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Andr� Pratte La Presse
Le ministre de
la Sant�, Fran�ois Legault, a rencontr� vendredi les repr�sentants
des m�decins du Qu�bec. Le ton des deux parties � l'issue de la
rencontre laisse penser que pourraient s'amorcer de v�ritables
n�gociations, plut�t qu'un �change d'ultimatums. C'est la voie que
le ministre et les f�d�rations de m�decins doivent poursuivre avec
la derni�re �nergie.
M. Legault veut r�gler rapidement
le probl�me de la r�partition des m�decins, en particulier pour
�viter les fermetures de salles d'urgence. Mais son approche n'est
pas la bonne. La proposition faite aux m�decins pr�voit que chaque
m�decin signera un �contrat d'engagement�. Ce contrat pr�cisera,
pour chaque m�decin pratiquant dans un h�pital, ses t�ches, ses
responsabilit�s et le respect des r�glements de l'h�pital, notamment
�en ce qui concerne la prise de cong�s et de vacances et les
fermetures de dossier de patients, l'horaire de travail (...)�. Pour
les m�decins en cabinet, le contrat pr�voira entre autres �le
secteur g�ographique� et �l'accessibilit� d'horaire attendue�. �
d�faut de signer ou de respecter son contrat, le m�decin perdra le
droit de facturer dans le r�gime
d'assurance-maladie.
Autrement dit, les m�decins qu�b�cois
perdront une bonne part de leur autonomie, et seront soumis �
l'autorit� des directeurs g�n�raux des h�pitaux et des r�gies
r�gionales.
Le gouvernement n'a pas tort de chercher des
mani�res de mieux r�partir les effectifs m�dicaux. Des progr�s
significatifs ont d�j� �t� accomplis au cours des derni�res ann�es,
par voie de n�gociation, et les f�d�rations de m�decins sont
dispos�es � aller plus loin en ce sens.
Mais le ministre de
la Sant� est press�. Trop. Les contrats qu'il propose n'en sont pas,
car qui dit contrat dit obligations mutuelles. L'h�pital
garantira-t-il au m�decin de l'�quipement et des espaces ad�quats?
Des infirmi�res en nombre suffisant?
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L'approche
bureaucratique privil�gi�e par M. Legault repose sur la pr�misse -
fausse - selon laquelle les m�decins sont responsables des probl�mes
d'acc�s aux soins subis par les Qu�b�cois. Il est vrai que les
h�pitaux ont du mal � trouver des m�decins pour les urgences, mais
leurs besoins finissent en g�n�ral par �tre combl�s. Cela n'est pas
facile. Mais il n'est pas facile non plus de trouver des
sp�cialistes, ou des m�decins de famille, ou des
infirmi�res.
La r�alit�, ce n'est pas que les m�decins
refusent d'aller � l'urgence. La r�alit�, c'est qu'il manque de
m�decins partout.
La r�alit�, aussi, c'est que forcer un
m�decin � pratiquer dans une r�gion ou un d�partement o� il ne veut
pas travailler ne fera rien pour am�liorer la qualit� des soins, au
contraire. Et qu'en voulant faire des m�decins des fonctionnaires,
on risque d'obtenir exactement ce r�sultat: des m�decins
fonctionnaires, dans le pire sens du terme.
Les m�decins sont
furieux, et plusieurs sont tent�s de bloquer la r�forme promise par
le ministre Legault en ayant recours � des moyens radicaux, comme
les gr�ves de z�le. La col�re des m�decins est compr�hensible, mais
ils n'ont pas le droit de l'exprimer de mani�re � aggraver une
situation d�j� p�nible pour les malades. L'autonomie � laquelle
tiennent tant les m�decins a une contrepartie: la
responsabilit�.
Pour sa part, M. Legault a la responsabilit�
d'�viter une nouvelle crise dans ce r�seau malmen�.
Pour le
bien des patients d'aujourd'hui et de demain, le ministre et les
m�decins ont le devoir de n�gocier.
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