�res tout en mettant au second plan les dol�ances soci�tales tend �
> renier voire � n�gliger ce qui est de l�ordre de l�acceptation de la
> soci�t�, de ses contraintes, de son histoire et de sa culture. Ce n�est pas
> tant par souci du devenir de la cit� que je m�interroge ici mais plut�t au
> sujet du devenir de l�enfant lui-m�me qui ne pourra �chapper � sa future
> condition d�adulte avec tout ce que cela implique de compromis � faire dans
> l�acte citoyen. Il me semble que notre m�tier consiste � permettre aux
> enfants que nous croisons de percevoir toute l��tendue et la richesse de
> leurs potentialit�s cr�atrices de personne sans oublier de les aider �
> accepter comme utopiques la toute-puissance et l�autocentrisme. -         
> Je consid�re la distribution de la parole lors des r�unions comme �tant
> l�un des ma�tres-mots de la pr�sidence de s�ance. En ce sens, il s�agit
> d�une � institution � � part enti�re telle qu�elle a �t� d�finie par les
> pionniers de la PI. Je ne me soucie gu�re du caract�re rigoriste que ces
> institutions peuvent v�hiculer simplement parce que leur intention est
> ailleurs. OURY insistait souvent pour dire que la premi�re et principale
> vis�e de toute institution �tait son potentiel de caducit�, c�est � dire sa
> disparition une fois sa fonction accomplie. Donc, s�il se trouve que dans
> un groupe la parole peut �tre partag�e sans qu�elle soit sous l�influence
> des plus grands parleurs, des plus forts ou des plus charismatiques, le
> fait que le pr�sident la distribue devient en effet superflu et une
> barri�re � l��volution du groupe. Or, dans mon quotidien d�enseignant, �a
> n�a jamais �t� le cas � ce jour. J�entends plut�t ces institutions comme
> des tiers m�diateurs dont la vis�e est d��viter les situations
> d�inhibitions dans les relations duelles. Pour faire clair, lorsque
> Youssef, pr�sident du conseil, nomme Sofyane g�neur parce qu�il vient de
> couper la parole � une enfant plus petite que lui, ce n�est pas l�enfant
> Youssef qui est en jeu mais plut�t Youssef en tant que pr�sident, r�f�rent
> du contrat de vie de la classe, celui qui cimente la coexistence du groupe.
> Il y a donc moins de transferts possibles entre Sofyane et Youssef
> simplement par cet outil de m�diation qu�est la r�gle du conseil : � on
> demande la parole avant de la prendre. � Une nouvelle fois, je crois que
> nous touchons ici le caract�re �ducatif de nos structures et l�impact
> qu�ils ont sur la formation du citoyen-d�mocrate. -          Enfin, je me
> demande quels sont les crit�res d��volution que nous employons pour que
> l�auto-organisation devienne dynamique. J�ai parfois l�impression que
> lorsque le groupe fonctionne mieux dans ses interrelations, cela suffit
> pour statuer d�un degr� d�efficience acquis. Or, cela me semble partiel
> parce que la pacification d�un groupe ainsi que la r�duction de la
> contrainte ne me paraissent nullement les seuls facteurs propices aux
> apprentissages. C�est certainement une �tape n�cessaire mais pas
> suffisante. Je pense donc qu�il serait tr�s int�ressant que nous puissions
> approfondir la question des apprentissages (comment un enfant apprend-t-il
> ?) ainsi que celui de la r�gle dans le groupe (en quoi la loi est-elle
> �ducative ?). Je pense que lorsque Bernard pr�sente la classe du troisi�me
> type comme un lieu o� s�op�re de la dissipation et qui conduit les enfant �
> appr�hender le monde par sa complexit�, il n�exclut nullement certaines
> coercitions  pos�es � l�enfant par l��cole.
>
> Voil� pour ce soir, j�esp�re ne pas avoir �t� trop indigeste.
>
> Coop�rativement
>
> Sylvain
>
> Sylvain CONNAC
> Ecole coop�rative Antoine BALARD
> 123, rue de Salamanque
> 34 080 MONTPELLIER
> sylvain.connac(antispam)laposte.net
>
> Acc�dez au courrier �lectronique de La Poste : www.laposte.net ;
> 3615 LAPOSTENET (0,34�/mn) ; t�l : 08 92 68 13 50 (0,34�/mn)

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