Martin Quinson <[email protected]> writes:

> La science (info ou autre) n'est
> jamais déconnectée de ses outils ni de la personnalité de ceux qui la
> font, mais je ne dirais pas qu'elle est *entièrement* déterminée par
> ces éléments. Mais je laisse Bastien me corriger s'il le souhaite,
> c'est lui l'épistémologue de la bande (sans vouloir balancer ;)

Je n'ai pas d'avis sur la question, pas plus que sur le meilleur
moyen de prévenir le réchauffement climatique :)

Mes guides pour réfléchir sont Jack Goody (/La Raison Graphique/)
et Gerald D. Sussman (le créateur de Scheme).

Les deux vont dans le sens de Julien : pas de pensée sans outils
pour penser, et nos outils façonnent, collectivement, notre pensée,
l'histoire des sciences étant intrinsèquement conditionnée par nos
moyens d'expression et nos outils (Sussman ne dit pas vraiment ça,
il n'est pas historien des sens, mais je crois qu'il serait ok.)

Dans le cas de Goody, il s'agit des outils symboliques pour écrire :
les listes, les tableaux, etc.  Dans le cas de Sussman, il s'agit des
algorithmes, qui permettent de formuler des problèmes et des solutions
qu'on ne savait pas décrire précisément avant.  Il fait le parallèle
entre l'invention de la géométrie et l'invention de l'informatique :
dans le cas de la géométrie, les mathématiques se sont progressivement
abstraites des techniques de calcul ; dans le cas de l'informatique,
les algorithmes se sont progressivement abstraits des techniques de
résolution de problèmes à l'aide d'un ordinateur.  Je résume hein.

Ce qui me retient d'adhérer entièrement à cette façon de voir les
choses, c'est l'histoire de la théorie de Sapir Whorf : on a longtemps
cru que nos capacités sémantiques étaient corrélées à nos capacités
perceptuelles -- l'exemple typique : si vous avez 42 mots pour parler
de la neige dans toutes ces nuances, c'est que vous voyez toutes ces
nuances avec vos yeux... -- or cette thèse est battue en brèche par
des résultats empiriques depuis longtemps, et on n'accepte plus cette
corrélation si facilement.  Il semble qu'il y ait des invariants au
niveau de la perception qu'on ne retrouve pas au niveau du langage ;
et ces invariants perceptifs sont sûrement aussi structurant pour ce
qui est de la pensée que nos outillage linguistique...

Entre la pensée et les outils pour penser, je pense qu'il y a une
lente évolution sociale, mais je ne suis pas sûr que cette évolution
change radicalement la manière dont chaque individu pense.

Bref, j'en sais rien :)

-- 
 Bastien
_______________________________________________
Discussion mailing list
[email protected]
http://listes.jecode.org/cgi-bin/mailman/listinfo/discussion

Répondre à