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La gestion du syst�me de sant� au Qu�bec - De crise en
crise
Au lieu de donner le coup de gouvernail qui r�ussirait � faire
tourner notre syst�me de sant�, on se contente de g�rer les crises
qui se pr�sentent une � une
R�jean
Thomas M�decin et pr�sident de la clinique
L'Actuel R�jean Bergeron Collaborateur
�dition du jeudi 3
octobre 2002
Premier de deux
textes - Imaginez un immense paquebot de luxe naviguant en pleine
temp�te. L'eau p�n�tre de partout et notre navire risque de
chavirer. Le capitaine essaie tant bien que mal de le garder � flot,
mais le probl�me, c'est qu'il est sans cesse d�rang� par des
passagers de prestige qui exigent qu'il quitte son poste pour aller
r�parer, devinez quoi, le petit robinet qui fuit dans leur
cabine...
Absurde ? En effet. Une m�taphore est toujours
imparfaite, mais c'est l'image qui me vient � l'esprit lorsque je
regarde ce qui se passe depuis plusieurs ann�es dans notre syst�me
de sant� -- et plus que jamais en ce moment. Au lieu de donner le
coup de gouvernail qui r�ussirait � faire tourner cet immense bateau
qu'est notre syst�me de sant� et de services sociaux, on se
contente, pour toutes sortes de raisons, de g�rer les crises qui se
pr�sentent une � une et qui, parfois, s'engendrent les unes les
autres.
Ainsi, dans un contexte d'assainissement des
finances publiques, le gouvernement a offert des programmes de
d�parts volontaires � des centaines de m�decins et d'infirmi�res.
R�sultat : nous faisons face aujourd'hui � une p�nurie
alarmante de ces m�mes ressources humaines dans les urgences, dans
les autres services de premi�re ligne et dans les services
sp�cialis�s.
Ainsi, les r�gies r�gionales sont forc�es, par
le truchement de la loi 114, de conscrire des urgentologues � l'aide
d'huissiers pour pourvoir des quarts de travail dans certaines
urgences. Les m�decins envoy�s au front pour boucher des trous dans
les horaires de ces urgences laissent des vides tout aussi
d�sastreux dans leurs pratiques respectives.
Et, comme si ce
n'�tait pas assez, le ministre, apr�s avoir distribu� ses bulletins,
se permet d'humilier les gestionnaires des h�pitaux en leur
proposant d'aller parfaire leur formation sur les bancs d'�cole. Il
utilise ensuite un ton m�prisant � l'endroit des m�decins qui
pratiquent honn�tement leur m�tier dans des cliniques m�dicales en
les accusant, sur les ondes de RDI, de faire �de la petite pratique
priv�e�, tout �a dans le but de les inciter � travailler davantage
dans les urgences et les h�pitaux.
On
d�shabille Jean pour habiller Lucien qu'on d�shabille � son tour
pour v�tir Fran�ois... On d�shabille et, surtout, on d�motive un
bassin d�j� tr�s limit� de professionnels de la sant�, de m�decins
-- et de futurs m�decins -- qui, � la fin, se retrouvent
compl�tement d�culott�s. � n'en pas douter, notre paquebot du d�but
ressemble de plus en plus � la nef des fous.
Quand va-t-on comprendre que la pr�sence de ces cliniques,
les cliniques sans rendez-vous tout comme les cliniques familiales
-- qui, en passant, sont de plus en plus nombreuses � fermer leurs
portes, faute d'�tre rentables --, contribuent largement �
d�sengorger les urgences de par leur seule pr�sence et leur grande
flexibilit� ?
Mais tout ceci ne
pourra pas �tre compris tant et aussi longtemps que la gestion des
crises demeurera le mode de gestion �normal� de notre syst�me de
sant�. Et les coupables de cet �tat de fait sont nombreux. En fait,
nous sommes tous, � divers degr�s, un peu responsables de cette
situation. Souvent en d�sespoir de cause puisqu'ils sont �puis�s
d'expliquer leurs revendications � des fonctionnaires qui jouent aux
chaises musicales, les professionnels de la sant� ou leurs
f�d�rations n'h�sitent pas � utiliser les m�dias pour �taler leurs
humeurs et leurs demandes sur la place publique dans le but
d'exercer de plus grandes pressions sur le ministre de la Sant�.
L'opposition officielle � l'Assembl�e nationale prend un
malin plaisir � monter en �pingle le drame particulier de M. ou Mme
Tout-le-monde lors de la p�riode de questions afin d'embarrasser ce
m�me ministre et d'alimenter en chair fra�che les journalistes qui
doivent remplir leurs colonnes ou leur temps d'antenne dans leurs
m�dias respectifs. Le grand public, de son c�t�, est �videmment �
l'aff�t de tous ces faits divers et n'h�site pas � instituer en
r�gle g�n�rale ce qui, dans la plupart des cas, ne repr�sentait
pourtant qu'une exception.
