Bonsoir � tous,

 

Ce d�bat sur l’_expression_ des libert�s dans le groupe m’int�resse pas mal parce qu’il tend � clarifier les positions des uns et des autres, en particulier la mienne. Je m’aper�ois que je n’adh�re que tr�s peu � la d�finition de libert� dont tu parles Philippe en citant Bakounine (auteur que je ne connais pas). Elle me semble int�ressante dans le sens o� l’_expression_ d’une libert� entendue comme suscitant celle d’autrui m�diatise ce que la cit� entend par libert�. En d’autres termes, il est plus judicieux de souligner les comportements d’enfants facilitant l’�mancipation du groupe que de placer sous la vindicte populaire ceux qui tendent � parasiter son d�veloppement.

Cette d�finition m’appara�t comme sensible dans le sens o� elle n’exclut pas les ph�nom�nes profond�ment humains que sont les prises de pouvoirs, les luttes d’int�r�ts et autres pressions pos�es par les plus forts sur les plus faibles. Elle rev�t � mon sens un caract�re antid�mocratique.

Pour en revenir � Rousseau et � ses travaux sur la libert�, ils ne me semblent pas tellement au service d’un �tatisme centralisateur, bien au contraire, m�me si je peux reconna�tre que parfois certains d�cideurs ont su s’y appuyer pour justifier certaines ing�rences. Pour preuve ces quelques extraits : � La libert� consiste moins � faire sa volont� qu’� n’�tre soumis � celle d’autrui ; elle consiste encore � ne pas soumettre la volont� d’autrui � la n�tre. Quiconque est ma�tre ne peut �tre libre, et r�gner c’est ob�ir. […] Il n’y a donc point de libert� sans Lois, ni o� quelqu’un est au-dessus des Lois : dans l’�tat m�me de nature, l’homme n’est libre qu’� faveur de la Loi naturelle qui commande � tous. Un peuple libre ob�it, mais il ne sert pas ; il a des chefs mais non pas des ma�tres ; il ob�it aux Lois, mais il n’ob�it qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’ob�it pas aux hommes.  � (Lettres �crites de la Montagne, Lettre 8, in ROUSSEAU J.J., � Œuvres compl�tes �, Tome 3, La Pl�iade, Gallimard, p 841.)

Cela ne me d�range donc pas que cette libert� rousseauiste soit inscrite dans un ensemble de Lois, ce sont justement par celles-ci que les �mancipations sont possibles, � condition bien entendu qu’elles soient inscrites dans un contexte d�mocratique qui en garantit la r�f�rence par tous et en permet l’�ventuelle modification. C’est justement ce que d�veloppe par essence le processus d’auto-organisation.

A ce stade des �changes, j’ai donc l’impression que se dessinent deux courants de pens�e en terme de consid�ration de l’_expression_ des libert�s dans la classe. Un premier tendrait � d�fendre l’id�e qu’elle se dessine un peu comme un langage, � savoir par l’interm�diaire d’un processus d�brid� de cr�ativit�. Dans ce courant, les r�gles sont des barri�res qui n’ont de justification que lorsque les s�curit�s sont en danger. Elles sont des cons�quences �ventuelles de l’auto-organisation. Appelons ce courant celui de la libert� originelle. Un second courant de pens�e, que l’on peut appeler la libert� construite, consid�rerait plut�t l’_expression_ des libert�s comme un possible b�ti � partir d’une structure d�mocratique pr�-existante. Les r�gles sont des conditions n�cessaires � l’�tablissement des �changes et � une construction partag�e des langages. Une auto-organisation d�mocratique de la structure de la classe n’est possible qu’en appui sur une base l�gislative. M�me si celle-ci peut faire l’objet de diverses modifications, et m�me si � terme, elle peut devenir caduque lorsqu’int�rioris�e, l’auto-organisation en est une �manation directe.

 

Bon, je m’arr�te ici, C�dric va me tomber dessus demain matin si je continue.

