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J.-Jacques Samson Le Soleil
Deux jours
seulement apr�s la publication de leur premier bulletin par le
ministre Fran�ois Legault, les directeurs d'h�pitaux se retrouvaient
en congr�s � Qu�bec, jeudi et vendredi. Cette fois, la coupe
d�borde.
Une enqu�te sur la qualit� de vie
au travail des cadres sup�rieurs du r�seau de la sant� et des
services sociaux, men�e en 2001 par la professeure Estelle M. Morin,
des Hautes �tudes commerciales, avait donn� des r�sultats effarants.
Quarante-huit pour cent des r�pondants avaient indiqu� souffrir de
sympt�mes d'anxi�t� s�v�re ou mod�r�e ; 42 % de d�pression, s�v�re
ou mod�r�e ; 43 % d'irritabilit�... Pr�s d'un cadre sup�rieur sur
deux dans le r�seau de la sant� �prouve de la d�tresse
psychologique.
Les causes sont certes multiples : faible
reconnaissance, marge de man�uvre trop r�duite, charge de travail.
Mais il ressort de plus en plus que les choix �thiques auxquels ils
sont confront�s, c'est-�-dire des commandes d'ordre budg�taire
inconciliables avec leurs valeurs humaines, minent les gestionnaires
du r�seau. L'�quipe de chercheurs en venait m�me � la conclusion que
l'�thique du travail devrait faire l'objet d'interventions
prioritaires pour venir en aide aux gestionnaires en
d�tresse.
Ce diagnostic r�v�le une organisation qui a atteint
un point de rupture. Les principaux administrateurs des
�tablissements ne sont souvent plus dans un �tat psychologique
ad�quat pour des prises de d�cisions judicieuses lorsqu'ils sont
confront�s � des situations de crise, comme des fermetures forc�es
de lits ou, pire, de salles d'urgence, le manque de personnel pour
couvrir des plages horaires, etc. Et voil� que, victimes d'un
sous-financement d�lib�r� qui ne rejoint m�me pas les seules hausses
de co�ts de syst�me, ils se voient affubl�s sur la place publique
d'une note D ou E � la colonne de la performance budg�taire. Trop,
c'est trop !
Il leur faut dans ces circonstances revenir � la
notion de service public. Les administrateurs d'�tablissements de
sant� ont choisi une carri�re tr�s noble, qui les place au service
de leurs concitoyens d'abord. Dans la capitale, � Qu�bec, un dicton
est souvent repris : les gouvernements passent ; les gestionnaires
restent. Le cadre budg�taire est, bien s�r, vot� par une majorit� �
l'Assembl�e nationale qui jouit d'une l�gitimit� d�mocratique, mais
chaque fois que la sant� ou la s�curit� des citoyens de la
communaut� qu'ils desservent est mise en p�ril, chaque fois que la
dignit� de la personne humaine est compromise � pensons aux cas des
personnes �g�es par exemple priv�es d'une hygi�ne �l�mentaire � ,la
loyaut� de l'administrateur devrait aller aux citoyens.
Les
enveloppes budg�taires ne sont pas des absolus. Elles sont le fruit
d'arbitrages politiques autour de la table du Conseil des ministres
et par la suite de celles des r�gies r�gionales.
Elles
peuvent toujours �tre gonfl�es � la suite de pressions du milieu ou
� la veille d'�lections. Un autre gouvernement pourrait toujours
aussi faire des choix tr�s diff�rents. Ce ne sont que des d�cisions
arbitraires, impos�es � des gestionnaires qui n'ont aucun contr�le
sur la demande de services et tr�s peu sur l'offre.
Une telle
ligne de conduite peut sans doute avoir des cons�quences sur un
cheminement de carri�re, exposer le � d�linquant � � des
repr�sailles, voire � la tutelle. L'opinion publique et les m�dias
se rangeront toujours par contre derri�re le directeur d'h�pital qui
a moralement fait le choix de maintenir des services, quitte �
d�fier une bureaucratie sup�rieure. Les cadres sup�rieurs du r�seau
de la sant� ne retrouveront pas la paix de l'�me
autrement.
D'autre part, plus de 70 % de ceux-ci prendront
leur retraite dans les prochaines ann�es. Le recrutement d'une
rel�ve hautement qualifi�e pose probl�me, face � la concurrence
exerc�e par le secteur priv� et en raison de la notori�t� des
probl�mes v�cus dans le r�seau de la sant�. Un raidissement des
cadres exp�riment�s mais tortur�s par des questions d'�thique est
une excellente fa�on de revaloriser ces fonctions, trop r�duites �
celles d'ex�cutants aveugles des commandes du minist�re ou des
r�gies r�gionales.
Ce m�me minist�re et le Conseil du Tr�sor,
adeptes de contr�les tr�s centralis�s, devront �galement accepter de
d�l�guer des pouvoirs et une marge de man�uvre beaucoup plus grande
aux directions locales.
Celles-ci sont de plus en plus
infantilis�es et ce n'est pas l'id�e de bulletins sur les
performances crois�es des �tablissements qui corrigera cette
tendance! Qu'il s'agisse des cadres des h�pitaux, des CLSC ou des
centres de soins de longue dur�e, l'absence de marge de man�uvre
laiss�e aux directions des �tablissements a �t� d�nonc�e dans chacun
de leurs congr�s au cours des derniers mois.
Le jour n'est
pas loin o� un D ou un E sur le bulletin, � la colonne de la
performance budg�taire, deviendra un titre de gloire dans sa
communaut� pour un directeur g�n�ral d'h�pital, pendant que le
ministre marinera dans son d�sarroi.
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