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Andr� Pratte La Presse
Le qui devait
arriver s'est produit: l'application de la loi sp�ciale sur les
urgences a vir� au ridicule. La R�gie r�gionale du
Saguenay-Lac-Saint-Jean a r�quisitionn� les services de m�decins
pratiquant dans des urgences d�bord�es des r�gions de Montr�al et de
Qu�bec.
Le docteur Martin Loranger, un
jeune m�decin de l'h�pital Charles-Lemoyne, a re�u d'un huissier une
assignation pour un quart de garde � l'urgence de l'h�pital de
Jonqui�re, la semaine prochaine. Jeudi soir, le chef de l'urgence de
l'h�pital l'Enfant-J�sus, � Qu�bec, a �t� mand� � Jonqui�re pour le
quart de vendredi matin. Un coll�gue, qui �tait de garde en fin de
semaine � Qu�bec, devra plut�t passer deux jours �
Jonqui�re.
Le p�re de la loi sp�ciale, Fran�ois Legault, a
convenu hier que le recours aux huissiers �tait d�plorable. Mais il
maintient que la loi, en vertu de laquelle une r�gie r�gionale peut
forcer un m�decin � pratiquer dans une urgence donn�e, constitue le
seul moyen d'emp�cher des ruptures de services telle qu'on en a vues
cet �t� � Jonqui�re et � Shawinigan. Il fait remarquer que, depuis
l'adoption de la loi, ces deux urgences sont rest�es ouvertes sans
interruption.
L'intention du ministre est g�n�reuse. Il veut,
� tout prix, �viter la fermeture des urgences, services essentiels
s'il en est. Cependant, une mesure coercitive, dans un contexte de
p�nurie g�n�ralis�e d'une main-d'oeuvre pr�cieuse, ne pouvait
qu'avoir des effets pervers de toutes sortes. Ceux-ci deviennent
chaque jour plus �vidents. Cela est d�, en partie, � la grogne des
m�decins eux-m�mes, qui font �videmment tout pour dramatiser les
aspects odieux de l'application de la loi. Le docteur Loranger, par
exemple, aurait sans doute pu chercher � s'entendre avec la R�gie au
lieu d'alerter tout de suite les m�dias. C'est ce qu'ont cherch� �
faire les urgentologues de l'Enfant-J�sus... pour se faire dire
qu'ils n'avaient pas le choix.
Il est vrai que toutes les
urgences du Qu�bec sont maintenant ouvertes jour et nuit. Mais on
trouve de moins en moins de volontaires pour assurer les gardes, et
les m�decins sont de moins en moins int�ress�s � pratiquer dans les
r�gions concern�es. Le docteur Loranger avait eu le malheur de
s'inscrire sur une liste de d�pannage. �Il a coch� oui!�, soulignait
hier M. Legault. Voyant ce qui est arriv� au docteur Loranger,
combien dans l'avenir voudront �cocher oui� au d�pannage?
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Le gouvernement est en train de mettre le syst�me de sant�
sens dessus dessous pour r�gler des probl�mes s�rieux, certes, mais
localis�s. La grande majorit� des urgences en r�gion parviennent �
combler les trous dans leurs horaires. Celles qui n'y arrivent pas
sont celles qui, pour une raison ou pour une autre, souffrent d'une
r�putation telle que les m�decins ne veulent rien savoir d'y
pratiquer. Parions que cette r�putation ne sera pas redor�e par ce
qui se passe maintenant.
Les d�rapages des derniers jours
prouvent que, m�me quand on est bien intentionn�, habile et
rigoureux comme Fran�ois Legault, on ne peut pas r�gler les
probl�mes du syst�me de sant� en criant ciseau. On ne peut pas, non
plus, les r�gler en bousculant les m�decins.
Preuve est aussi
faite que la solution ne r�side pas - surtout pas! - dans
l'accroissement du pouvoir des fonctionnaires.
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