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L'enfer
de la drogue
La
vengeance
La
m�decine des femmes
D'une
discrimination � une autre
La
frilosit�
Lettre
au ministre Fran�ois Legault
La
pauvret� � Ottawa
Pour
des services m�dicaux de qualit�
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| Forum |
Le mardi 24 septembre
2002 |
Bravo pour les
huissiers!
Alain Vadeboncoeur
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Photo Martin Chamberland, La Presse |
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M. le ministre: �Vous aviez parl� d'une petite
r�volution, il faut croire que c'�tait vrai. Je ne suis pas
totalement convaincu, cependant, que vous en ayez mesur� tous les
effets�, avertit le Dr Vadeboncoeur. |
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Monsieur Fran�ois
Legault,
J'ai re�u ce matin, par huissier, une lettre m'obligeant �
couvrir un quart de nuit, le 23 septembre prochain, � l'urgence de
Jonqui�re.
Devant alors me trouver � l'ext�rieur du
pays, en congr�s, j'ai failli m'�touffer avec mon caf�. Finalement, il
s'agissait d'une blague. Mais jeudi soir, apprenant aux nouvelles qu'une
douzaine de mes coll�gues urgentologues avaient re�u une lettre similaire,
je ne riais plus. Plus personne ne riait.
Le pr�sident
directeur-g�n�ral de la R�gie de la sant� du Saguenay Lac-St-Jean semblait
tellement d��u, � la t�l�vision, de n'avoir pu convaincre suffisamment de
m�decins � venir travailler � l'urgence de Jonqui�re en septembre. Je le
serais aussi, � sa place. Un coin si charmant. Autre signe du manque
flagrant de solidarit� sociale des m�decins, ne trouvez-vous pas? Au fait,
avez-vous une petite id�e du pourquoi? Est-il possible qu'il soit devenu
plus pr�occupant pour un m�decin d'urgence de mettre les pieds en
r�gion?
En m�decine, il existe un principe fondamental, exprim� par
une maxime fort simple: avant tout ne pas nuire. Lorsqu'une urgence vitale
survient chez un de nos patients, une action vigoureuse est souvent
n�cessaire, mais pour chaque d�cision th�rapeutique, il faut peser le pour
et le contre et s'assurer que les risques ne sont pas trop �lev�s. Soit,
une urgence ferm�e est une urgence ferm�e de trop. Vous avez donc agi.
Mais aviez-vous bien pes� le pour et le contre de votre
action?
Bien s�r, il n'y a plus d'urgence qui ferme la nuit. Vous
avez r�ussi, l� o� d'autres avaient �chou�. C'est qu'aucun de vos
pr�d�cesseurs n'avait eu cette lumineuse id�e: recruter les m�decins �
coups de visites d'huissiers. C'�tait pourtant simple, efficace. Il
suffisait d'y penser.
De la fiert�
� votre place,
je serais donc fier d'avoir gard� l'urgence de Jonqui�re ouverte: vous
avez fait du bon travail, les huissiers ont fait leur dur m�tier, les
m�decins d'urgence obtemp�reront, les patients seront contents, les
pr�sidents de R�gie aussi, tout ira bien. Vous aurez peut-�tre cependant,
dans les prochains mois, � travailler un peu plus fort dans ce dossier,
puisque des urgences comme Jonqui�re, qui commencent � avoir de la
difficult� � convaincre des m�decins de venir y travailler, �a risque de
devenir fr�quent. Et peut-�tre beaucoup plus fort, l'an prochain, si vous
�tes toujours ministre de la Sant�. Mais comme il est �vident que le
travail ni l'avenir ne vous fait peur et que vous ne manquez pas
d'huissiers, il n'y a pas lieu de s'inqui�ter.
Au fait, le
saviez-vous, les m�decins oeuvrant dans les urgences sont p�tris de
paradoxes: s'ils �taient vraiment raisonnables, ils n'y travailleraient
pas. Il leur serait en effet beaucoup plus simple de pratiquer ailleurs,
par exemple dans une clinique sans rendez-vous, o� les responsabilit�s
sont minimales, les revenus plus �lev�s et les horaires, de vraies
vacances. Si donc ils continuent de vaquer � l'urgence, il ne peut y avoir
qu'une seule raison, c'est qu'ils aiment vraiment le m�tier, ce qui est le
propre d'une vocation. C'est peut-�tre un peu abstrait pour vous, mais il
s'agit pourtant d'une donn�e fondamentale du probl�me que vous pr�tendez
avoir r�gl�.
Si j'�tais vous, j'aurais maintenant des doutes. �
court terme, vous avez eu raison. Mais qu'en sera-t-il demain,
apr�s-demain, l'an prochain ou dans dix ans? Est-il possible qu'il soit de
plus en plus difficile, dor�navant, de recruter des m�decins pour
l'urgence de Jonqui�re? Que, depuis le 25 juillet, il soit devenu ardu de
recruter des m�decins d'urgence pour travailler dans les diverses r�gions
du Qu�bec? Que, depuis cette date, peu ou pas de jeunes m�decins soient
dor�navant int�ress�s � besogner dans une urgence? Que la vocation pour
l'urgence soit devenue anachronique?
Vous aviez parl� d'une petite
r�volution, il faut croire que c'�tait vrai. Je ne suis pas totalement
convaincu, cependant, que vous en ayez mesur� tous les effets. Et si
j'�tais vous, je craindrais surtout ceci, maintenant: que les m�decins
d'urgence redeviennent tout simplement des �tres rationnels, qu'�ils
laissent s'�teindre en eux cette vocation les poussant � ouvrer dans un
milieu professionnel aussi intense que difficile, puis qu'ils choisissent,
avec leur famille, leurs proches, leurs coll�gues, sans emb�ter personne
et sans le crier sur les toits, un m�tier plus raisonnable. Mais j'y
pense, avec votre loi, pourquoi donc s'en inqui�ter? Avons-nous seulement
besoin d'eux, alors que la seule qualit� dor�navant requise pour ouvrer �
l'urgence, c'est d'avoir une adresse l�gale et de r�pondre � la
porte?
Ce que je voulais aussi vous confier, bien humblement, c'est
que, comme chef d'urgence de carri�re, les cons�quences de certaines de
mes d�cisions furent parfois pires que les probl�mes que je voulais
r�gler; il s'agissait de mauvaises d�cisions, c'est humain. J'ai du
parfois faire marche arri�re, ce qui est difficile mais aussi une certaine
preuve de sagesse, qui vient avec les cheveux gris. Il est peut-�tre temps
pour vous de r�aliser que la d�cision de proposer, de faire voter puis
d'appliquer la loi 114 n'�tait pas votre meilleure d�cision. Il est encore
temps d'abroger une loi, qui, en r�alit�, causera in�vitablement des
probl�mes si complexes qu'aucune nouvelle loi ne pourra plus les r�soudre.
Je ne sais pas si la confiance va revenir, mais au moins nous cesserons de
d�valer la pente � reculons.
Les chefs d'urgence de Montr�al et de
Laval sont absolument unanimes sur ce point. Peut-�tre nous trompons-nous,
peut-�tre pas. � vous de choisir, c'est vous le
ministre.
L'auteur est urgentologue � l'Institut de cardiologie
de Montr�al et pr�sident de la table des chefs d'urgence de
Montr�al.
;) ;) ;)
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