Editorial A.Pratte
 
 
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Le samedi 21 septembre 2002
La preuve

Andr� Pratte
La Presse

Le qui devait arriver s'est produit: l'application de la loi sp�ciale sur les urgences a vir� au ridicule. La R�gie r�gionale du Saguenay-Lac-Saint-Jean a r�quisitionn� les services de m�decins pratiquant dans des urgences d�bord�es des r�gions de Montr�al et de Qu�bec.

Le docteur Martin Loranger, un jeune m�decin de l'h�pital Charles-Lemoyne, a re�u d'un huissier une assignation pour un quart de garde � l'urgence de l'h�pital de Jonqui�re, la semaine prochaine. Jeudi soir, le chef de l'urgence de l'h�pital l'Enfant-J�sus, � Qu�bec, a �t� mand� � Jonqui�re pour le quart de vendredi matin. Un coll�gue, qui �tait de garde en fin de semaine � Qu�bec, devra plut�t passer deux jours � Jonqui�re.

Le p�re de la loi sp�ciale, Fran�ois Legault, a convenu hier que le recours aux huissiers �tait d�plorable. Mais il maintient que la loi, en vertu de laquelle une r�gie r�gionale peut forcer un m�decin � pratiquer dans une urgence donn�e, constitue le seul moyen d'emp�cher des ruptures de services telle qu'on en a vues cet �t� � Jonqui�re et � Shawinigan. Il fait remarquer que, depuis l'adoption de la loi, ces deux urgences sont rest�es ouvertes sans interruption.

L'intention du ministre est g�n�reuse. Il veut, � tout prix, �viter la fermeture des urgences, services essentiels s'il en est. Cependant, une mesure coercitive, dans un contexte de p�nurie g�n�ralis�e d'une main-d'oeuvre pr�cieuse, ne pouvait qu'avoir des effets pervers de toutes sortes. Ceux-ci deviennent chaque jour plus �vidents. Cela est d�, en partie, � la grogne des m�decins eux-m�mes, qui font �videmment tout pour dramatiser les aspects odieux de l'application de la loi. Le docteur Loranger, par exemple, aurait sans doute pu chercher � s'entendre avec la R�gie au lieu d'alerter tout de suite les m�dias. C'est ce qu'ont cherch� � faire les urgentologues de l'Enfant-J�sus... pour se faire dire qu'ils n'avaient pas le choix.

Il est vrai que toutes les urgences du Qu�bec sont maintenant ouvertes jour et nuit. Mais on trouve de moins en moins de volontaires pour assurer les gardes, et les m�decins sont de moins en moins int�ress�s � pratiquer dans les r�gions concern�es. Le docteur Loranger avait eu le malheur de s'inscrire sur une liste de d�pannage. �Il a coch� oui!�, soulignait hier M. Legault. Voyant ce qui est arriv� au docteur Loranger, combien dans l'avenir voudront �cocher oui� au d�pannage?

* * *

Le gouvernement est en train de mettre le syst�me de sant� sens dessus dessous pour r�gler des probl�mes s�rieux, certes, mais localis�s. La grande majorit� des urgences en r�gion parviennent � combler les trous dans leurs horaires. Celles qui n'y arrivent pas sont celles qui, pour une raison ou pour une autre, souffrent d'une r�putation telle que les m�decins ne veulent rien savoir d'y pratiquer. Parions que cette r�putation ne sera pas redor�e par ce qui se passe maintenant.

Les d�rapages des derniers jours prouvent que, m�me quand on est bien intentionn�, habile et rigoureux comme Fran�ois Legault, on ne peut pas r�gler les probl�mes du syst�me de sant� en criant ciseau. On ne peut pas, non plus, les r�gler en bousculant les m�decins.

Preuve est aussi faite que la solution ne r�side pas - surtout pas! - dans l'accroissement du pouvoir des fonctionnaires.

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