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Claude Picher La Presse
Dans une
intervention fort remarqu�e au congr�s de l'ADQ tenu en fin de
semaine � Drummondville, l'ex- ministre lib�ral Claude Castonguay,
p�re de l'assurance-maladie, a soulign� avec raison qu'il est grand
temps, dans le dossier chaud du financement des d�penses de sant�,
de �pr�senter les v�ritables options clairement et sans d�magogie�.
Les chiffres le prouvent sans
aucune esp�ce de doute: toutes proportions gard�es, le Qu�bec fait
un effort financier tout � fait comparable � celui des autres pays
industrialis�s (� l'exception des �tats-Unis, qui constituent un cas
� part). Pourtant, la performance de son syst�me de sant� le classe
dans le peloton de queue.
M. Castonguay �voque notamment le
cas de la France, qu'une r�cente �tude internationale place en t�te
de liste pour la qualit� des services de sant�, sans qu'il n'en
co�te plus cher l�-bas qu'ici. L'exemple de la France est �galement
repris dans le courrier des lecteurs, dans LaPresse
d'hier.
Qu'en est-il au juste? Est-il exact que les Fran�ais
ont un meilleur syst�me qui, en plus, leur co�te moins cher? Si
c'est le cas, quel est leur secret?
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L'�tude
internationale cit�e par M. Castonguay provient de l'Organisation
mondiale de la sant� (OMS), et a �t� men�e selon une m�thodologie
rigoureuse. Les experts de l'OMS ont �valu� le rendement global du
syst�me de sant� dans chacun des 191 pays membres, en se fondant sur
huit crit�res reconnus et facilement mesurables, comme l'�tat
g�n�ral de sant� de la population, l'accessibilit� aux soins, la
qualit� des soins, l'�quit� de la contribution financi�re. Les
r�sultats ont �t� rendus publics il y a un an.
La France,
effectivement, arrive premi�re au classement. Il est donc exact de
dire que les Fran�ais ont le meilleur syst�me de sant� au monde.
L'OMS ne publie pas de chiffres sur les provinces ou autres
divisions administratives. Le Canada, par contre, se classe au
30e rang, carr�ment dans le peloton de queue des pays
industrialis�s.
La performance du Qu�bec peut raisonnablement
�tre compar�e � celle du reste du Canada; selon la derni�re
compilation de l'Institut Fraser, le d�lai moyen d'attente entre la
premi�re visite chez un m�decin sp�cialiste et le traitement est de
16 semaines au Qu�bec, contre une moyenne canadienne de 16,5
semaines.
N'emp�che: un minable 30e rang, pour un
pays riche comme le Canada, est loin d'�tre satisfaisant. Cela fr�le
m�me le constat d'�chec.
Les Canadiens peuvent quand m�me se
consoler en regardant les �tats-Unis. Les effets pervers engendr�s
par l'hypertrophie du secteur priv� placent la premi�re puissance
�conomique de la plan�te au 30e rang, derri�re tous les
autres pays riches et m�me certains pays du tiers-monde, pour ce qui
est de la performance globale du syst�me de sant�.
Coup
d'oeil sur les co�ts, maintenant. Les d�penses de sant�, aux
�tats-Unis, atteignent 4631$ par ann�e (les montants sont exprim�s
en dollars am�ricains), contre 2535$ au Canada et 2349$ en France.
Ces chiffres, les plus r�cents disponibles, concernent l'ann�e 2000
et proviennent de l'Organisation de coop�ration et de d�veloppement
�conomiques (OCDE).
Comme on le voit, la qualit� et
l'accessibilit� des soins de sant� n'ont aucun rapport avec les
sommes que l'on engloutit sans le syst�me. L'exemple am�ricain est,
� cet �gard, plus qu'�loquent.
Encore plus int�ressant: les
chiffres confirment que les Fran�ais, en d�pensant moins d'argent
que les Canadiens, obtiennent des r�sultats largement sup�rieurs. M.
Castonguay a donc parfaitement raison de citer le cas de la
France.
D�s lors, une autre question de pose: comment les
Fran�ais parviennent-ils � fournir de meilleurs
co�ts?
*****
Nous connaissons la r�ponse � cette
question, gr�ce � ma coll�gue Lilianne Lacroix, de La
Presse.
La publication des chiffres de l'OMS aurait pu
passer relativement inaper�ue, au Qu�bec. Mais Mme
Lacroix a eu l'id�e de fouiller le dossier. Le r�gime public
qu�b�cois est au bout du rouleau; pendant ce temps, les Fran�ais se
font dire par l'OMS qu'ils ont le meilleur syst�me au monde.
Pourquoi ne pas aller voir sur place comment ils s'y
prennent?
C'est ce qu'a fait Mme Lacroix. Il en a
r�sult� une s�rie d'articles extr�mement �clairants, publi�e du 11
au 13 f�vrier 2002.
En r�sum�, la journaliste nous apprend
qu'il existe en France un r�seau public efficace et bien d�velopp�,
mais que sa structure de gestion est totalement ind�pendante du
gouvernement; c'est d�j� un excellent point. En outre, les Fran�ais
doivent payer des frais mod�rateurs pour avoir acc�s au r�gime
public, mais ceux qui le d�sirent peuvent faire appel au priv� et
payer en cons�quence; ces deux mesures contribuent � all�ger la
pression sur le r�gime public.
Ce n'est pas tout. Le priv�
fait plut�t bon m�nage avec le public, les deux se consid�rant comme
compl�mentaires; de plus, en France, le secteur de la sant� �chappe
largement � la syndicalisation; par ailleurs, on n'impose pas de
plafond salarial aux m�decins, qui peuvent, tout comme les
infirmi�res, effectuer des visites � domicile. Enfin, les Fran�ais
peuvent consulter des m�decins sp�cialistes sans �tre oblig�s de
passer par un omnipraticien.
Voil�, sommairement �num�r�s,
les ingr�dients du mod�le fran�ais. Et je rappelle que tout cela se
passe dans un pays qui n'a pas la r�putation d'entretenir beaucoup
de sympathies n�olib�rales. Je rappelle aussi que le socialiste
Lionel Jospin, lorsqu'il �tait au pouvoir, n'a jamais pens� �
remettre ce mod�le en question.
Il semble donc assez clair
que la France a bien r�ussi la synth�se harmonieuse entre un r�gime
public universel mais souple, et un secteur priv� qui joue un r�le
d'appoint, soulageant d'autant le secteur public.
Pourquoi,
dans ces conditions, y a-t-il autant de voix, chez les p�quistes,
les lib�raux, les syndicats, les �ditorialistes, les fonctionnaires,
pour hurler au meurtre d�s qu'il est question de parler de l'apport
du priv�?
C'est probablement � cause de la proximit� des
�tats-Unis. Or, comme on l'a vu, l'apport du priv� ne signifie
surtout pas qu'il faut importer le mod�le am�ricain, dont les
limites sont �videntes, et qui est d'ailleurs unique chez les pays
industrialis�s.
Si tous les d�fenseurs du syst�me actuel se
donnaient la peine d'oublier un instant leurs obsessions am�ricaines
et de regarder ce qui se fait ailleurs, pas seulement en France mais
aussi en Su�de, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Japon, ils
verraient rapidement que les secteurs public et priv� peuvent tr�s
bien coexister en sant�, et que les grands gagnants sont les
citoyens qui ont besoin de soins.
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