Title: Ma vision de la situation
Beaucoup de médecins m’ont contacté pour me parler de la situation actuelle
MSSS-FMOQ, voici ce qui pourrait arriver selon différents scénarios.

Le “meilleur” scénario:

Le renouvellement de l’entente générale est acceptée par la majorité des délégués
Des différentes associations de la FMOQ, ce qui veut dire que tous les médecins
Membres de la FMOQ sont capables de vivre avec ce qui est écrit dans la loi 142.
Y compris l’article 11 de la loi.  Ce qui rend toute idée de “contestation” difficile
Par la FMOQ.

L’acceptation d’une entente générale MSSS-FMOQ est obligatoire avant que tout
projet de jumelage puisse débuter.

La lettre d’entente sur le jumelage est utilisée par plusieurs hôpitaux ou groupes
de médecins (dépanneurs) pour pouvoir aider les hôpitaux en difficultés de recru-
tement et faire en sorte que nous puissions avoir une couverture complète de toutes
les urgences au Québec.

Les meilleurs salaires donnés pour le travail plus lourd (hospitalier et clientèle âgée)
dans l’entente générale renouvelée, permettent à des médecins de pouvoir retourner
à ces pratiques en manque d’effectifs et rendent le jumelage moins nécessaire.
Les AMP et PREM pourront aussi être des incitatifs si ils sont maintenus.

On espère que l’effet net de l’implication médicale dans une couverture des soins
pourra fournir à nos représentants les arguments nécessaires pour pouvoir retirer
toutes mesures coercitives (article 11 du projet de loi 142 compris!) dans la gestion
de la couverture médicale dans le futur.

Les salaires consentis aux chefs de département de médecine générale et urgence
permettent à ces médecins de pouvoir libérer du temps de travail pour faire l’analyse
des facteurs locaux contribuant à la dégradation des conditions de travail (manques
d’infirmières, de travailleurs sociaux, de ressources spécialisées ou de lits de soins
de longues durée, etc...)

Une fois ces dossiers montés, des représentations crédibles (basées sur des chiffres)
peuvent être faites auprès des Régies régionales concernées, avec l’appui du Collège
des Médecins et nos syndicats respectifs, pour faire en sorte que les problèmes perçus
soient solutionnés au niveau des conditions de travail des médecins.

Des soins adéquats seront offerts à peu près partout au Québec avec un minimum de
problèmes pour la population et les médecins auront encore une certaine autonomie
professionnelle.  Une partie de leur travail devra alors être axée sur les revendications
concernant les conditions de travail.

Le “pire” scénario:

La reconduite de l’entente générale ne se fait pas à cause des éléments coercitifs
qui restent dans la loi 142 ou du maintien de la loi 114 et le gouvernement établit
alors une réglementation par décret.  Les omnipraticiens décident de confronter le
gouvernement avec leur confrères spécialistes. Toutes les augmentations
accordées pour le travail lourd sont éliminées, sauf le “gros” 2% d’augmentation
accordé à toute la fonction publique.  L’attrition en médecine “lourde” continue.  

Le jumelage est refusé pour le CHPB et le CHCM et aucun autre groupe de
médecins ne décident de l’utiliser.  Des trous dans les listes de gardes d’autres
hôpitaux sont maintenant rapportés régulièrement, forçant le gouvernement à
maintenir la loi 114 et/ou des éléments coercitifs dans la loi 142, le tout au nom
de son obligation de maintien des soins d’urgence à la population.

Les médecins, écoeurés, contestent légalement la loi 142 (contestation qui va
faire vivre leurs confrères avocats durant un maudit bon bout de temps et qui
ne réglera finalement rien).  D’autres, encore plus écoeurés, décident de changer
de pratique ou déménagent ailleurs en Amérique.  Les jeunes médecins sont
les premiers à s’en aller et cette saignée dans notre relève décourage
encore plus les médecins qui restent.

Le gouvernement (peu importe qui sera au pouvoir) devra alors réglementer
encore plus la pratique médicale, on assistera à la fonctionnarisation de notre
pratique, avec ce que cela implique de gaspillage, perte de productivité,  
manque d’initiative et incapacité à pouvoir s’adapter aux changements.
La loi 114 est reconduite après le 31 décembre et les fonctionnaires des
Régies régionales continuent de l’appliquer comme ils l’ont si bien fait dans
les derniers mois.

Les coûts et délais associés avec la transformation des médecins en “cols verts”
amèneront une diminution dans la qualité des soins à la population pour une
plus longue période et aucun n’effort ne pourra être fait pour l’amélioration
de la qualité des soins par les médecins, devenus des “ronds de cuir” comme
les autres, payés pour faire leur job dans des conditions de travail décidées par
le gouvernement.

Dans les deux cas, un jour, la population aura des services adéquats.
Pour ce qui est du “pire” scénario, ce sera dans 6-8 ans.
Pour ce qui est du “meilleur” scénario, ce sera dans environ 2 ans.
J’aimerais mieux faire en sorte que nous puissions encore avoir une voix dans
l’organisation de ces soins plutôt que de se les faire imposer par des bureaucrates
qui nous ont prouvés maintes et maintes fois qu’ils n’y connaissent rien.

Voilà pour mon petit grain de sel...
--
Claude Rivard, md
Chef du Département de Médecine d'Urgence
CH Pierre-Boucher,
Longueuil, Qc
[EMAIL PROTECTED]


Répondre à