 

Bonne soir�e � tous

 

Sylvain


> Je ne partage pas la d�finition de la libert� contenue dans Rousseau.
> La d�finition de la libert� " chacun est parfaitement libre en ce qui ne
> nuit pas aux autres " (ce n'est pas de Rousseau je crois, mais ce dernier
> l'approuvait comme r�sumant sa pens�e) appelle l'arbitrage d'institutions
> gouvernementales pour d�limiter " o� commence la libert� de l'autre et o�
> finit la mienne... ". La libert� Rousseauiste n'est donc envisageable que
> dans un ensemble institutionnel cens� garantir l'exercice de la libert�
> individuelle, tout en donnant possibilit� � cet ensemble institutionnel de
> limiter les libert�s individuelles si celles-ci remettent en cause le corps
> social.
> Voil� bien qui tombe sous le sens commun - un arbitrage gouvernemental
> garantissant un juste �quilibre entre libert� particuli�re et libert�
> collective - mais ouvre la porte � tous les absolutismes, celui de l'Etat,
> comme celui du ma�tre...
> La vie sociale avec ses �changes internes, ses relations, pr�existe aux
> institutions politiques. Ces derni�res, aussi g�n�reuses soient elles, n'ont
> pour vocation que d' accaparer et de contr�ler toute activit� sociale en
> augmentant leur puissance afin de se maintenir tout en expliquant que,
> finalement, elle agissent pour le bien commun. Il en r�sulte un rapport de
> domination, d'Autorit� � Sujet.
> Le gouvernement, s'oppose n�cessairement � toute initiative, � toute
> tentative d'�mancipation, � toute revendication de libert�, car per�ues pour
> lui comme une menace. Ne pouvant emp�cher toutes les initiatives, il est
> condamn� � inventer continuellement de nouvelles lois, a augmenter son
> arsenal l�gislatif.... Bref � tout r�genter.
> Les Lois, les gouvernements, pr�sent�s comme issus des volont�s et au
> service des libert�s finissent par s'opposer � la soci�t�, � s'en couper, �
> s'en ext�rioriser.
> Ce qui devait �tre finalement une adh�sion enthousiaste � un Contrat social,
> finit par devenir une contrainte que l'on subit, un mal n�cessaire...
>
> Pourquoi cette profession de foi anarchiste sur la liste du 3�me type ? Loin
> de moi l'id�e de pros�lytisme, mais bien un parall�le entre le gouvernement
> de la soci�t� et le gouvernement du ma�tre sur sa classe.
> Combien d'entre nous, combien de nos coll�gues, sont engag�s dans une lutte
> continuelle � imposer leur (notre) volont� � cette soci�t� qu'est la classe,
> � en contr�ler ou � en d�tourner toute les initiatives � notre profit, quand
> ces derni�res ne sont pas tout simplement �touff�es.
> Combien d'entre nous ne se parent-ils pas de lois et autres r�glements,
> augmentant sans cesse l'arsenal juridique de la classe au point que les
> proc�dures deviennent si complexes qu'elles �touffent toute vie ?....
>
> Il y a une autre d�finition de la libert�, celle o� loin de penser que la
> libert� de l'autre ne peut �tre garantie que par la n�gation de ma propre
> libert�, je me retrouve dans celle clam�e par Bakounine, o� ma libert� ne se
> nourrit, ne se prolonge qu'avec celle de l'autre. Plus l'autre est libre,
> plus je suis libre.
> Id�ologie ?
> Jasmin, (vous savez celui donc j'ai d�j� parl� sur la liste) en ne perdant
> plus son permis nous a rendu plus libre, car le jour m�me le permis a �t�
> d�finitivement, a �t� supprim� de la classe.
> Quand j'ai voulu cr�er un permis de biblioth�que, afin de contr�ler tous ces
> enfants qui le lundi partaient lire en biblioth�que au point qu'il ne
> restait en classe que 4 ou 5 enfants et que lors de la r�union, pour
> justifier que je sois le seul � voter pour ma proposition, la classe a dit "
> on n'en n'a pas besoin [du permis] ", ce groupe en affirmant son autonomie,
> en revendiquant calmement sa capacit� � s'�manciper m'a rendu plus libre...
>
> D�sol� d'avoir �t� un peu long
>
> Cordialement
>
> Philippe Lamy
>
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>
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