Le dossier de la sant� a �t�
contamin� par la d�magogie, le sensationnalisme et le voyeurisme.
J'en suis � me demander s'il ne serait pas devenu trop �politis�,
surtout dans un contexte pr��lectoral, o� le dossier de la sant� est
utilis� � des fins de partisanerie politique au lieu d'�tre l'enjeu
d'un vrai d�bat politique chez ceux qui veulent se faire �lire ou
r��lire.
Pourtant, les constats et les faits sont l�. Notre
syst�me de sant� a �t� auscult� sous toutes ses coutures et �
plusieurs reprises au cours des derni�res ann�es. Je pense en
particulier au rapport Arpin de 1999, La compl�mentarit� du secteur
priv� dans la poursuite des objectifs fondamentaux du syst�me public
de sant� au Qu�bec, et, bien �videmment, au rapport Clair, Les
solutions �mergentes, d�pos� en l'an 2000. Ces rapports, tout ce
qu'il y a de plus �clairants, se sont retrouv�s sur la table des
nombreux ministres qui se sont succ�d� au fil des ans -- et Dieu
sait qu'ils ont �t� nombreux !
Je soup�onne que la
plupart d'entre eux �taient ou sont en accord avec le diagnostic et
le traitement-choc que proposaient ces rapports et qu'il faudrait
appliquer � notre syst�me public de sant� pour qu'il ne d�p�risse
pas davantage.
Mais la t�che est �norme, titanesque m�me, et
surtout pas tr�s payante d'un point de vue �lectoral... Alors, on
pr�f�re piger � la pi�ce certaines recommandations qui font partie
de ces rapports dans le but d'�teindre les crises qui se pr�sentent
� la queue leu leu au fil des mois, ignorant ou faisant semblant
d'ignorer que ces recommandations tir�es d'une proposition plus
globale peuvent parfois faire plus de tort que de bien lorsqu'elles
sont orphelines du tout qui les faisait vivre et leur donnait un
sens.
Faire face � une r�alit�
en pleine
m�tamorphose
Les �tudes et les analyses prospectives sont
tr�s claires et nous mettent en garde depuis des ann�es au sujet de
l'avenir � tout le moins incertain qui attend notre syst�me public
de sant� si une transformation radicale du r�seau n'est pas
entreprise. Les chiffres parlent d'eux-m�mes : �La modification
rapide de la composition de la population constitue le premier d�fi
de notre syst�me de sant� et de services sociaux, nous dit le
rapport Clair. De 1996 � 2021, on pr�voit que le nombre des 0-14 ans
diminuera de 20 %, celui des 15-64 ans ne bougera pas, tandis
que les 65 ans et plus cro�tront de 92 %.� Ce seul ph�nom�ne
d�mographique, qui, � l'heure actuelle, exerce d�j� une grande
pression sur le financement du syst�me, devrait nous faire
comprendre � quel point nos fa�ons de donner des soins et de faire
le suivi des patients devront �tre chambard�es pour r�pondre aux
besoins de cette cohorte vieillissante. Et l'an 2020, dans le
d�veloppement et l'ajustement d'un syst�me public de sant�, c'est
demain !
Si le vieillissement de la population
constitue un des facteurs qui expliquent l'augmentation vertigineuse
des co�ts des soins de sant� pour les ann�es � venir, il n'est
cependant pas le seul. Les co�ts des m�dicaments, les technologies
m�dicales et la pauvret� expliquent aussi la croissance rapide des
d�penses actuelles et � venir en mati�re de sant�. �Depuis dix ans,
la croissance moyenne �tait de 3,5 % par an. Au cours des cinq
derni�res ann�es, elle a augment� de 5,3 %�, affirme le rapport
Clair, ce qui est nettement sup�rieur au taux de croissance du PIB.
Ainsi, si la part des d�penses d�volue � la sant� et aux services
sociaux repr�sentait 30 % du budget global du gouvernement en
1985 et 35,3 % en 1990, cette part pourrait passer � 50 %
en 2010, nous pr�vient le m�me rapport, si on maintient la m�me
logique et surtout les m�mes mani�res de faire.
Dans cette
perspective, on peut imaginer ce qui adviendrait des autres missions
de l'�tat si le prochain gouvernement continuait de colmater les
crises au cours de son mandat apr�s avoir berc� la population,
pendant la campagne �lectorale, de l'illusion selon laquelle il sera
toujours possible d'investir davantage dans le r�seau public de la
sant� tout en diminuant les imp�ts des particuliers.
De par
l'importance de la question, il faut esp�rer que les acteurs de la
prochaine campagne �lectorale oseront traiter des vrais enjeux en
allant au del� des tabous qui limitent la pens�e et la cr�ativit�
dans la recherche de nouvelles solutions.
Demain, dans un
autre article, j'essaierai de contribuer � cette t�che en revisitant
le concept de �priv� associ� au monde de la sant� et que plusieurs
utilisent � toutes les sauces pour museler leurs adversaires et
prot�ger le statu quo.
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