Editorial A.Pratte. La Presse samedi.
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Le samedi 7 septembre 2002
Il faut n�gocier

Andr� Pratte
La Presse

Le ministre de la Sant�, Fran�ois Legault, a rencontr� vendredi les repr�sentants des m�decins du Qu�bec. Le ton des deux parties � l'issue de la rencontre laisse penser que pourraient s'amorcer de v�ritables n�gociations, plut�t qu'un �change d'ultimatums. C'est la voie que le ministre et les f�d�rations de m�decins doivent poursuivre avec la derni�re �nergie.

M. Legault veut r�gler rapidement le probl�me de la r�partition des m�decins, en particulier pour �viter les fermetures de salles d'urgence. Mais son approche n'est pas la bonne. La proposition faite aux m�decins pr�voit que chaque m�decin signera un �contrat d'engagement�. Ce contrat pr�cisera, pour chaque m�decin pratiquant dans un h�pital, ses t�ches, ses responsabilit�s et le respect des r�glements de l'h�pital, notamment �en ce qui concerne la prise de cong�s et de vacances et les fermetures de dossier de patients, l'horaire de travail (...)�. Pour les m�decins en cabinet, le contrat pr�voira entre autres �le secteur g�ographique� et �l'accessibilit� d'horaire attendue�. � d�faut de signer ou de respecter son contrat, le m�decin perdra le droit de facturer dans le r�gime d'assurance-maladie.

Autrement dit, les m�decins qu�b�cois perdront une bonne part de leur autonomie, et seront soumis � l'autorit� des directeurs g�n�raux des h�pitaux et des r�gies r�gionales.

Le gouvernement n'a pas tort de chercher des mani�res de mieux r�partir les effectifs m�dicaux. Des progr�s significatifs ont d�j� �t� accomplis au cours des derni�res ann�es, par voie de n�gociation, et les f�d�rations de m�decins sont dispos�es � aller plus loin en ce sens.

Mais le ministre de la Sant� est press�. Trop. Les contrats qu'il propose n'en sont pas, car qui dit contrat dit obligations mutuelles. L'h�pital garantira-t-il au m�decin de l'�quipement et des espaces ad�quats? Des infirmi�res en nombre suffisant?

* * *

L'approche bureaucratique privil�gi�e par M. Legault repose sur la pr�misse - fausse - selon laquelle les m�decins sont responsables des probl�mes d'acc�s aux soins subis par les Qu�b�cois. Il est vrai que les h�pitaux ont du mal � trouver des m�decins pour les urgences, mais leurs besoins finissent en g�n�ral par �tre combl�s. Cela n'est pas facile. Mais il n'est pas facile non plus de trouver des sp�cialistes, ou des m�decins de famille, ou des infirmi�res.

La r�alit�, ce n'est pas que les m�decins refusent d'aller � l'urgence. La r�alit�, c'est qu'il manque de m�decins partout.

La r�alit�, aussi, c'est que forcer un m�decin � pratiquer dans une r�gion ou un d�partement o� il ne veut pas travailler ne fera rien pour am�liorer la qualit� des soins, au contraire. Et qu'en voulant faire des m�decins des fonctionnaires, on risque d'obtenir exactement ce r�sultat: des m�decins fonctionnaires, dans le pire sens du terme.

Les m�decins sont furieux, et plusieurs sont tent�s de bloquer la r�forme promise par le ministre Legault en ayant recours � des moyens radicaux, comme les gr�ves de z�le. La col�re des m�decins est compr�hensible, mais ils n'ont pas le droit de l'exprimer de mani�re � aggraver une situation d�j� p�nible pour les malades. L'autonomie � laquelle tiennent tant les m�decins a une contrepartie: la responsabilit�.

Pour sa part, M. Legault a la responsabilit� d'�viter une nouvelle crise dans ce r�seau malmen�.

Pour le bien des patients d'aujourd'hui et de demain, le ministre et les m�decins ont le devoir de n�gocier.

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